En ce moment, il fait 27 degrés aux Antilles.
Le 05/01/2006 - 00:15

[La première partie est ici]

Troisième jour : 01/01/2006

Bonne année ! Youpi !!

Réveil aux aurores vers 10h59 (pattern marketing de la Redoute). Repas allemand rapide (pain, confiture, tortillas, café, thé, caprice des dieux, et encore plein de trucs qui me donne envie de tout régurgiter pour le coup) et go ! go ! go ! on fonce d’un pas lourd et badaud vers le métro, des cernes sous les yeux et le sang encore gavé d’alcool.

Destination : la nouvelle Synagogue. Dans le ventricule gauche de Berlin, cette rescapée du régime nazi et des bombardements s’élève dignement au-dessus des immeubles, pointant un dôme doré vers le ciel comme pour narguer l’Histoire. Reconstruite par le gouvernement allemand il y a quelques années, elle n’est plus qu’un symbôle, un vestige, un espoir. Et accessoirement un musée.

Promenade le long de la rue, le quartier des artistes (l’équivalent du Soho New-Yorkais). C’est romantique, c’est charmant, mais ça caille. Une belle visite en tout cas de Berlin-Est pendant une heure ou deux.

La suite, dans l’autre ventricule : longue marche près de monuments historiques de nuit. Les pieds endoloris, nous passons près de Checkpoint Charlie. Quelques photos touristiques, mais on se promet de revenir demain visiter le musée. Encore un peu d’effort, nous y sommes : le musée juif de Berlin.

Ce musée, conçu par Daniel Libeskind, est bouleversant. D’abord l’architecture. De très hauts murs de béton presque brut, glaçants. Trois allées dénudées, presque impudiques : l’allée principale, celle du sens historique, est tailladée par deux fois dans sa longueur : perpendiculairement, l’allée de l’exil et l’allée de l’holocauste strient, comme les chemins de l’histoire, le sens commun de visite pour dérouter le visiteur, symbolisant la déroute et les chemins radicalement opposés, mais contre-nature tous les deux, qu’ont eu à subir les juifs de l’époque.

L’allée de l’holocauste ne contient que quelques cadres. Etrange. Différent d’autres musées du genre. Curieux. Inquiétant même. On s’approche et on voit. On se glisse dans la peau de cette jeune fille qui a donné son sac -encore intact en vitrine- à son amie avant son départ vers Auschwitz. On se prend à imaginer les mots doux dans le carnet de ce vieux monsieur pour sa femme, ou de la vie qu’aurait mené cette petite fille sur la photo. Personnifié. La shoah personnifiée, c’est le plus effrayant.

Lors de ma participation à “La marche des vivants”, un voyage en Pologne (Auschwitz - Majdanek - Varsovie pour la première semaine, la seconde semaine en Israël, pour symboliser l’espoir d’un peuple anéanti) que j’ai effectué lorsque j’étais en seconde, une préparation psychologique et historique nous avait été dispensée. Un professeur d’histoire nous avait dit : “N’oubliez pas : ne pensez pas au chiffre six millions, il ne veut rien dire. Comptez : 1 + 1 + 1 + 1 +1 pour arriver à six millions”.

A la fin de ce couloir de la mort, la mort. Je n’en dis pas plus.

Le chemin de l’exil est tout autre, il contient simplement des noms de ville, telles des destinations improbables où se sont réfugiés les plus chanceux.

Pour le reste, il faut aller voir. Ce musée est tout un symbole de vie, contrairement aux apparences.

20h, on ferme. Nouvelle mission : trouver un restaurant ouvert à cette heure. Pas grand chose finalement, mais on fera avec les moyens du bord. Et puis on veut décompresser, on ne se couche pas tard pour aborder la journée du lendemain avec entrain.

Quatrième jour : 02/01/2006

Ca devient une habitude : réveil, douche, petit déj copieux et départ en fanfare au coeur de Berlin pour une journée passionnante.

Le métro nous conduit gaiement à destination, il fait froid mais le ciel s’est éclairci, la neige a quelque peu fondu, et puis c’est la nouvelle année. A nous Berlin !

