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INRI
Le 07/11/2005 - 05:54

Sous une chaleur accablante pour un mois de printemps, les badauds s’étaient amassés près de la colline, pour voir. Des personnalités importantes participaient à l’événement, le gouverneur en personne présidait la cérémonie. Les femmes avaient noué leur cheveux en chignon sur leur tête pour évacuer la chaleur, les hommes s’épongeaient le visage avec des chiffons salis de poussière, les enfants fatigués chassaient les mouches de leur visage dégoulinant, les chevaux hennissaient pour demander à boire.

La foule amassée était silencieuse, debout derrière la barrière de sécurité formée par les gardes autoritaires, telle une carapace reptilienne. Le vent chaud issu des montagnes soufflait sur la plaine et soulevait parfois des tourbillons de poussière. La ville au loin montrait des signes d’agitation, comme une fourmilière hyperactive aux murs de pierre.

L’ouvrage n’était visiblement pas achevé, on entendait au loin l’écho du maillet métallique s’écrasant sur la planche posée à terre. Les enfants apeurés fermaient les yeux au rythme scandé des coups de marteau et du ahanement irrépressible des hommes au torse nu.

Un brouhaha agita la foule et sortit les plus fragiles de leur torpeur : on érigeait à l’aide de longues cordes tressées l’objet de curiosité. Des murmures se propagèrent et un frémissement palpable parcourut la masse humaine désormais rassemblée autour du campement. Les enfants furent hissés sur les épaules. A cette distance, on ne pouvait entendre la cérémonie qui commençait; seuls les premiers rangs, les plus avertis ou les plus chanceux, purent complètement profiter de la scène.

Ce fut un long silence au milieu du désert immobile. Même le vent se tut en cet instant.

Le gouverneur tendit un index rageur vers lui et hurla, sans le regarder : “Pour la dernière fois, quel est ton nom ?”

Dans un dernier effort, il leva les yeux vers le ciel, les dirigea vers la foule et soupira, dans un dernier râle : “Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs”.



Pour la petite histoire, les initiales INRI inscrites sur la croix du Christ signifient : Jésus le Nazaréen Roi des Juifs (Iesvs Nazarenvs Rex Ivdaeorvm)

Commentaire personnel : ma famille va me tomber dessus pour me demander pourquoi j’écris sur la crucifixion d’un ancien frère d’armes, alors qu’il y a tant de sujets moins polémiques. Je répondrai à cela que j’écrirai aussi sur ces sujets moins polémiques dans les prochaines semaines, je n’ai pas prévu de mourir bientôt.

Des nouvelles du front
Le 06/11/2005 - 22:39

Sujet de rédaction : deux enfants sont électrocutés à Clichy, un cocktail molotov est lancé contre une synagogue à Pierrefitte.

Vous indiquerez par un raisonnement simple et logique en quoi le second événement, exprimé par l’apposition “un cocktail molotov…”, est la conséquence directe du premier.

Thierry Messant a rendu sa copie en premier. Selon lui, EDF et la communauté juive sont de mèche pour :

  • Lancer un pogrom anti-racaille
  • Faire de la pub autour de l’ouverture du capital EDF
  • Toucher l’assurance après l’incendie volontaire par la communauté de Pierrefitte

Leïla Chahid - le martyr - a évoqué une autre thèse, qu’elle a déjà soutenue lors du retrait israélien de Gaza. Les synagogues sont brûlées parce qu’elles constituent une humiliation pour le peuple neuftroyen, dont deux enfants viennent de se faire assassiner à un barrage électrifié. Lire ici la version du Quai d’Orsay.

J’ai une version bien plus crédible à vous proposer. Et elle n’est pas de moi, mais de Michael Sebban, professeur de philosophie dans un lycée à La Courneuve. Cet article a été écrit il y a deux ou trois ans dans Libération, et a été inséré dans son bouquin “Lehaïm” (que je vous conseille ABSOLUMENT de lire, juifs ou gentils).

D’abord un rappel des faits de ce week-end, où je suis passé voir mes parents à Pierrefitte sur Seine. Mon père est le modeste président de la synagogue de cette ville, où vivent une soixantaine de familles juives.

