A ce jour, il me reste 55 985 euros sur mon compte en banque.
Les petits pains
Le 29/12/2005 - 18:43

“Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés”.

C’est peut-être la chanson de Brel qui m’a fait aimer Brel.

Desproges disait que les vieux lui faisaient “peur” parce qu’ils le regardaient étrangement (”il y en a même qui n’ont plus de regard du tout”).

Les vieux me fascinent, c’est à dire qu’ils exercent sur moi un sentiment mêlant peur et admiration, une symbiose entre le parolier belge et le comique limousin. Un “mix” comme disent les jeunes. Il nous faut tellement de temps pour comprendre et admettre leur sagesse (ou leur amour, cela suffirait)… “Le temps de tout apprendre, il est déjà trop tard” disait l’autre. “Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait” dit le proverbe. Etc. Etc.

Je sais qu’il y a des vieux qui lisent ce blog mais par respect pour mes parents et mes beaux-parents, je ne les citerai pas. Amis vieux, prenez votre petite tisane, votre boîte à pilules, installez-vous au chaud près de l’ordinateur (oui, la télé avec du texte) et lisez, on parle de vous. Pour une fois que ce n’est pas aux informations lors de la canicule…

Mouais, humour grinçant, parfois j’ai du mal. La teneur de ce billet est toute autre de toute façon.

Dans toutes les familles il existe (ou il doit exister) des phrases typiques, prononcées par nos grands-pères ou nos grands-mères. Des phrases que, même adulte, même lorsqu’ils nous ont quittés depuis longtemps, on se rappelle avec un sourire nostalgique.

Lors des diners familiaux par exemple (familiaux = mes grands-parents, mes parents, mes deux oncles et tantes, sept ou huit petits enfants turbulents de 2 à 8 ans) il arrivait fréquemment que le nombre de décibels augmente subitement si ce salop de cousin m’avait piqué mon jouet ou si j’avais piqué le bonbon de ma cousine. Plus les piaillements des tout petits. Et les discussions des adultes sur les sirops pour la toux, le dernier modèle de la R16 ou l’élection inopinée de tartempion à la mairie de Sarcelles… On atteignait rapidement un niveau acoustique paroxysmique que mon grand-père paternel tolérait rarement. Voire jamais.

Alors il se prenait la tête dans les mains, paumes ouvertes (comme s’il regardait la table) pendant un temps d’incubation de 2 à 5 minutes (5 minutes = clémence infinie). Puis, à l’instar d’une bombe thermonucléaire, il explosait de cette phrase connue par nous tous (de ma famille s’entend) désormais : “Y’en a marre à la fin du compte !“. Après cela, plus un seul ne bronchait, même chez les adultes.

Mon grand-père paternel qui réveillait ma grand-mère en pleine nuit : “Margot, tu dors ?” disait-il avec sa voix usée et l’accent arabe d’Omar Sharif.

Ma grand-mère maternelle, encore vivante et espèrons encore longtemps, nous expliquait que sa tête se livrait exclusivement à des recherches spirituelles, intellectuelles mais jamais ô jamais bassement matérielles. Je lui posais la question il n’y a pas si longtemps :

- Mémé, tu ne crois pas que tu devrais te divertir un peu, aérer ton cerveau plein de toutes ces choses éthérées ?

Elle m’a répondu une phrase qui reste dans les annales :

- Mais tu sais, Mémé elle aime son petit cerveau.

Et la meilleure, qui se transmettra de génération en génération, et qui est d’ores et déjà entré dans le langage courant dans nos familles ne provient pas de mes grands-parents mais de la mère de mon oncle par alliance. Cette vieille dame respectable, qui nous as quittés l’année dernière, assistait à un repas familial chez son fils.

La conversation prenait un ton tragique, lorsque l’un des fils annonçait que son frère (ou son beau-frère peu importe) avait un cancer généralisé et qu’il avait peu de chances de s’en sortir. Les mines s’étaient obscurcies, sous le choc.

Et la grand-mère, à brûle-pourpoing, de déclarer à haute voix : “ils sont bons les petits pains hein ?

Depuis, par galvaudage naturel, nous avons remplacé “du coq à l’âne” par “les petits pains”. Exemple : “ben toi, tu nous fais un petit pain, là…”.



Désolé, j’ai un peu écrit à la va-vite, les bagages ne sont pas du tout prêts et on part demain matin à l’aube… J’ai préparé des posts d’avance pour les jours qui suivent. Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année, qu’elle puisse vous apporter la joie, le bonheur et tout ce qui vous semble indispensable dans votre vie. Amen.

