En poursuivant ma lecture du livre Nous avons le plaisir de vous informer […], je me rends compte à quel point en France on a caché, filtré et dissimulé le massacre du Rwanda (et ce en grande partie à cause de l’implication de notre pays).
L’auteur, le journaliste P. Gourevitch, relativise immédiatement la dimension du massacre : “un génocide aussi industriel et aussi programmé que celui des Juifs durant la Shoah” puisqu’en deux mois, 200 000 personnes avaient été tuées à la machette systématiquement pour leurs origines.
La question, bien naïve faut-il l’avouer, qui m’est venue est la suivante : “pourquoi n’enseigne-t-on pas le génocide rwandais à l’école, de la même façon que l’on y enseigne l’Holocauste ?”. Pourquoi une telle horreur n’est-elle pas montrée à la nouvelle génération ?
Evidemment, la France se sent morveuse (d’aucuns diraient coupable). Evidemment, cela ne concerne pas l’Europe alors que la guerre de 39-45 est encore présente dans les mémoires ici.
Et surtout, évidemment que nos dirigeants se foutent totalement du sort des Africains. Alors lorsqu’ils (certains) sont mêlés jusqu’au cou à un génocide, il n’y a pas besoin de s’interroger longuement pourquoi en France, on ne verra pas de chapitre sur le Rwanda dans nos livres d’histoire-géographie avant des lustres…
De la même manière on peut aussi rêver de voir Monsieur X traiter du génocide du Rwanda en toute impartialité dans son émission.
Rappelez-vous, les couvertures de magazines affichaient en page de couverture, lors du sommet du G8, “le Niger meurt de faim” avec un gamin au regard hagard et triste comme image choc.
Noam Chomsky affirmait que la propagande partait souvent de ce type d’informations : faire oublier l’essentiel en mobilisant les ressources intellectuelles sur des sujets pour lesquels il n’y a pas débat mais plutôt adhésion tacite (par exemple, lors de la guerre du Golfe, la bannière “Soutenez nos soldats” : qui serait contre l’idée de soutenir NOS soldats ? Par contre, on en a oublié le sujet principal : fallait-il faire la guerre ?).
De la même manière ici, qui serait contre une aide aux pays africains et plus généralement aux enfants qui meurent de faim ? Evidemment personne. Mais de façon détournée on a occulté un autre des fléaux qui sévit et a sévi en Afrique : les colonisateurs occidentaux.
Si ce sujet géopolitique ne vous passionne pas, le film Hôtel Rwanda fait passer les mêmes messages d’une manière plus artistique mais tout aussi forte.
Comme me disaient ce midi mes ex-collègues et néanmoins amis d’Air Liquide, ce n’est pas le genre de film qui passera en prime time sur TF1…
Foutu monde.










