Hier, le chat de ma soeur a eu 4 bébés.
Le 27/12/2005 - 14:37

Ca en fait des catĂ©gories pour un seul article…

Ce vendredi, nous partonsà Berlin pour un long week-end en amoureux et en couples. Je ne raffole pas de fĂŞter les jours de l’an, autant le faireà l’Ă©tranger, pour dĂ©couvrir les us et coutumes locaux.

Berlin, ce n’est pas très loin. Berlin, ce n’est pas trop cher. Berlin, c’est très joli. Et Berlin, c’est notre premier compagnon europĂ©en.

Jusqu’ici, on peut parfaitement comprendre les catĂ©gories “Voyages” et “Trucs perso”.

La suite est plus sombre.

Plus sombre, comme l’Ă©poque de la guerre. La seconde guerre mondiale. La guerre qui a fait que les choses ne seront plus pareilles dĂ©sormais.

C’est sur ce point particulier que je veux rĂ©flĂ©chir (et sur lequel je vous invite, Ă©ventuellement,à prendre position).

PrĂ©ambule : je suppose que vous connaissez la diffĂ©rence entre un juif sĂ©pharade principalement issu du Maghreb, tonitruant, exubĂ©rant - c’est, poussĂ©à l’extrĂŞme, le “Coco” de Gad Elmaleh - et un juif achkĂ©naze principalement issu des pays de l’Est, grand intellectuel, artiste ou stratège militaire. Certes, mais avec un balai là oĂą je pense.

Fin du préambule.

Dans toutes les familles achkĂ©nazes ou presque, l’Ă©vocation de la Pologne, de l’Autriche et surtout, surtout de l’Allemagne, provoque chez eux une rĂ©action Ă©pidermique, psoriasistique, exĂ©matesque. Sauf peut-ĂŞtre pour Goldmann, dans “NĂ© en 17à Leindenstat“…

Dans les familles sĂ©pharades, difficile de fournir des statistiques mais j’ai souvent entendu les mĂŞmes remarques : “l’Allemagne, avec ce qu’ils nous ont fait ?!”.

Pendant très longtemps donc, pour beaucoup de juifs de diverses origines, les allemands Ă©taient assimilĂ©s aux nazis. Et pour ma part, j’ai Ă©tĂ© nourri par cette Ă©quationà la logique floue pendant longtemps.

Je dois avouer qu’il est difficile de briser un tel ressentiment envers ce pays, mĂŞme après soixante ans. MĂŞme si je sais et je rĂ©pèteà tous ceux qui veulent l’entendre (ou pas) que ce ne sont plus du tout les mĂŞmes gĂ©nĂ©rations, les mĂŞmes contextes, les mĂŞmes Ă©tats d’esprit qu’à cette triste Ă©poque. Qu’il faut dĂ©sormais avancer, et casser ce carcan qui nous enferme dans le rejet de l’autre, et l’autre ici, c’est l’Allemand.

MĂŞme si je sais tout cela, que ce discours est pour moi limpide, il reste des grumeaux dans ma tĂŞte. Loin de toute raison, de tout raisonnement. Qui me fait amalgamer la croix de la mĂŞme consonance avec l’Etat que dirige Mme Angela Merkel. Qui grossit comme un tĂ©lescope les groupuscules nazis qui dĂ©filent dans certaines bourgades germaniques. Et qui travestit un simple citoyen en un soldat ennemi.

- MĂ©mĂ©, je vaisà Berlin pour la fin de l’annĂ©e.
- En Allemagne ? Mais qu’est-ce que tu vas faire en Allemagne ? C’est honteux !
- Allons MĂ©mĂ©, il n’y a plus de nazis en Allemagne de nos jours. Les mĂ©chants c’Ă©tait avant, mais maintenant, il faut aller de l’avant !
- C’est honteux ! Après ce qu’ils nous ont fait !
- (Soupir) Oui, mais ce sont les anciens Allemands. Les nouveaux ils n’y sont pour rien !
- Quand mĂŞme ! On ne va pas en Allemagne !

Vous voyez le genre. Une gĂ©nĂ©ration pour qui le prĂ©nom Adolphe est aussi atypique qu’Attila, Gengis ou Ahmadinejad.

Encore aujourd’hui, l’Allemagne rĂ©veille une douleur sourde, età mon avis plus forte que nos tensions perpĂ©tuelles avec le monde arabo-musulman. Parce que si le “conflit” avec le monde arabe est passionnel, “chaud”, celui avec l’Allemagne a des relents de logique “froide”, calculĂ©e, implacable.