7 commentaires

  1. 1
    Tant-Bourrin nous dit :

    Sublime chanson de Brel, qui me flanque toujours autant de frissons… “Du lit à la fenĂȘtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit” : l’art de la concision ! Tout ce qu’il y a derriĂšre ces quelques mots… :~/

    Mais cela ne m’empĂȘchera pas de te souhaiter un bon voyage ! A l’annĂ©e prochaine ! :~)

  2. 2
    Epictete nous dit :

    Question qui m’a traversĂ© l’esprit en lisant ce billet. :” A quel Ăąge est-on vieux?”
    Passe un bon sĂ©jour à Berlin et ramĂšne des jolies photos pour Tata Rachel.

  3. 3
    Saoulfifre nous dit :

    Par contre Brel Ă©tait nul dans l’art de la circoncision q:^)

    Tu ne devrais pas ĂȘtre déçu par Berlin l’enchanteur…

  4. 4
    caelle nous dit :

    En Afrique, y a ce proverbe qui dit que quand un vieillard meurt, c’est une bibliothĂšque qui brĂ»le. Et je trouve que c’est tellement vrai et qu’en gĂ©nĂ©ral, on s’intĂ©resse à eux quand ils sont partis et qu’il est trop tard. J’adorais faire raconter à ma grand-mĂšre comment elle avait rencontrĂ© mon grand-pĂšre car tout d’un coup dans ses yeux et ses expressions, malgrĂ© l’Ăąge et le dĂ©guisement de la vieillesse, on voyait la jeune femme qu’elle avait Ă©tĂ©. Tant que les yeux pĂ©tillent, on est jeune.

  5. 5
    ab6 nous dit :

    pareil. ca m’a fait penser a mes grands parents perdus depuis longtemps; mon grand pere Eleazard qui me filait des cachous..
    ben bon voyage

  6. 6
    Papotine nous dit :

    J’aime beaucoup le “dĂ©guisement de la vieillesse” de Caelle.
    J’aime ces “phrases des familles” de Byalpel : le rĂ©enchantement des mots.

  7. 7
    Byalpel nous dit :

    Elle est forte cette Caelle.

    Mon grand-pĂšre maternel avait de sacrĂ©es phrases, il adorait rire. Surtout il adorait les calembours (de qui je tiens à votre avis ?)

    Du genre “c’est clarinette !” ou “quel pet tu lances !”

    Quand je serai vieux, je serai marrant.

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Le 29/12/2005 - 18:43

“Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés”.

C’est peut-être la chanson de Brel qui m’a fait aimer Brel.

Desproges disait que les vieux lui faisaient “peur” parce qu’ils le regardaient étrangement (”il y en a même qui n’ont plus de regard du tout”).

Les vieux me fascinent, c’est à dire qu’ils exercent sur moi un sentiment mêlant peur et admiration, une symbiose entre le parolier belge et le comique limousin. Un “mix” comme disent les jeunes. Il nous faut tellement de temps pour comprendre et admettre leur sagesse (ou leur amour, cela suffirait)… “Le temps de tout apprendre, il est déjà trop tard” disait l’autre. “Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait” dit le proverbe. Etc. Etc.

Je sais qu’il y a des vieux qui lisent ce blog mais par respect pour mes parents et mes beaux-parents, je ne les citerai pas. Amis vieux, prenez votre petite tisane, votre boîte à pilules, installez-vous au chaud près de l’ordinateur (oui, la télé avec du texte) et lisez, on parle de vous. Pour une fois que ce n’est pas aux informations lors de la canicule…

Mouais, humour grinçant, parfois j’ai du mal. La teneur de ce billet est toute autre de toute façon.

Dans toutes les familles il existe (ou il doit exister) des phrases typiques, prononcées par nos grands-pères ou nos grands-mères. Des phrases que, même adulte, même lorsqu’ils nous ont quittés depuis longtemps, on se rappelle avec un sourire nostalgique.

Lors des diners familiaux par exemple (familiaux = mes grands-parents, mes parents, mes deux oncles et tantes, sept ou huit petits enfants turbulents de 2 à 8 ans) il arrivait fréquemment que le nombre de décibels augmente subitement si ce salop de cousin m’avait piqué mon jouet ou si j’avais piqué le bonbon de ma cousine. Plus les piaillements des tout petits. Et les discussions des adultes sur les sirops pour la toux, le dernier modèle de la R16 ou l’élection inopinée de tartempion à la mairie de Sarcelles… On atteignait rapidement un niveau acoustique paroxysmique que mon grand-père paternel tolérait rarement. Voire jamais.