  • Un cocktail molotov a été jeté contre la synagogue dans la nuit de jeudi à vendredi. Les fenêtres étant grillagées, les fêtards ont visé celles en hauteur. Grâce au Ciel, l’engin s’est écrasé plus bas contre le mur. Aucun organe de presse n’en fait état.

  •  

  • La police est passée prévenir les familles juives de certains quartiers pour leur indiquer de ne pas sortir vendredi soir pour se rendre à la synagogue, ils craignaient des agressions physiques.
  • Près de la cité rose, LA cité à mi-chemin entre Pierrefitte et Sarcelles, toutes les vitres des voitures appartenant à des familles juives (identifiables par leur pavillon) et seulement celles-là ont été brisées.
  • Et puis bien sûr, dans la rue perpendiculaire à celle de mes parents, un camion et deux voitures ont été incendiées. Du banal.

L’article est dans ce document, que je vous invite à télécharger.

Les nouvelles du front me donnent mal au crâne.

UPDATED.
DJO me fait remarquer que l’AFP a fait état du cocktail molotov contre la synagogue de Pierrefitte, dans la nuit du vendredi à samedi vers 3 heures du matin. Au moins tout le monde l’aura lu.
UPDATED.
Je viens d’apprendre également qu’une boisson alcoolisée au molotov a été envoyée contre la synagogue de Sète (y’a des juifs ascètes à Sète ?) . Pas d’info diffusée à ce sujet.
Bilan de deux semaines de film
Le 06/11/2005 - 18:59

En deux semaines, nous avons essayé de rattrapper notre retard sur les films sortis en salle.

Mes commentaires :

  • Quatre frères : Très drôle. Rien à voir avec les critiques cinéma qui voulaient y voir une satire de la vie des Blacks aux Etats-Unis. A prendre comme ça vient, c’est très agréable.
  • Les frères Grimm : Bof. Très bof.
  • Les parrains : drôle mais peut mieux faire. Les dialogues auraient pu être encore plus cinglants. Le scénario est intéressant par contre.
  • Serenity : une des plus grosses daubes de l’année.
  • Noces funèbres : exceptionnel comme toujours. La caricature des personnages est parfaite, la musique est géniale. Je suis emphatique (pas gros)
  • A history of violence : la grosse déception. Un navet, plein de clichés, Ed Harris joue une dizaine de minutes, une prévisibilité digne des meilleurs téléphones… Bref, c’est tout naze.
  • Edy : Noiret, Berléand j’adore. Très bon scénario, acteurs qui tuent, quelques longueurs. Marion Cotillard joue exactement 2 minutes 12, et ne sert strictement à rien dans ce film. Merci le marketing !
  • La boîte noire : j’ai adoré !! Garcia est un acteur qui s’est révélé dans le tragique, le scénario est béton, les prises de vues et mouvements de caméra étourdissants (au sens littéral du terme, n’est-ce pas ma belle-mère ? :) ), l’intrigue oppressante (un peu dans le genre du Machiniste). Je recommande à fond !
  • Match Point : du très bon Woody Allen, mais inhabituel dans le style. L’engrenage est bien amené et Scarlett Johanson est carrément bonasse. Je recommande.
Fonds de tiroir
Le 06/11/2005 - 18:44

Douglas Adams est mort trop tôt, mais son éditeur a réussi à piocher dans ses 4 ordinateurs Apple (c’était un fan de technologie) des textes variés, souvent très justes mais surtout très drôles.

Un régal.

Lehaïm, à toutes les vies
Le 06/11/2005 - 18:42

Un livre à lire absolument !!

Cli chie : c’est la merde
Le 03/11/2005 - 16:46

C’est parti.
Au lieu du fond (que le nord de l’Ile de France est en train de toucher), on va nous parler de la forme (hamdoulla, ça va merci).

Parce que Sarko a délibérément utilisé des termes durs, la presse élude un problème de fond. Ce point est bien adressé par Alain Hertoghe dans son article et les commentaires résument assez bien les opinions que je me fais du sujet : lynchage médiatique de Sarko, opportunisme de celui-ci.