A cĂ´tĂ© de cela, j’ai dĂ©couvert chez mon copain Seb le musĂ©e de la Shoah,à Berlin-mĂŞme. Sa description m’a donnĂ© (la chair de poule et) l’envie de le visiter.

Alors ? Berlin ou pas Berlin ?

Pour m’Ă´ter de la tĂŞte une fois pour toutes ces tensions, c’Ă©tait dĂ©cidĂ©. Ce sera Berlin. Et cela dĂ©passera de loin la simple dĂ©couverte culturelle ou la fĂŞte de fin d’annĂ©e.

Est-ce que l’un de vous, ami(s) lecteur(s), ressent cela, mĂŞme si c’est dans un contexte très diffĂ©rent ?
Et, vu de l’extĂ©rieur, comment interprĂ©ter (en bien ou en mal) la rĂ©action de ma grand-mère ? La mienne ? Celle de ma communautĂ© ?

15 commentaires

  1. 1
    Tant-Bourrin nous dit :

    Non, je ne ressens rien d’approchant, mais il serait difficile d’approcher un tel contexte. Je comprends à la fois ton point de vue et celui de ta grand-mère : pour qui a vĂ©cu cette sombre Ă©poque dans ses tripes et dans sa chair, plus rien ne pourra ĂŞtre comme avant, les tripes et la chair prennent le pas sur la raison. Mais tu vis la situation avec le recul de deux gĂ©nĂ©rations… Bien sĂ»r qu’il faut y aller ! Fonce !

  2. 2
    caelle nous dit :

    très très bonne chanson de Goldman à ce sujet.
    Berlin, moi, j’ai lu que c’Ă©tait moche mais bouillonnant d’activitĂ© et j’aimerais bien voir à quoi ça ressemble.
    En revanche, l’Allemagne j’ai du mal pour des raisons saugrenues (j’ai appris l’allemand à l’Ă©cole alors forcĂ©, il a fallu aller pratiquer):
    - le petit dĂ©jeuner (c’est très culturel, le petit dĂ©jeuner, c’est le repas qui permet le plus de deviner la nationalitĂ© des gens à mon idĂ©e)
    - les magasins fermés très très tôt (sont tous condamnés au lèche-vitrines ou alors faut ouvrir les magasins avec une barre de fer)
    - leur naturisme effrĂ©nĂ© (d’autant plus Ă©tonnant qu’il fait quand mĂŞme vachement froid)
    - mettre les verbes à la fin dès que tu fais une subordonnĂ©e (je leur dis les mots en vrac, ils dĂ©mmĂŞlent)
    - l’eau gazeuse
    - les films en version allemande et qu’en version allemande (”rox et rouky” en allemand, ça vaut son pesant de cacahuètes)
    - une attitude relativement austère dans l’attitude des gens et puis la dĂ©bauche totale à la bière (ça doit à voir avec le froid)
    Ce ne sont que des impressions archi subjectives bien sûr.
    De toute manière, je crois que la seconde guerre mondiale n’est guĂ©rie pour personne et quand on fait des dĂ©bats internationationaux, mĂŞme entre gens modĂ©rĂ©s et de bonne volontĂ©, mĂŞme sur des sujets futiles, tout le monde finit par monter sur ses ergots et devenir le reprĂ©sentant (forcĂ©) de son pays.
    Que cela ne t’empĂŞche pas d’aller voir par toi-mĂŞme et te faire tes propres impressions. Au contraire, il faut aller voir ce qu’on ne connaĂ®t pas.
    Et puis les gâteaux sont vachement bons.

  3. 3
    Epictete nous dit :

    “Et, vu de l’extĂ©rieur, comment interprĂ©ter (en bien ou en mal) la rĂ©action de ma grand-mère ? La mienne ? Celle de ma communautĂ© ? ”
    Comment aborder ce sujet, en trois mots? Va à Berlin, regarde, et si tu peux, regarde comme un ĂŞtre humain et pas comme un Français, un juif ou que sais-je.

  4. 4
    ab6 nous dit :

    Eh ben moi, c’est pas objectif du tout, sans doute et je m’en fous un peu, mais je comprends ta grand mère mĂŞme si c’est sur, faut aller de l’avant;
    et moi aussi la logique froide, j’ai du mal…je pense que si j’etais allemande et catholique, j’aurais un peu honte si mon grand pere..;tout ça.
    mais bon, tout ceci n’a rien d’objectif ni de bien haut, je te l’accorde.
    Alors pardonner, mais pas oublier. Voila.

