Ami de l’informatique et du bon goût, bonjour.
En attendant de terminer mon article sur le TDM (Test Driven Movies), je te fais part, ami lecteur, de ma réflexion matinale sur notre métier, réflexion évidemment effectuée aux toilettes, d’où ce titre sulfureux.
On a trop longtemps essayé de comparer l’industrie de l’informatique à l’industrie du bâtiment, et quand je dis on, je m’inclus bien entendu. Et puis on s’est rendu compte que la comparaison avait ses limites tant du point de vue des processus mis en oeuvre que des finalités demandées.
Ainsi, la communication est essentielle dans le métier de l’informatique alors qu’elle peut se limiter à des plans et des spécifications pour les travaux publics. De la même manière, une fois l’immeuble construit, il y a peu de chances que les propriétaires insistent pour le transformer en centre commercial.
Mon idée chiottesque : tenter la comparaison entre l’industrie de l’informatique et l’industrie du cinéma. Encore que le mot industrie est, à mon avis, un gros mot pour ces deux domaines.
En effet, pour la réalisation d’un petit ou d’un gros film, d’un petit ou d’un grand projet, le travail accompli reste artisanal et est principalement basé sur la communication;1 ce dernier point peut paraître évident pour le cinéma mais l’est moins pour l’informatique, parce qu’on assimile excessivement ce métier au “Robert, 35 ans, informatichien” des Inconnus, paix à leur âme. D’un autre côté, il faut souvent effectivement reprocher la monoculture des informaticons.
Tentons le parallèle
Le cinéma et l’informatique ont, du moins, ce point commun : délivrer un projet ambitieux et unique (entendre personnalisé) à une catégorie de personnes exigeantes.
Alors que la télévision délivre des émissions packagées et exportées as is2 (Star Academy, Fort Boyard, L’académie des neuf), le cinéma doit fournir des films à chaque fois originaux, avec leur lot de drame, d’humour ou d’effets spéciaux spécifiques, c’est-à-dire propres.
De la même manière, un projet informatique de gestion des échanges entre applications (au hasard
) dans le monde de la banque n’a rien à voir avec un projet similaire dans le monde de l’industrie ou de l’énergie. Mieux encore, deux banques ne gèrent pas de la même façon un client, une facture, un relevé, un contrat. Il faut donc à chaque fois personnaliser le produit final.
Et dans les deux cas, il n’existe pas de framework global, de progiciel à personnaliser et à adapter pour chaque production/client. On n’imagine pas de SuperFilmor qui génère au choix Star Wars, Sam je suis Sam ou Rabbi Jacob selon un paramétrage habile.
Alors on déploie des forces gigantesques, de part et d’autre, pour mettre en branle le projet.
Dans le cinéma on a le scénariste, le producteur, le réalisateur, le metteur en scène, les acteurs, les accessoiristes, les preneurs de son, le directeur de la photo, les effets spéciaux, les ingé. lumière, le scripte, les maquilleurs et toute une bardée d’assistantes méga-bonasses. Chacun a un rôle spécifique et précis.
Dans un projet informatique, on retrouve : le pilote opérationnel, le sponsor, le chef de projet, le chef du chef de projet, le directeur de la production, le directeur du projet, l’expert fonctionnel, les développeurs, les architectes, le responsable planning, le responsable des versions et toute une bardée d’assistants bigleux et boutonneux. Chacun a un rôle plus ou moins vague et plus ou moins propre.
Alors qu’en informatique on retrouve régulièrement une note de cadrage, une demande utilisateur, une spécification fonctionnelle générale, une spécification fonctionnelle détaillée, une spécification technique générale, une spécification technique détaillée, un document d’architecture général, un guide de conception, je vais m’arrêter là mais on n’a pas encore parlé de production, d’exploitation, de livraison, de qualité, de mise en conformité STOP !
Pouf-pouf. Alors qu’en informatique on retrouve régulièrement ces documents, dans le monde du cinéma on retrouve… le scénario. On imagine difficilement des documents qui expliquent à Sean Penn son jeu de scène ou à De Funès ses mimiques. Ou des documents qui précisent de manière formelle les zooms de caméra, le nombre de couches de blush ou les cascades des arts-martiaux.
Au cinéma, tout est oral et implicite.
Oral et implicite signifie que le metteur en scène communique étroitement, intimement avec les acteurs pour que le jeu en soit plus crédible, plus réaliste, plus vrai; qu’il indique à la maquilleuse que Nicole Kidman doit être très pâle parce qu’elle est à l’agonie; que la prise de vue doit être en plan américain et flou pour que le spectateur ne reconnaisse pas l’agresseur;3 bref, les directives fournies par le metteur en scène aux différents intervenants sont assez précises oralement pour qu’un gars/une fille qui fait son boulot correctement et de manière passionnée (c’est aussi ça le monde du spectacle) comprenne et agisse en conséquence. Les réajustements nécessaires (en informatique on appelle ça le mode itératif) sont également implicites mais encore une fois oraux et directs.
Dernière remarque de ce premier épisode : évidemment que l’on ne fait pas un film en un coup. Une prise est répétée un grand nombre de fois (les réalisateurs ont inventé le backup online !), mais petit bout par petit bout. Une fois validée, on passe à la scène suivante. Le tout dans l’esprit du scénario initial.
Plus fort encore, les prises ne sont pas effectuées dans l’ordre temporel du film : les acteurs jouent donc des scènes dans un ordre optimisé, sans rapport entre elles. Mais nous, clients finaux, voyons un chef d’oeuvre/un navet au bout du compte. Rendons à César ce qui est à Rome, PPE en aborde un aspect ici.
Les plus fous/désespérés d’entre vous entrevoient déjà où je ferai mon parallèle dans la suite de cet article.
La suite au prochain numéro, où l’auteur abordera les parallèles entre l’architecte des temps modernes et le metteur en scène, entre XP et la méthodologie propre au cinéma et entre ces mollusques d’informaticiens et les passionnés du 7ème art.
1 : ne trouvez-vous pas qu’on n’utilise plus assez le point-virgule ?
2 : le cinéma a créé un segment figé avec “as is“. Personnellement, dès que j’entends “as is“, je suis tenté de crier “light !” (in Le 5ème élément)
3 : ne trouvez-vous pas qu’on abuse du point-virgule ?











j’aime bien cet article…bisous