Première visite : youpi, “la topographie de la terreur”. Un musée en cours de construction sur le site même du siège des SS, le palais Albrecht. Qui conduit directement au dernier refuge d’Hitler, son bunker. Temporairement, l’exposition est en plein air, ce qui ne gâche pas notre plaisir d’admirer l’évolution de la situation allemande de 1930 jusqu’au procès de Nuremberg.

J’arrête, on ne rigolait pas sur le moment, et ni encore maintenant.

Cette exposition sur l’historique politique de Berlin était très bien faite (vive l’audioguide en anglais sans lequel impossible de comprendre quoi que ce soit) surtout parce qu’elle a zoomé sur les personnes, bonnes ou mauvaises, de l’Histoire de ce pays. Pas un seul mot sur Hitler, ni de photo. Inutile.

Saoulfifre pressentait très justement (comme d’habitude hein ?) le besoin d’une “psychanalyse du peuple” : comment les berlinois peuvent-ils regarder leurs “pères” (on s’est compris) dans ces photos étourdissantes de brutalité sans en être affecté ?

Une photo, parmi toutes, qui m’a marqué (observez les visages) :


Goering et Himmler

Les pieds encore une fois aussi froids que l’ambiance, nous nous dirigeons vers un Starbucks local pour un chocolat chaud réconfortant. Et c’est juste en face du musée CheckPoint Charlie.

Checkpoint Charlie, c’est l’endroit de passage entre l’Est et l’Ouest, jusqu’à la chute du mur. Le musée du même nom est sensationnel puisqu’il retrace, par des affiches, des tableaux, des films ou des accessoires, toute l’évolution du partage de l’Allemagne après la guerre à la chute du mur en 1989. La rigidité soviétique, les passeurs courageux, les soldats qui désobéissent, Eric Honecker, l’intrépidité et l’imagination adrénalinesque des fuyards… Nous sommes restés sur une très bonne impression (quoique amère, la vie était rude à l’Est) en sortant de ce musée pour nous ruer vers l’hôtel pour une dernière fois, et direction aéroport.

Dernière anecdote : parce que le vol était surbooké, nos amis Eric et Katy ont préféré profiter de l’offre “Hôtel Concorde *****” + repas offert + petit déjeuner offert + 150€ par personne en bon d’achat Air France pour rentrer le lendemain matin plutôt que voyager avec nous. Etonnant.

Moralité, parce qu’il en faut bien une : le voyage à Berlin a crevé l’abcès. Si la ville peut plaire ou non selon les goûts, l’histoire et la politique tangibles à chaque carrefour suffisent pour que personne, à moins de le faire exprès, n’oublie ce que l’ancienne génération, dans une proportion importante, a commis ou laissé commettre. Ils cicatrisent, je cicatrise. La marque est sur la figure, elle ne s’efface pas mais on vit sans la désigner du doigt chaque jour.

A part ça, mes chaussures noires sont mortes.

Les photos

Cliquer pour agrandir…


C’est quoi cette langue ??


C’EST QUOI CETTE LANGUE ????


La bière partout, même sur les plaques d’immatriculation.


Du sang de victimes de guerre conservé intact sur la chaussée. Je déconne, ce sont des résidus de pétards.


Checkpoint Charlie. Il y a deux cons qui n’ont toujours pas compris que le mur était tombé.


Une photo du musée. Les bougies de Hanoucca et la croix gammée en fond.


Un pan de mur encore intact.


AZERTY, QWERTY je connaissais. Mais là ?? MAIS C’EST QUOI CETTE LANGUE ???


Moi aussi j’ai tagué le mur ! Des toilettes du musée.


La nouvelle Synagogue.


Le mur de Berlin, de nuit, côté Ouest. Derrière le bunker historique d’Hitler.