  5. 5
    Byalpel nous dit :

    A tous : Ă©videmment, je vais de l’avant et je verrai Berlin avec un regard “d’ĂŞtre humain” comme tu dis Epictete. Je voulais juste avoir un avis “extĂ©rieur” sur le sujet…

    J’ai “lĂ©gèrement” dramatisĂ© pour forcer un peu le trait et donner une dimension à ce qui se dit/se trame dans certaines familles juives.

    Vive les vacances !

  6. 6
    Saoulfifre nous dit :

    Les allemands culpabilisent Ă©normĂ©ment là dessus, ont beaucoup de mal à en parler, mais font des efforts (Arte qui est un pont extraordinaire entre les 2 cultures). Il faut les aider à en parler, c’est une vĂ©ritable psychanalyse de peuple à faire.
    Mon beau-père, qui vivait près d’Oradour/glane, avait un gros blocage par rapport aux allemands, et c’est normal, comme pour ta grand-mère, mais les enfants, qui ne sont pas tirĂ©s vers le bas par des souvenirs trop prĂ©cis, doivent faire l’effort d’instaurer de nouvelles relations. Sans oublier, bien sĂ»r.

  7. 7
    caelle nous dit :

    perso: je suis à fond pour le dialogue, aller là oĂą l’on ne vous attend pas et pour percer les abcès et faire un pas les uns vers les autres. Les enfants, les petits-enfants ne sont pas responsables de ce que leurs aĂ®nĂ©s ont fait avant qu’eux-mĂŞmes soient nĂ©s. A moins bien sĂ»r qu’ils ne les cautionnent. Là, forcĂ©ment, il n’y a plus de dialogue possible.
    De toute manière, tout ceci est trop vaste pour quelques lignes. Faut que j’arrĂŞte mes dissertations. Profite bien de tes vacances :)

  8. 8
    Sebastien nous dit :

    Mes grands-parents m’ont toujours parle des boches, jamais des allemands. Je les comprends et je ne les ai jamais repris. Quand toute sa famille a ete assassinee, c’est impossible d’avoir un avis objectif.

    Evidemment les jeunes allemands culpabilisent enormement et ils ne sont pas responsables de ce qu’il s’est passe. Cela etant, est-ce que vous prendriez un the avec le fils du meurtrier de vos parents ? Moi non.

    En tous les cas bon voyage et j’ai hate de lire ton post sur Berlin (je te mets la pression pour que tu en fasses un :-) )

  9. 9
    Byalpel nous dit :

    Saoulfifre >> D’oĂą mon voyage : avancer sans oublier

    Caelle >> Perso moi aussi. Je suis preque mĂŞme pour les attouchements [dans 4 minutes chrono, ma femme appelle :-) ]

    Seb >> Toi t’es achkĂ©naze hein ? Ta rĂ©action me paraĂ®t tout à fait justifiĂ©e. T’inquiète pour le post sur Berlin, il y en aura forcĂ©ment un…

  10. 10
    caelle nous dit :

    J’en encore dĂ» dire une bĂŞtise. C’est tout moi, ça :)
    dis au fait, ashkĂ©naze, ça s’Ă©crit pas ashkĂ©naze?

  11. 11
    Byalpel nous dit :

    En hĂ©breu on dit “yech vĂ©yech” qui peut se traduire par “‘faire caca et faire caca”.
    Je scatoplaisante…

    Yech = “il y a”. Yech veyech = “il y a et il y a” (certains disent cela et certains disent cela), ce qui se traduit par “il y a deux Ă©coles”…

  12. 12
    Miklos nous dit :

    Voici ma rĂ©action à Berlin… http://mmdl.free.fr/blog-m/?p=149

  13. 13
    Yves nous dit :

    Je ne suis pas juif, mais je fais une totale allergie aux allemands, grand parents, parents, enfants. Je n’arrive pas à comprendre comment ce peuple a Ă©tĂ© pris de dĂ©mence, comment il s’est totalement dĂ©shumanisĂ© un temps. Voilà, mon attitude est irrationnelle, imbĂ©cile, mais je ne peux pas.

  14. 14
    Byalpel nous dit :

    Effectivement Yves, c’est assez irrationnel. Mais j’en connais des comme toi. Pas des pas juifs, des irrationnels. Mais aussi des pas juifs. Et merde je m’embrouille.

