Pour étayer mon propos :
Les références
L’explication mathĂ©matique. Celui qui n’a pas compris ne doit pas avoir honte.
Le lien philosophique. Celui qui n’a toujours pas compris ne doit pas avoir honte non plus, mais un bref voyage vertical par la fenĂŞtre du 3ème està envisager.
Reprenons pour l’essentiel ce passage :
Axiome du choix=introduction de critères physiques en mathématiques.
En effet tous les objets d’une collection sont Ă©quivalents du point de vue de la propriĂ©tĂ© considĂ©rĂ©e, et il est impossible d’en choisir un selon des critères objectifs. L’opĂ©ration qui consiste, Ă©tant donnĂ© un ensemble non videà en extraire un Ă©lĂ©ment n’est pas fondĂ©e mathĂ©matiquement et fait donc intervenir des critères contigents humains simplicitĂ©, proximitĂ©, première idĂ©e…).
En fait ce n’est pas l’axiome du choix (existence d’une fonction de choix, ou le fait que l’ensemble des fonctions de choix est non vide, ce qui est Ă©vident) qui est en cause, mais plutĂ´t son utilisation : l’extraction, parmi cet ensemble, d’une fonction de choix particulière. Le problème rĂ©side plutĂ´t dans la rĂ©daction usuelle de ce raisonnement (”il en existe -> j’en prends un”) que dans le raisonnement lui-mĂŞme, puisqu’un raisonnement formel Ă©crit d’un boutà l’autre “l’ensemble des … est non vide” et non “j’ai pris un …”.
Dernière rĂ©fĂ©rence : cet excellent article de blog (en anglais) sur les choix d’architecture ping pong.
Ca sent le geek, mais le message est profond par-delà l’informatique : nos choix sont conditionnĂ©s par des visions absolutistes. De manière sous-jacente, il en rĂ©sulte une remise en question systĂ©matique des choix extĂ©rieurs, s’ils ne sont pas conformesà une certaine vision du monde (informatique le cas Ă©chĂ©ant).
Note au passage : ceci suppose que l’on est (ou l’on se considère comme) intellectuellement de niveau identique ou supĂ©rieurà la personne dont on critique les choix. Les moutons ont rarement manifestĂ© contre le traitement anti-syndical de certains chiens de berger.
Et maintenant, élargissons.
L’anecdote qui fait dĂ©border le vase
Lors d’une discussion mondaine rĂ©cente (un barboc chez des amis), le sujet a dĂ©rivĂ© sur une connaissance commune.
Cette jeune fille, m’apprenait-on, avait rencontrĂ© un garçon plagiste en vacances et est sortie avec lui pendant deux jours.
Une fois rentrée, elle ne jurait que par lui et a décidé de passer une semaine chez lui pour ses prochaines vacances, le mois suivant.
Les remarques ont fusé, pour la déclarer finalement irresponsable et irréaliste.
Nous de faire remarquer (mon esprit de contradiction et moi) que la circonstance est certes irrationnelle, mais que, sait-on jamais, cela peut sĂ»rement dĂ©boucher sur une longue et heureuse histoire d’amour.
En dehors de cette incroyable histoire (durant laquelle mon rĂ©quisitoire a Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©, mes dĂ©tracteurs arguant une immaturitĂ© et une inconscience liĂ©esà la foisà ma condition masculine Ă©goĂŻste et intrinsèquement hormon-oriented, età ma propensionà toujours chercher cette fameuse petite bĂŞte), il faut quand mĂŞme poser le dĂ©bat.
En rĂ©alitĂ© c’est la première Ă©tape (le choix) qui est hasardeuse. ThĂ©oriquement, la suite ne l’est plus puisqu’elle est conditionnĂ©e par les efforts et les compromis de chacunà maintenir une trajectoire Ă©quilibrĂ©e.
Le tout est de savoir si l’on est capable d’assumer ce choix.
L’axiome du choix est dĂ©pendant du temps
Bien vu Einstein.
Choisir un conjointà 20, 30 ou 40 ans ne fait pas intervenir les mĂŞmes circuits de dĂ©cision, logiques et charnels (aka intellectuels et physiques).