Mais, pour avoir vécu la ville racaille et la ville bourgeoise (de Pierrefitte sur Seine à Issy les Moulineaux sans passer par la case départ), je rejoins certains commentateurs sur les points suivants.

Juste un rappel du contexte pour être sûr qu’on parle de la même chose : deux jeunes sont poursuivis par la police (à mon avis, c’est un événement auquel on pouvait assister de façon hebdomadaire à Sarcelles). Ils se cachent dans un local EDF et sont électrocutés. Argh, c’est dur.

Des jeunes des cités avoisinantes, en colère, brûlent des voitures et intifadent la police.
Depuis, c’est la spirale de la violence (classé n°7 au top 50 des segments figés journalistiques).

  • J’ai déjà assisté de visu à une course poursuite entre une voiture de police et des jeunes en Clio à Epinay sur Seine (93) il y a quelques années. La Clio s’est embrochée à toute allure sur un feu de signalisation une centaine de mètres plus loin. Y a-t-il eu émeute ? Non. Autodafé ? [jeu de mot sur le mot auto]. Non.
  • La violence dans ces quartiers cosmopolites est-elle en commune mesure avec ce qui s’est produit ? Même si on veut arguer que la vie de ces jeunes n’est pas rose (ce qui est potentiellement vrai), est-ce une raison pour tirer à balles réelles sur des pompiers ???
  • Comme l’a dit intelligemment un commentateur du forum, l’Iran a appelé à rayer Israel de la carte. Est-ce que les médias ont relayé l’information sur la manifestation qui s’est tenue hier soir ? Est-ce que toutes les associations se sont mobilisées en France pour dénoncer l’infâme ? Mais surtout : est-ce que les juifs français ont tout cassé dans les rues ? brûlé des iraniens ?
  • Les gangs cagoulés sont-ils les représentants officiels des jeunes des cités ? Ou des jeunes déliquants, des racailles, pour lesquels les communautés sur place ont une sympathie vague et diffuse ? Parce qu’il faudrait être sûr : ces voyous ne sont pas chassés par la police parce qu’ils sont beurs, noirs ou bicolores, comme veulent nous le faire accroire ces couillons de médias de gauche. Ils sont pourchassés parce qu’ils alimentent un climat d’insécurité et de violence inacceptable pour tous. Un point un trait.
  • Moi j’ai juste roulé sur une ligne blanche et je me suis pris 7 points sur mon permis de conduire. Alors merde, un mec qui brûle une voiture ou tire sur des pompiers ne devrait-il pas subir une amende à la hauteur de son crime ? Et le flic qui s’est acharné sur moi ne mérite-t-il pas de faire son service à 22h à Clichy ?

La solution contre cette violence urbaine n’est pas évidente à première vue (sinon ça ferait longtemps que ça serait réglé), d’autant plus que plutôt qu’agir, les gouvernements successifs ont préféré se prémunir… en érigeant des barrières sociales (et locatives) dans les villes : Neuilly, Issy les Moulineaux, Levallois, Boulogne sont des villes protégées par un consensus municipal, ravivant les clivages habituels entre populations riches et pauvres en Ile de France.

A toi de choisir ton ghetto mon frère.

Vice caché
Le 03/11/2005 - 12:50

Le blog, c’est pour écrire et pas pour être lu“. Rappelez-vous ce dilemne à moitié résolu dans cet article précurseur.

Pour être convaincu que je n’écris pas que pour moi-même et ma famille (merci maman), j’ai installé un nouvel outil sur ce blog qui permet de fournir des statistiques précises sur le nombre de visiteurs, le nombre de hits, les sites qui pointent vers ce blog etc.

Toutes ces informations sont affichées par jour, semaine, mois ou année.

Certains paramètres peuvent même être activés pour plus de précision sur le lecteur / lectrice : région, sexe, religion, couleur, QI, inclinaisons politiques etc.

Un des paramètres intéressants est “Search Terms“. Autrement dit, quels sont les termes utilisés sur les moteurs de recherche qui ont permis d’arriver sur ce blog.