    Juste un petit bĂ©mol toutefois, c’est dur de balancer tout le monde dans le mĂŞme sac. Parce que sinon la France aussi a des choses à se reprocher. Et c’est grâce/à cause de De Gaulle que beaucoup de choses ont Ă©tĂ© “blanchies”…

    Mais je m’Ă©gare…

  15. 15
    respublica nous dit :

    J’arrive avec un bon train de retard sur le sujet mais celui-ci m’intéressant beaucoup, je ne vais pas me priver d’une occasion d’en parler. Même dans le vide J
    Tes rĂ©flexions, tes analyses, celles de ta grand-mère, tout cela pour moi c’est du vĂ©cu. Pas en tant que juif, puisque je ne le suis pas. Mais en tant que petit-fils de dĂ©portĂ© puisque mon grand-père et son frère ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s le premier à Mauthausen (Autriche pour ceux qui ne situeraient pas ce charmant petit village) et le second à Dachau, plus connu du grand public bien que moins « sĂ©vère » que son voisin autrichien. Je dis moins « sĂ©vère » car les camps de concentration Ă©taient classĂ©s selon une Ă©chelle allant de I à III. Et Mauthausen avait ce triste privilège d’être classĂ© catĂ©gorie III, la plus dure, dite « d’extermination par le travail ». Venaient ensuite les camps dits d’extermination, groupe dans lequel nous retrouvons les usines de mort polonaises (Auschwitz, Treblinka, Maidanek, Sobibor…) dont la finalitĂ© Ă©tait l’extermination de masse. Certains camps avaient la particularitĂ© de cumuler les deux comme Auschwitz par exemple. Tout cela pour te dire que la dĂ©portation de mon grand-père fut une Ă©preuve Ă©pouvantable. Il connut Mauthausen mais aussi les Kommandos de Gusen I et Gusen II, tristement cĂ©lèbres pour la fĂ©rocitĂ© de leurs conditions. Il passa les deniers mois de sa vie concentrationnaire au revier (infirmerie, mais je te laisse imaginer le peu de rapport que ce baraquement entretenait avec l’institution du mĂŞme nom) de Mauthausen. Il fut sĂ©lectionnĂ© par deux fois pour la chambre à gaz. Mais nous Ă©tions en avril 45, l’administration du camp ne fonctionnait plus comme avant. Les RĂ©publicains Espagnols (les triangles bleus) rĂ©ussirent par un coup de force à prendre la direction du camp, affaibli par le dĂ©part des troupes SS partis se battre contre les Russes qui approchaient. Ce fut la chance de mon grand-père. Un peu plus tard, les amĂ©ricains dĂ©barquèrent au camp. Le 5 mai 1945. Ils firent passer une examen mĂ©dical à l’ensemble des dĂ©portĂ©s. Sur la balance, mon grand-père pesait 33 kg du haut de ses 19 ans.
    Si je peux t’en parler avec autant de facilitĂ©, c’est que lui-mĂŞme en parlait beaucoup. Dès que mon frère et moi furent en âge d’avoir un minimum de conversation, il s’est mis à nous entretenir sur cette annĂ©e passĂ©e au camp. Jusqu’à la fin de sa vie. Telle Ă©tait sa nature. D’autres revenus des camps n’étaient pas aussi disserts sur leur dĂ©portation. Lui Ă©vocait le sujetet sans prĂ©tention aucune. Voilà pourquoi j’ai pu aborder la question du « ressentiment » à l’égard des Allemands. A maintes reprises. Et soyons clair : il n’a jamais pardonnĂ© aux Allemands et aux Autrichiens. Jamais. Je me rappelle qu’une fois, exprimant à nouveau ce sentiment, il avait ajoutĂ© : « tu sais, je vois toujours le massacre de ces petits enfants juifs ». Il faisait rĂ©fĂ©rence à la dĂ©portation des juifs hongrois en 44. Une partie du convoi avait atterri à Mauthausen. Des enfants avec leurs parents. Ils furent envoyĂ©s dans les mines de Saint-Georges à Gusen oĂą mon grand-père travaillait. Soumis aux conditions de travail des dĂ©portĂ©s et sous les coups rĂ©pĂ©tĂ©s des capots, ils furent tous exterminĂ©s en une semaine. Les pères tentaient bien de protĂ©ger leurs enfants mais ce fut peine perdue. Et quand je lui demandais si tous les Allemands ou Autrichiens devaient ĂŞtre mis dans le mĂŞme sac, il me rappelait les traversĂ©es dans les villages oĂą la population les caillassait et leur crachait dessus ou bien les contre-maĂ®tres (des civils et non des militaires), qui les battaient sans retenue et à la moindre occasion dans le cadre de leurs travaux forcĂ©s.