- A 20 ans, il me semble que ce choix est en grande partie passionnel (27% logique, 73% charnel selon le Gartner).
- A 40, la proportion est inversée dans des rapports plus nuancés (36% logique contre 64% charnel)
- A 30 ans, tous les critères interviennent en proportions plus ou moins égales
Explications :
- A 20 ans, on recherche un alter ego que l’on aime et avec qui l’on partage le maximum de choses.
C’est d’ailleurs pour cela que la plupart des couples se forment vers cet âge (bien sĂ»r 20 ans, c’est 24-25). Mais est-ce que ce choix est le plus raisonnable ? Surtoutà notre Ă©poque oĂą le mariage est dĂ©crit comme une cellule de prisonà Fleury-MĂ©rogis : y’a la tĂ©lĂ© dans la chambre mais on est enfermĂ© toute sa vie.
Combien de couples que je connais se dĂ©clarent leur flamme Ă©ternelle et finissent dans l’enfer des sĂ©parations et des gardes d’enfant, juste parce qu’ils ont choisi leur conjoint par amour ?
Je ne remets pas en cause ici ce choix attention ! Ce serait bien triste et terriblement irréaliste.
Mais je me dis que cette fonction de choix est hasardeuse, tout autant que d’aller passer une semaine chez un plagiste Ă©tranger. Et que, sur le principe, tout devrait concourirà la catastrophe (45% de divorces prononcĂ©s, en France en 2003, source : INSEE). Ce n’est pas totalement le cas pour des raison exposĂ©es plus loin.
Ce qu’il faut en retenir c’est que mĂŞme sur un choix a priori instable, un choix a Ă©tĂ© fait.
- A 40 ans, on recherche la stabilité
A un âge mĂ»r, on prend conscience de l’existence, surtout si l’on a des enfants. Le choix se porte d’avantage sur des critères tangibles, l’amour n’est plus la fougue de la jeunesse mais un sentiment de stabilitĂ© et de plĂ©nitude. C’est caricatural bien sĂ»r, mais cela montre que le choix dans ce cas est au contraire, peu hasardeux. La grille de dĂ©pouillement est bien plus pragmatique.
Alors choix contrôlé certes mais choix quand même.
- A 30 ans, c’est un mix des deux (comme disent les jeunes)
La cĂ©libataire de 30 ans la plus reprĂ©sentative est certainement Bridget Jones pour beaucoup d’entre nous. On a tous hochĂ© la tĂŞte en disant “‘tain c’est marrant, ça me rappelle quelqu’un…”.
Toutefois, autour de moi, j’ai rencontrĂ© un très grand nombre de cĂ©libataires qui n’ont rienà envierà RenĂ©e Z. (que personnellement je trouve laide et idiote dans ce film) et qui pourtant ne trouvent personne. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle nous avons montĂ© le Teamquizzz : faire se rencontrer des cĂ©libataires aguerris mais Ă©chaudĂ©s aux soirĂ©es loose, aux speed-datings, aux voyages organisĂ©sà des prix prohibitifs etc.
Le dilemne avec cette population c’est qu’elle ne fait pas de choix. Ou alors des choix court-terme, mais rien qui n’engage vraiment. Parce qu’il y a toujours, obstinĂ©ment, une variable qui ne rentre pas dans les cases :
- Ce n’est pas un parangon de gĂ©nĂ©rositĂ© ! (comprendre “c’est une barre !”)
- On a couchĂ© trop vite ensemble (comprendre “c’est une fille facile”)
- On n’a pas couchĂ© ensemble (comprendre “c’est une filleà problèmes”)
- “Je ne sais pas pourquoi, j’accroche pas, pourtant il/elle est vraiment gentil(le)” (comprendre “t’en as pas un(e) autreà me prĂ©senter ?)