Je vous fais profiter de l’étonnement que j’ai éprouvé ce matin en voyant ça, pour le mois de Novembre :

Oui, certaines parties privées de ce site vous ont été cachées (et à moi aussi).
C’est ma femme qui va être contente.

Peut-on vivre avec moins de 7 500€ par mois ?
Le 03/11/2005 - 02:17

Ca doit être très dur et pourtant c’était mon cas il y a encore 3 mois…
Non j’déconne. C’était juste pour affoler le myocarde de mes ex-collègues quelques secondes.

Cet article aurait dû être posté hier, pour fêter un anniversaire. Un anniversaire particulier.

Il y a cinq ans jour pour jour, la petite bande s’illustrait dans un voyage à Londres, en célibataires étudiants.
Depuis, 3 sur 5 sont mariés, 2 sur 5 ont des enfants (encore qu’un des 5 doit en avoir aussi avec ses conquêtes “baguées”), tous ont une activité professionnelle.

De gauche à droite : Ramon, Raphy, Julia, David, Manu. Derrière, trois gros lourds se sont incrustés sur la photo.

On s’était dit rendez-vous dans 5 ans…

UPDATED.
D’après Sandrine, c’était en 1999 et non en 2000. Alzheimer me guette. Les autres, vous pouvez confirmer ?
Grand-père la pomme
Le 01/11/2005 - 10:54

Je m’appelle Jérémy Tedzon et j’ai six ans. J’habite 37, rue du colonel Pettac à Paris. Ma mère est une grande chercheuse biologiste, elle guérit les gens mais elle est très souvent en vadrouille comme elle dit. C’est mon grand-père la pomme qui m’a pratiquement élevé. On l’appelle grand-père la pomme parce qu’il adore peler les pommes au dessert et les distribuer à tout le monde. Moi j’adore les pommes. Et j’adore mon grand-père la pomme. Il rit tout le temps et fait tout le temps des blagues. Il n’a pas beaucoup de cheveux sauf sur les côtés, ils sont tout blancs parce qu’il est vieux. Mais il a toutes ses dents, pas comme le voisin du dessus, il me fait peur lui.

Dimanche, alors que maman était en vadrouille comme elle dit, mon grand-père la pomme m’a dit : “mets ton manteau fiston, on part !”. J’adore quand il m’appelle fiston même si je suis pas vraiment son fiston. Il m’a dit qu’on allait voir une surprise. J’aime bien sa voix à mon grand-père, on sent qu’il m’aime beaucoup, même s’il est vieux.

Cette surprise c’était le jardin des plantes et des animaux. Il y avait des oiseaux sauvages, des tigres, des lions, j’ai même donné une cacaouète à une girafe parce que c’est pas dangereux les girafes elles sont herbivores ça veut dire qu’elles ne mangent que de l’herbe et des cacaouètes. Moi j’avais une glace au chocolat, on l’a acheté chez un monsieur qui a une machine qui fait des glaces en spirale.

Mon grand-père la pomme il vit chez moi parce qu’il est vieux et aussi parce que ma mère, elle n’est pas tout le temps là. Alors je m’occupe de lui et je fais attention à lui comme elle dit maman. Il est gentil mon grand-père la pomme parce qu’il me raconte aussi beaucoup d’histoires sur comment c’était avant, sur ma grand-mère Ninette que je n’ai pas connue parce que je suis trop petit je n’ai que six ans, sur la guerre mondiale où les gens n’avaient pas assez à manger pour toute la famille.

Alors moi aussi je lui raconte des histoires sur l’école avec ma maîtresse Hélène qui est un peu méchante, sur ma copine Léa mais c’est pas vraiment ma copine elle est bête et en plus c’est une fille, et sur mes devoirs. Mon grand-père la pomme il adore m’aider à faire mes devoirs et moi aussi.

Mais en ce moment, il ne m’aide plus mon grand-père la pomme parce qu’il est très fatigué. Il dort sur le canapé du salon depuis deux jours sans s’arrêter alors je ne veux pas le déranger. Je me fais à manger tout seul comme un grand comme ça il peut se reposer.

Mais j’espère que maman va rentrer bientôt parce que je m’ennuie maintenant moi, tout seul, ici.