(Ce post devait s’intituler initialement : chasseur de primes)
La tête dans un sac plastique hermétique, plongée dans la cuvette des toilettes. Telle est la sensation que j’ai éprouvée lundi dernier, lors de cette anecdote passionnante :
Le décor : Champs-Elysées. Paris. 12h25. Temps : idéal.
Les acteurs :
- Byalpel, la victime - grand, beau, sûrement pas gros. Conduit un scooter noir. Est heureux de vivre
- Flicaillon 1, le bourreau - Noir, très grand, très baraqué, méchant dehors mais bon dedans
- Flicaillon 2, le cynique - Fine moustache, taille moyenne, maigrichon, mauvais perdant
- Figurants : voitures circulant dans les deux sens, motards circulant entre les voitures, personnes aux terrasses de café
Ca tourne.
Byalpel, le coeur léger et vaillant, roule vers son rendez-vous alimentaire et festif : un repas avec ses anciens collègues.
Comme ses frères motards, il roule entre les voitures, sur la ligne matérialisée séparant les deux axes de circulation. Comme ses frères motards, il n’a jamais été inquiété par cette pratique qui peut paraître dangereuse à première vue pour les mortels comme vous.
Puis, comme une image d’Epinal, la scène suivante se produit, très rapidement : sirènes d’une voiture de police, appels de phare, arrêt sur le côté, salut rapide.
Byalpel n’est pas tendu, il ne voit pas ce qu’il a fait de mal. D’ailleurs, il conserve à l’intérieur de son casque ses écouteurs, se trémoussant presque sur les variations insolites de la musique de M.
Flic 1 : bonjour, monsieur. Vous savez pourquoi on vous arrête ?
Byalpel : euh, non je ne vois pas…
Flic 2 : vous ne voyez pas ? Vous venez de griller deux lignes blanches !!
Byalpel ne répond pas, un peu désarçonné quand même. Mais il en a vu des plus dures. Par acquis de conscience, il coupe son engin MP3 et ôte son casque.
Flic 1 déballe sa rengaine : permis de conduire, carte grise, papiers d’assurance, groupe sanguin, certificat de circoncision etc.
Tout en sortant ses papiers, byalpel tente une petite percée :
Byalpel : mais attendez, tous les motards font ça, il n’y a pas de quoi verbaliser toute l’avenue tout de même !
Flic 2 : hin hin (sardonique). Mais c’est ce qu’on fait !
Flic 1 : attendez-nous ici, on va vous niquer votre race revient.
Byalpel flippe un peu, et s’attend à un simple procès-verbal. Qui n’a pas eu le luxe et le privilège de s’acquitter de 90€ pour une telle bagatelle ?
10 minutes d’attente. Dix longues minutes pendant lesquelles s’insinue le doute. Le doute sur la civilité trop prononcée des agents. Sur la réalité de la situation. “Suis-je dans un mauvais scénario ?” s’interroge byalpel. Ce qui le tracasse et qu’il n’ose s’avouer, c’est qu’il ne lui reste que 5 points sur son permis à con points, et que ce n’était pas trop le moment d’être borderline à cause d’une ligne blanche.
Byalpel rit à ce jeu de mot improvisé. Il se demande s’il en fait part aux policiers pour les détendre, lorsqu’ils ouvrent enfin la porte de leur véhicule, se redressent et annoncent, de manière solennelle :
Flic 1 : voilà. Franchissement de ligne blanche, 3 points, 90€, reconnaissez-vous les faits ? Si oui, signez ici.
Byalpel, (après un déglutissement douloureux) : oui je le reconnais. Je suis une merde, flagellez-moi.
Flic 2 : hin hin (rire très sardonique). Si vous n’êtes pas contents, écrivez au préfet pour indiquer que le code de la route n’est pas adapté aux deux roues.
Au lieu de lui envoyer son casque en pleine gueule, byalpel préfère répondre (véridique) :
Byalpel : ne vous foutez pas de ma gueule, je ne critique pas le code de la route !