Ce qui est certain, c’est qu’à cet âge, on recherche encore le grand amour qui vous concocte un petit dĂ®ner aux chandelles le soir de votre anniversaire, qui vous ramène sans protester tous les soirs chez vous,à Mantes-la-Jolie, qui ne va pas aux toilettes (non, non) et avec qui vous pouvez discuter pendant des heures et des heures depuis le nouveau forfait SFR MillĂ©nium…
Mais aussi qui est bardĂ© de diplĂ´mes/surfeur winner/papa poule, bien Ă©levĂ©, très drĂ´le mais très fin, très très beau sinon ça sertà rien, pas attirĂ© par les autres filles mais pas indiffĂ©rentà mes charmes, pas vulgaire (ne se gratte pas les … en public) etc.
J’ai transcrit la vision masculine, pardon les girlz.
Et là je dis halte ! Zoll !
Faire un choix et l’assumer, c’est comme crĂ©er de la masseà partir de rien, ça demande beaucoup d’Ă©nergie (encore merci Einstein).
A 20 ans, ce choix n’est pas entièrement rĂ©flĂ©chi mais il a le mĂ©rite d’exister. Si tous les couples formĂ©sà cet âge ne se disloquent pas, c’est surtout parce que ils mobilisent une gigantesque Ă©nergie pour le maintenir. Cette Ă©nergie est le travail quotidien de remise en question, de tolĂ©rance, d’assouplissement et de respect du conjoint. Pour eux, l’amour est le ciment, pas la brique.
A 40 ans, le choix est en grande partie logique, mais il demande également de gros efforts : refaire une vie pour certains, lâcher ses propres habitudes ou accepter et tolérer celles du conjoint etc.
A 30 ans, les cĂ©libataires sont des flemmards. Ils veulent du tout-cuit, en correspondance avec le modèle qui leur est servià la tĂ©lĂ©vision, dans les supermarchĂ©s (heureusement y’a Bolino), par les opĂ©rateurs Internet (forfaits sans engagement) ou de manière gĂ©nĂ©rale, par notre sociĂ©tĂ© qui pousseà la consommation.
Chaque “prospect” est soupçonneux (on s’Ă©pie !), toute maladresse est fatale, tout manque est incurable, toute odeur est suspecte.
La peur de s’engager, de faire une erreur, de ne pas convenir, de [n’importe quoi] bref, tout Ă©lĂ©ment rĂ©flĂ©chi contribueà Ă©viter de faire un choix dĂ©finitif.
Ce qu’indique l’axiome du choix, c’est : peu importe l’Ă©lĂ©ment choisi, il faut bien en choisir un ! Bien sĂ»r, le choix d’un conjoint n’est pas aussi mathĂ©matique, mais l’idĂ©e est limpide (dans certains milieux, ce sont les parents qui arrangent les mariages sur des critères objectifs et pas forcĂ©ment vĂ©naux : renommĂ©e intellectuelle, sociabilitĂ©, milieu familial etc. Les mariĂ©s ne s’en portent pas forcĂ©ment plus mal - mĂŞme s’il est difficile d’avoir des informations fiablesà ce sujet - parce que chacun joue et assume son rĂ´le).
Evidemment, il y a des Ă©lĂ©ments rĂ©dhibitoires (”elle refuse toute relation sexuelle avant la mĂ©nopause”, “c’est la troisième fois qu’il relit Mein Kampf”, “oui monsieur, une architecture souple c’est une architectureà base de web services uniquement” etc.) mais la plupart sont surmontables.
Une fois ce choix fixĂ©, il faut se donnerà fond et aller au bout de la dĂ©marche.
Ceci est particulièrement vrai pour les choix informatiques (cf. article mentionnĂ© ci-dessus) : il ne sertà rien de remettre tous les prĂ©cĂ©dents choix en question parce qu’un nouvel architecte/chef/connard a la solution miracle, susurrĂ©e par le Gartner et relayĂ©e avec une distorsion naturellement induite par les sociĂ©tĂ©s Ă©ditrices.
On capitalise sur ce l’existant, et on fait de son mieux avec les moyens du bord.
C’est aussi vrai pour le choix du conjoint : après tout, qu’avez-vous, vous,à apporterà l’autre ? Vous ĂŞtes Brad Pitt ?
Dans le monde de l’informatique, ça se dit : vous ĂŞtes Martin Fowler ?