    Maintenant, je ne l’ai jamais entendu tenir des propos vengeurs. Il s’est mĂŞme retrouvĂ© après guerre à la tĂŞte de la garde d’un petit camp de prisonniers allemands. M’étonnant qu’on ait pu lui confier une telle tâche connaissant son passĂ©, sa jeunesse et peut-ĂŞtre son Ă©ventuel dĂ©sir de vengeance, il m’a rĂ©pondu qu’ « il ne s’était jamais permis de les traiter comme eux les avaient traitĂ© ». Et d’ajouter, que tous Ă©taient repartis vivants du camp. Pour preuve qu’il n’avait pas laissĂ© un souvenir Ă©pouvantable à ces hommes-là, un allemand qui avait rĂ©ussi à s’échapper est revenu une quinzaine d’annĂ©es plus tard sur les lieux de sa dĂ©tention et a tenu à revoir mon grand-père. Je ne crois pas que cette idĂ©e d’aller retrouver ses tortionnaires ne l’ait effleurĂ© un seul instant.
    C’est donc nanti de tous ses rĂ©cits, et disons-le quelque peu conditionnĂ© sur l’homo germanicus, que je me suis rendu à la fin des annĂ©es 80 en Allemagne dans le cadre d’un Ă©change de club de sport. A cĂ´tĂ© de Francfort, dans cette campagne vallonnĂ©e qui regorge de petits villages avec des chateaux tout haut perchĂ©s. La famille qui m’a accueilli Ă©tait d’une hospitalitĂ© sans faille. Je ne parlais pas allemand mais avec mes 4 mots d’anglais, on a vraiment pu nouer des liens sincères et profonds. Seulement, quand je me balladais dans le village oĂą je rĂ©sidais, je ne pouvais m’empĂŞcher de projeter toutes sortes d’images, imaginant derrière le visage des hommes et des femmes qui flirtaient avec la soixantaine, l’uniforme, les bottes et les vocifĂ©rations. Il y eut d’ailleurs dans ma famille d’accueil un petit malaise, surtout de la part des parents, quand le fils voulut m’entretenir des « KZ ». A l’époque, je ne savais pas ce que signifiait cette abrĂ©viation. Mais à la mère qui s’est prĂ©cipitĂ©e sur son fils pour le faire taire, j’ai compris qu’il y avait un lĂ©ger problème. Ce n’est que le lendemain, demandant à une copine du voyage et qui parlait l’allemand la signification de ces deux lettres que j’ai saisi le malaise dans toute sa dimension.
    Ce voyage ne fut pas tout à fait du goĂ»t de mon grand-père. Non qu’il exprima une opposition mais il chercha plutĂ´t à dĂ©celer dans mon rĂ©cit tous les relents de la sociĂ©tĂ© honnie. Et lorsque deux annĂ©es plus tard, nous regardâmes la finale de la coupe du monde 1990 entre l’Allemagne et le BrĂ©sil je crois, il ne put s’empĂŞcher de commenter le jeu des joueurs avec ses propres rĂ©fĂ©rences. Je dois dire que j’adhĂ©rais à l’époque à cette fameuse « nature » allemande, toujours propre à marcher au pas. Et pourtant, il suffit de regarder la rĂ©alitĂ© pour comprendre que ce pays est bien sorti de ce schĂ©ma-là, que du totalitarisme, il a basculĂ© dans un indĂ©fectible attachement à la dĂ©mocratie et ses valeurs. Très certainement plus que nous en France alors que nous avons au compteur bien plus d’annĂ©es rĂ©publicaines qu’eux. Les quelques groupuscules d’extrĂŞme droite, grossis comme tu le dis si bien au microscope et au tam-tam dĂ©chaĂ®nĂ© des mĂ©dia, n’y changeront rien. Certes, je ne me prĂ©sente pas libre de tous prĂ©jugĂ©s face un allemand. Ce serait mentir que de dire le contraire. Mais il ne me viendrait plus à l’esprit d’aborder les camps, le nazisme de manière abrupte dès notre première rencontre. Je n’attendrai pas non plus de sa part qu’il fasse de lui-mĂŞme ses classes sur le sujet. Je n’ai pas à rougir de ma famille durant cette 2ème guerre mais cela ne me donne pas le droit de me poser en donneur de leçons.