Quand j’étais plus jeune (il y a environ quatre ans), la violente sonnerie de mon réveil produisait sur moi le même effet qu’une chanson de Dutronc : “j’y pense et puis j’oublie”. Que voulez-vous, c’est la vie, c’est la vie.
Pour m’extirper des bras de Morphée (comme je ne connaissais pas toujours le prénom de la personne ou de l’animal qui dormait près de moi, je l’appelais toujours ainsi, en hommage au grand capitaine Noir de Matrix), j’étais passé en alerte de niveau 2 : sonnerie du téléphone toutes les 5 minutes avec musique agaçante PLUS buzzer radio.
Les plus jeunes d’entre vous n’auront pas connu cette invention, sommet du génie occidental. Le buzzer est né d’un pari stupide entre deux chercheurs : reproduire à la perfection le bruit de l’accouplement d’un marteau-piqueur en rut avec un avion supersonique farouche. Pour corser le jeu, ils avaient décidé d’enfermer ce bruit dans un appareil plus petit qu’un yahourt, et dont les boutons ON/OFF seraient habilement dissimulés pour empêcher tout arrêt malencontreux.
Et pourtant, pourtant, comme disait Charles Aznavour, la conjonction des deux mécanismes affectait mon sommeil de bébé de la même manière que la France s’inquiète de l’équipement atomique iranien : on ouvre à peine les yeux et puis on les referme en pensant à des thèmes plus doux.
J’ai tout essayé pour décupler la puissance de mon réveil-matin mais rien n’a fonctionné : ma femme se lève bien plus tard que moi (je sens que ce soir, je dors sur le canapé), mon chien est mort (il dormait près du buzzer) et mes enfants ne sont pas encore nés (les malins)… Boire dix litres d’eau la veille pour se ruer vers les toilettes au réveil ne fonctionne pas non plus : comme par hasard, ma vessie est pleine une heure avant l’heure… Et après l’heure, ce n’est vraiment plus l’heure (ni l’âge).
Habile transition pour en venir au fait : comment j’ai réussi à me lever comme un lion aux aurores à l’aide d’une manipulation tellement simple qu’un énarque y aurait pensé il y a une dizaine d’années déjà…
Ce secret que je comptais conserver jalousement au sein de mon cercle restreint d’amis et de ma famille, je me suis décidé à te l’exposer sur ce blog, ami lecteur.
Et pour pas cher, 130€ par virement bancaire.
Pour recourir à une pratique odieuse mais justifiée1 de la télévision, je vous propose une page de publicité pour maintenir le suspense.


Le réveil pour les petits et les grands
Comment me réveiller en rugissant disais-je donc, avant que ces salauds de publicistes lacèrent mon article.
Il suffit de programmer la radio pour qu’elle s’allume sur la station de France Info (105.5 à Paname) !!!
D’abord, la répétitivité des informations : toutes les cinq minutes, le rappel des titres. Votre cerveau, partiellement irrigué au bout du premier rappel, ne peut supporter cette torture chinoise très longtemps (cf. cet intéressant article chez Procrastin).
Vous émergez, assemblez les syllabes, reconstituez des mots, des phrases, un thème, des idées. Puis, dans le temps qu’il faut à l’eau pour bouillir, vous avez bondi de votre lit à l’appareil de radio, de votre molle et confortable position horizontale à la pose du lanceur de poids antique, pour balancer le tout par la fenêtre.
La semaine dernière, je devais avoir posé la casserole d’eau dans une fonderie, puisque j’ai battu un des records du monde de vitesse du “couché-développé”, en entendant cette information : “Les combattants du Hezbollah au Liban ont été victimes de tirs de roquette israéliens […] On déplore 4 morts parmi les combattants […] On ne sait pas trancher qui a commencé à tirer le premier“.
Monsieur France-Radio, on ne dit pas “Les combattants du Hezbollah” mais “Les terroristes du Hezbollah” quand on est poli (rappel : seule la France a refusé d’inscrire le Hezbollah comme organisation terroriste).
Monsieur France-Radio, quand on est poli, on compte aussi les victimes de l’autre côté de la frontière (11 blessés dont 2 sérieux).
Monsieur France-Radio (quel drôle de nom), quand on est poli et aussi intelligent, on se pose juste UNE question : quel est l’intérêt de l’armée israélienne, de l’Etat israélien, de tous les israéliens et surtout des habitants de Metula, la ville frontalière, constituée de 50% d’arabes d’origine syrienne, de tirer en territoire libanais, après une “accalmie” relative de six mois ?
Ne pouvait-on pas supposer plutôt qu’une provocation (un peu soft comme terme pour des tirs de mortier sur des maisons) soit l’oeuvre de fieffés coquins (un peu soft comme terme pour des gars qui s’en prennent systématiquement à des civils) ? Dans ce cas, pourquoi ne pas rééquilibrer la nouvelle pour laisser le choix à l’auditeur de se faire son idée ?
Quel choix éditorial, sinon le parti-pris, que celui d’opposer un groupuscule terroriste sponsorisé par la Syrie qui n’a rien à perdre, avec celui d’un Etat démocratique qui a pour objectif de sécuriser la vie de tous ses citoyens dans une portion du monde où le mot “paix” rime encore avec “on va tous vous niquer” ? Et délibérément, sans analyse, sans recul, de lâcher en pâture les informations de l’AFP aux carnivores assoiffés de vérités établies et catégoriques, aux arriérés qui ne voient les films qu’en noir et blanc, aux gens pressés comme moi qui veulent une information crédible en peu de temps ?
Ce matin, j’étais prêt de battre mon record en entendant l’information selon laquelle le gouvernement voulait aborder le passé colonialiste de la France dans les manuels d’histoire sous un angle positif et ainsi, promulguer une loi qui redorerait les armures de la France aux yeux des écoliers. Cette fois, c’est l’information en elle-même qui m’a tiré du lit.
Je croyais que je rêvais !
“Cher écolier rwandais, tes parents et ta famille ont été massacrés en 96 grâce à la colonialisation française. Non, ne nous remercie pas, c’était pour l’honneur de la France”.
Et puis Amin Dada, Elf et consors, c’est le côté positif de la colonisation française. Et merde !
Je m’énerve encore, j’arrête. Je vais rentrer me coucher, ça va me calmer.
1 : je sais parfaitement qu’aucun de vous ne fera le virement