Y’a pas à dire, les fêtes juives de la rentrée scolaire (septembre généralement, parfois octobre comme cette année) sont éprouvantes. Surtout lorsqu’on passe ces fêtes ailleurs que dans son fief (mon fief à moi, c’était Pierrefitte chez mes parents).
C’est dans ce mois de fêtes que l’on apprend d’abord que l’estomac est étonnamment extensible. Et que, selon le rite sépharade, il est capable d’ingurgiter en une seule prise et sans broncher : du miel, du poisson froid, de l’agneau, des épinards, des jujubes, de la grenade, des poireaux, de la courge, des dattes, du pain sucré, de la pomme… Les plus scatologiques d’entre vous noteront qu’à la sortie, c’est également varié dans les teintes.
Parce que j’ai passé ces fêtes chez ma belle-famille, j’ai découvert les joies de la marche urbaine (28 km en deux jours et en costume-cravate) et des rites liturgiques constantinois (moi qui m’étais habitué aux airs égyptiens). Sont-ils plus beaux ou moins beaux ? Je n’en sais rien. La comparaison de ces rites évoque pour moi cette idée : si on me présentait maintenant un couple âgé, en me disant : “voilà tes nouveaux parents”, pourrais-je dire “ils sont mieux” (sauf si j’avais Bonnie & Clyde ou Le Bar & Paris comme géniteurs) ? Non, je suis juste habitué à mes airs, mes habitudes, mes parents. Ils plaisent sûrement aux habitués, mais pour le moment, je n’y suis pas plus sensible.
En parlant de rites, je vous renvoie ami lecteur à cet article passionnant de Claude Riveline, professeur à l’école des Mines de Paris, intitulé “pour une laïcité de paix” dans le journal Information Juive de septembre 2005. Où l’auteur “rend hommage aux bienfaits de la laïcité issue de la Révolution française mais plaide aussi pour que les diverses identités françaises expriment et vivent pleinement leur singularité, au lieu de se fondre dans un fade universalisme, et s’enrichissent de cette diversité au lieu de se combattre“.
Enfin, et le plus éprouvant pour moi : j’ai serré la main du grand Gilbert, à la synagogue. Mais pas n’importe quel Gilbert !
- Gilbert Sitbon, le vendeur de costumes ? Non.
- Gilbert Benichou, le soldeur de tissu qu’a niqué tout le Sentier ? Non plus.
- Alors Gilbert Abitbol, le radiologue ! Non. Bien plus connu.
- Gilbert Melki ? On avance mais c’est pas ça.
- Gilbert Bécaud ? A la synagogue ?
- Alors ne me dis pas que… ? Si !
Gilbert Montagné !
Et ouais, j’ai serré la main de Gilbert Montagné à la synagogue. Présenté officiellement. Et il m’a dit “enchanté !” (paraît qu’il a rajouté : “mais t’as pas un peu grossi toi ?”).
Je sens que la nouvelle année va se “vivre en couleurs”.