Alors il se prenait la tête dans les mains, paumes ouvertes (comme s’il regardait la table) pendant un temps d’incubation de 2 à 5 minutes (5 minutes = clémence infinie). Puis, à l’instar d’une bombe thermonucléaire, il explosait de cette phrase connue par nous tous (de ma famille s’entend) désormais : “Y’en a marre à la fin du compte !“. Après cela, plus un seul ne bronchait, même chez les adultes.

Mon grand-père paternel qui réveillait ma grand-mère en pleine nuit : “Margot, tu dors ?” disait-il avec sa voix usée et l’accent arabe d’Omar Sharif.

Ma grand-mère maternelle, encore vivante et espèrons encore longtemps, nous expliquait que sa tête se livrait exclusivement à des recherches spirituelles, intellectuelles mais jamais ô jamais bassement matérielles. Je lui posais la question il n’y a pas si longtemps :

- Mémé, tu ne crois pas que tu devrais te divertir un peu, aérer ton cerveau plein de toutes ces choses éthérées ?

Elle m’a répondu une phrase qui reste dans les annales :

- Mais tu sais, Mémé elle aime son petit cerveau.

Et la meilleure, qui se transmettra de génération en génération, et qui est d’ores et déjà entré dans le langage courant dans nos familles ne provient pas de mes grands-parents mais de la mère de mon oncle par alliance. Cette vieille dame respectable, qui nous as quittés l’année dernière, assistait à un repas familial chez son fils.

La conversation prenait un ton tragique, lorsque l’un des fils annonçait que son frère (ou son beau-frère peu importe) avait un cancer généralisé et qu’il avait peu de chances de s’en sortir. Les mines s’étaient obscurcies, sous le choc.

Et la grand-mère, à brûle-pourpoing, de déclarer à haute voix : “ils sont bons les petits pains hein ?

Depuis, par galvaudage naturel, nous avons remplacé “du coq à l’âne” par “les petits pains”. Exemple : “ben toi, tu nous fais un petit pain, là…”.



Désolé, j’ai un peu écrit à la va-vite, les bagages ne sont pas du tout prêts et on part demain matin à l’aube… J’ai préparé des posts d’avance pour les jours qui suivent. Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année, qu’elle puisse vous apporter la joie, le bonheur et tout ce qui vous semble indispensable dans votre vie. Amen.

7 commentaires

  1. 1
    Tant-Bourrin nous dit :

    Sublime chanson de Brel, qui me flanque toujours autant de frissons… “Du lit à la fenĂȘtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit” : l’art de la concision ! Tout ce qu’il y a derriĂšre ces quelques mots… :~/

    Mais cela ne m’empĂȘchera pas de te souhaiter un bon voyage ! A l’annĂ©e prochaine ! :~)

  2. 2
    Epictete nous dit :

    Question qui m’a traversĂ© l’esprit en lisant ce billet. :” A quel Ăąge est-on vieux?”
    Passe un bon sĂ©jour à Berlin et ramĂšne des jolies photos pour Tata Rachel.

  3. 3
    Saoulfifre nous dit :

    Par contre Brel Ă©tait nul dans l’art de la circoncision q:^)

    Tu ne devrais pas ĂȘtre déçu par Berlin l’enchanteur…

  4. 4
    caelle nous dit :

    En Afrique, y a ce proverbe qui dit que quand un vieillard meurt, c’est une bibliothĂšque qui brĂ»le. Et je trouve que c’est tellement vrai et qu’en gĂ©nĂ©ral, on s’intĂ©resse à eux quand ils sont partis et qu’il est trop tard. J’adorais faire raconter à ma grand-mĂšre comment elle avait rencontrĂ© mon grand-pĂšre car tout d’un coup dans ses yeux et ses expressions, malgrĂ© l’Ăąge et le dĂ©guisement de la vieillesse, on voyait la jeune femme qu’elle avait Ă©tĂ©. Tant que les yeux pĂ©tillent, on est jeune.

  5. 5
    ab6 nous dit :

    pareil. ca m’a fait penser a mes grands parents perdus depuis longtemps; mon grand pere Eleazard qui me filait des cachous..
    ben bon voyage

  6. 6
    Papotine nous dit :

    J’aime beaucoup le “dĂ©guisement de la vieillesse” de Caelle.
    J’aime ces “phrases des familles” de Byalpel : le rĂ©enchantement des mots.

  7. 7
    Byalpel nous dit :

    Elle est forte cette Caelle.

    Mon grand-pĂšre maternel avait de sacrĂ©es phrases, il adorait rire. Surtout il adorait les calembours (de qui je tiens à votre avis ?)

    Du genre “c’est clarinette !” ou “quel pet tu lances !”

    Quand je serai vieux, je serai marrant.

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