Le vendredi c’est social.
Dans ces fameux toilettes (voir les précédents articles) m’est venue la pensée suivante : aux Etats-unis, il y a de très bons acteurs noirs. Et une palanquée en plus.
Je continue de penser que Don Cheadle est l’un des plus grands. D’abord parce que j’avais vu Dites-leur que je suis un homme il y a quelque temps, et puis tout récemment Hôtel Rwanda (il faut avoir vu ces films !).
Ma pensée chiottesque du jour était : pourquoi n’existe-t-il pas d’équivalent en France ? Je pouffe d’avance pour ceux qui pensent à Légitimus, Mouss Diouf ou Kavanagh. Non je parle de vrais acteurs. De la trempe de Morgan Freeman ou Samuel Jackson (ou Chris Tucker, moi j’aime ce mec
).
Finalemernt, pas la peine de me frotter les méninges, la réponse a été abordée dans sa globalité sur ce forum (si vous avez 10 minutes à tuer, lisez-le, il est très instructif !). Sinon il y a cet article et celui-là.
Les idées essentielles si vous êtes pressés : aux Etats-Unis, la communauté noire est mieux représentée qu’en France, grâce/à cause de la politique de discrimination positive. En France, les Noirs ne misent pas sur une carrière au cinéma car ils sont rembarrés dès les castings.
J’en retire en fait deux informations supplémentaires, que je vous divulguerai après ce court message personnel : je ne remercierai jamais assez le Ciel pour m’avoir fait rencontrer M. Diop (alias la poutre du Cameroun), ex-compagnon de croix d’étoile chez Air Liquide. C’est lui qui a initié, éclairé et suscité mon intérêt pour la culture, l’histoire et la musique noires (enfin une certaine catégorie de musique noire, j’écoutais quand même Michael Jackson quand j’étais petit). Voilà, c’est dit.
Première information qui va faire rougir Lapalisse : quand on n’est pas Noir, on n’est pas Noir.
Autrement dit, on ne connaît vraiment rien de la culture et de l’histoire des autres -et parfois même on s’en fout- sauf si on est pleinement immergé dedans, ou si on la chance de rencontrer des personnes qui savent vous communiquer cet intérêt (d’où mes remerciements liminaires). Evidemment il faut être un brin ouvert sinon le transfert ne se fait pas.
Je ne parle pas de connaître au sens intellectuel mais émotionnel. En effet, tout le monde peut dire “il y a de la ségrégation à l’embauche des Noirs et des Arabes” ou “en France, l’antisémtisme a été flagrant ces cinq dernières années”, sans pour autant l’intérioriser et ressentir ce que peuvent vivre ces individus ou cette population. Alors que pour comprendre, ressentir la douleur, vivre le génocide rwandais, il faut une certaine tournure d’esprit, une envie de savoir et surtout une façon de s’identifier (je suis très câblé Rwanda en ce moment. Quand je pense que la seule chose que connaissent les jeunes français de cette barbarie, c’est les chansons de Corneille…).
J’ai la sensation que l’appréhension des sujets d’actualité, des films, des débats avec cette vision “rééquilibrée” m’a rendu plus complet, plus humain sans pour autant m’avoir fait perdre mon identité. Disons que cela m’a permis d’affiner mon mécanisme de projection.
J’espère, dans cet élan d’amour fraternel pour tous les hommes, que j’aurai réussi à transmettre également un début d’intérêt pour la culture et l’histoire juives (autre que “la vérité si je mens”) à ceux que j’ai eu l’occasion de croiser au cours de ma vie professionnelle et personnelle.
Deuxième information (il faut avoir lu le forum pour suivre) : il est toujours très difficile d’écrire sur des sujets apparemment banals sans être taxé de racisme. Moi-même, quand j’écris Noir ou Arabe, je mets une majuscule. C’est plus prudent, ils sont chauds ces Africains (ça va, je déconne).
C’est dingue combien il faut être prudent pour ne pas froisser les sensibilités de chacun à l’écrit,surtout lorsqu’on est anonyme sur un forum Internet (même si on est de bonne foi !). Même si les Juifs ont l’habitude de l’auto-dérision et apprécient les blagues -orales- sur leur tradition/culture/vente en gros, je reconnais moi-même frémir sur certains termes ou certaines expressions dans les forums ou dans des articles.
Dieudonné s’est essayé au jeu et s’est misérablement planté. On pourra discuter pendant des heures du cas, je persisterai vigoureusement : ce gars “se trompe de colère”, pour citer Brassens.
Oui il faut un combat pour déjà reconnaître et améliorer la situation des Noirs en France ! Oui il faut reconnaître ce que les “blancs” ont fait aux “noirs”, de manière générale. Oui il faut lutter contre les injustices, même au Proche-Orient.
Mais pourquoi avoir monté en épingle le conflit israélo-palestinien d’une manière aussi ridicule ? Pourquoi ensuite avoir sombré dans l’antisémitisme primaire ? Il ne faut pas se leurrer, il suffit de lire les forums de soutien à Dieudonné pour voir la population qui l’encourage : ce ne sont pas (pour la plupart) des individus blessés par leur condition défavorisée mais des personnes aigries, violentes et ignorantes.
Dans un de ses sketchs, Dieudonné avait dit : “un monde dans lequel tout le monde serait beau, tout le monde serait [je sais plus quoi] et tout le monde serait métis”. Croit-il être le premier à prêcher l’universalité ? N’est-ce pas démagogique d’entendre “libérons tous les peuples qui souffrent” ?
Et enfin, le fait qu’il fasse un bras d’honneur “au peuple élu”, qu’il fasse une liste nominative de personnalités juives devant 5 000 personnes assoiffées et qu’il représente un “colon” en nazi à la télévision ne donnent pas à croire que Dieudonné est le bras de la démocratie et de l’ouverture vers l’universalité mais plutôt d’un racisme primaire, le même auquel ses pairs/pères ont été confrontés.
Pour finir sur une note optimiste, Michel Jonasz avait déclaré en riant, lors du fameux Taratata en 1997 (avec Al Jarreau et le Golden Gate Quartet en invités) que (je cite de mémoire) “les Juifs et les Noirs ont un point commun, ils ont toujours chanté dans la souffrance”.
Puissions-nous chanter encore longtemps ensemble dans la joie et le respect mutuel. Hallelouya.