Sous une chaleur accablante pour un mois de printemps, les badauds s’étaient amassés près de la colline, pour voir. Des personnalités importantes participaient à l’événement, le gouverneur en personne présidait la cérémonie. Les femmes avaient noué leur cheveux en chignon sur leur tête pour évacuer la chaleur, les hommes s’épongeaient le visage avec des chiffons salis de poussière, les enfants fatigués chassaient les mouches de leur visage dégoulinant, les chevaux hennissaient pour demander à boire.
La foule amassée était silencieuse, debout derrière la barrière de sécurité formée par les gardes autoritaires, telle une carapace reptilienne. Le vent chaud issu des montagnes soufflait sur la plaine et soulevait parfois des tourbillons de poussière. La ville au loin montrait des signes d’agitation, comme une fourmilière hyperactive aux murs de pierre.
L’ouvrage n’était visiblement pas achevé, on entendait au loin l’écho du maillet métallique s’écrasant sur la planche posée à terre. Les enfants apeurés fermaient les yeux au rythme scandé des coups de marteau et du ahanement irrépressible des hommes au torse nu.
Un brouhaha agita la foule et sortit les plus fragiles de leur torpeur : on érigeait à l’aide de longues cordes tressées l’objet de curiosité. Des murmures se propagèrent et un frémissement palpable parcourut la masse humaine désormais rassemblée autour du campement. Les enfants furent hissés sur les épaules. A cette distance, on ne pouvait entendre la cérémonie qui commençait; seuls les premiers rangs, les plus avertis ou les plus chanceux, purent complètement profiter de la scène.
Ce fut un long silence au milieu du désert immobile. Même le vent se tut en cet instant.
Le gouverneur tendit un index rageur vers lui et hurla, sans le regarder : “Pour la dernière fois, quel est ton nom ?”
Dans un dernier effort, il leva les yeux vers le ciel, les dirigea vers la foule et soupira, dans un dernier râle : “Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs”.
Pour la petite histoire, les initiales INRI inscrites sur la croix du Christ signifient : Jésus le Nazaréen Roi des Juifs (Iesvs Nazarenvs Rex Ivdaeorvm)
Commentaire personnel : ma famille va me tomber dessus pour me demander pourquoi j’écris sur la crucifixion d’un ancien frère d’armes, alors qu’il y a tant de sujets moins polémiques. Je répondrai à cela que j’écrirai aussi sur ces sujets moins polémiques dans les prochaines semaines, je n’ai pas prévu de mourir bientôt.
