Flic 1 : et celui-là, c’est pour le sens interdit. 4 points, 90€ aussi.
Pour le coup, c’est byalpel qui reste interdit. Il bafouille :
Byalpel : le sens interdit ? Quel sens interdit ? Vous me mettez deux PV ?
Flic 1 : évidemment ! En remontant l’avenue, vous rouliez en sens interdit !
Byalpel explose, sentant déjà le noeud coulant du plastique autour de son cou :
Byalpel : mais vous rigolez ou quoi ? Vous m’enlevez donc 7 points (3 + 4) d’un coup ?! Il ne me reste que 5 points sur mon permis, si vous faites ça, vous vous rendez compte de l’impact ? Ma vie bascule ! Vous ne pouvez pas me faire ça !
Flic 1 : je suis désolé, vous avez ce que vous méritez. Signez ici. Merci. Au revoir.
Cut !
Quelle sensation plus horrible que celle d’étouffer ? De subir la fatalité sans pouvoir agir ?
Sans pouvoir agir ou presque.
Aujourd’hui j’ai envoyé une lettre de contestation, grâce à l’aide d’amis motards (les motards sont une grande famille, rappelez-vous !) sur des forums.
En substance, le sens interdit n’est pas valide, ce [pour une éducation plus pure de nos enfants, les gros mots ont été censurés] de policier s’est juste acharné sur moi, pour courir derrière sa Sarko-prime.
Extrait de la lettre envoyée à “Monsieur la Police” :
Le 17 octobre 2005, jai été doublement verbalisé par deux agents de police alors que je circulais en moto sur l’avenue des Champs-Élysées, sur la ligne séparant les deux sens de circulation.
La première contravention (n° QQQ) indique que j’ai franchi une ligne continue, ce qui évidemment ne peut être remis en cause. Même si tous les motards ont l’habitude de cette pratique sur cette voie, elle n’en reste pas moins interdite et dangereuse.
La seconde et présente contravention (n° QQQ) établit que je roulais en sens interdit sur 8 mètres sur cette même avenue. Il est clair quil y a, dans ce cas, interprétation de la loi par l’agent puisque
- Il n’existe aucun sens interdit matérialisé sur les Champs-Élysées
- Il y a eu confusion entre «en sens interdit» et «en sens inverse», ce qui n’est évidemment pas le même article de loi (R414-7 au lieu de R412-28)
- En cas de circulation sur une voie en sens interdit, la procédure précise que l’agent doit faire pratiquer un test d’alcoolémie, ce qui n’a pas été le cas lors de ma verbalisation
Ouf ! Un peu d’air frais.
Pas très résistants ces nouveaux sacs plastiques.











Ils sont vraiment incroyables. Le pire c’est la frustration que tu ressens parce que tu sais que quoi que tu dises, à tort ou à raison, ils ont toujours le dernier mot.
Ca me rappelle une fois oĂč je m’Ă©tais fait arrĂȘter à scooter et le flic ne trouvait pas le numĂ©ro du scooter, cachĂ© sous quelques millimĂštres de crasse. AprĂšs 15 mn de palabre - il est volĂ© le scooter du monsieur, non il est est pas volĂ© le scooter du monsieur, si il est volĂ© le scooter, non il est à moi ce scooter… - j’ai retrouvĂ© le numĂ©ro ce qui m’a Ă©vitĂ© l’amende.
J’espĂšre que tu Ă©viteras la double peine. Sarko l’a d’ailleurs abolie
Moi je suis sĂ»r que le flic s’est vengĂ© du spoil sur Harry Potter ^^
Ca t’apprendra à aller dĂ©jeuner avec des mecs d’Octo…
Tu sais pas le pire ? Ils m’ont mĂȘme pas invitĂ© ces enfoirĂ©s !
[…] Je vous parle d’un temps que seul le moteur de recherche de ce site peut connaître : Paris, en ce temps là.. […]