Chien-terminator dans le métro (effet dû au flash). Je voulais faire plaisir à Caelle :-)

Et bonus animé : un petit montage tout simple sur le quai de métro. (5 Mo)

12 commentaires

  1. 1
    caelle nous dit :

    wow, excellent compte-rendu, ça donne envie d’aller voir par soi-mĂŞme comment c’est. Merci pour le chien. Il est extra.
    Pour info, j’ai regardĂ© dans le dico, Feuerwehrzufarht, c’est composĂ© de Feuerwehr (pompiers) et Zufahrt (accès), donc Feuerwehrzufahrt, voie d’accès pour les pompiers.
    Löschwassereinspeisung, de “löschen” (Ă©teindre), “Wasser” (eau), Einspeisung (alimentation dans le sens technique du terme) donc quelque chose comme alimentation d’eau pour les pompiers.
    Dans le mĂŞme genre de construction bizarroĂŻde de la langue, y a le turc oĂą y a une racine de mot et ils ajoutent les unes après les autres des terminaisons, une sorte d’agglomĂ©ration tout ce qu’il y a plus illogique.
    A cĂ´tĂ© du turc, l’allemand qui se contente de faire des mots qui n’en finissent pas en prenant plusieurs mots pour en faire un seul, c’est simple ;)

  2. 2
    caelle nous dit :

    mais c’est très bon, les QWERTZ, ce n’est pas la saison, de ces bonnes prunes violettes, d’accord, d’accord :d
    En plus, ce n’est pas si tirĂ© par les cheveux ma boutade, paraĂ®t que quetsche, ça vient d’un mot alsacien qui vient de l’allemand “zwetsche”. Bon, faut que je me calme sur l’Ă©tymologie, moi.

  3. 3
    Tant-Bourrin nous dit :

    Superbe description… Quand vas-tu te lancer dans l’Ă©dition de guides touristiques ? Tu m’as tout l’air d’ĂŞtre fait pour ça ! :~)

  4. 4
    Saoulfifre nous dit :

    Reportage dense, Ă©mouvant. Et pas facile. On sent bien, avec les commentaires, les pressions contradictoires…
    Faites, mon dieu, que les membranes soient souples, ou poreuses, et que l’osmose se fasse !

  5. 5
    Ninou nous dit :

    très bon commentaire des derniers jours sauf que t’as oubliĂ© a quel point on avait encore froid au pied… :(

    entre une nuit dans un hotel 5***** avec spa, sauna, salle de gym, tout frais payĂ©s y compris repas gastronomique à la française après 4 jours de bouffe tunisienne (mato, caprice des dieux et kiri, les 3 ensemble?!), et un retour à Paris dans un avion bondĂ© avec les Alia’s, que choisir? c’est difficile…

    @+

    Bisous

  6. 6
    tristan nous dit :

    Merci pour ce carnet touchant et pudique.

    (Venin du matin : faut qu’ils arrĂŞtent de mettre des Starbucks partout, on a pas l’air con avec des cafĂ©s dans des gobelets d’1 litre.)

  7. 7
    Epictete nous dit :

    J’ai lu le billet ce matin. Il m’a laissĂ© une drĂ´le d’impression. Comme j’Ă©tais mal à l’aise, je me suis dit, je vais faire de l’humour. J’ai pas pu. Il est 12:58, je peux toujours pas.

  8. 8
    Byalpel nous dit :

    Goutte and tag !

    Caelle 1 >> j’ai un collègue qui parle allemand couramment, il a dĂ©cryptĂ© en quelques secondes. ParaĂ®t qu’il existe une mĂ©thode d’apprentissage spĂ©cifique par captation de syllabes. Tu m’Ă©tonnes.

    Caelle 2 >> non seulement ça vient de l’allemand mais c’est super bon. Comme quoi… :-) (oh on peut dĂ©conner, ça va)

    TB >> “Le guide du routard intergalactique”, ça vient de moi. J’eusse aimĂ©…

    Saoulfifre >> Et on parle d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaĂ®tre. Imagine les tensions actuelles avec d’autres gars plus proches de nous…

    Ninou >> VĂ©nale ! Ca va faire plaisir à ton futur mari tiens :-)

    Tristan >> Venin du midi : surtout si le cafĂ© coĂ»te 37,40€. C’est le prix d’une boule Haagen-Dasz

    Epictete >> Disons qu’il y a deux façons de lire ton commentaire. Celle oĂą je suis censĂ© dire “merci”, et celle oĂą je dis : “qu’est-ce qu’il ne va pas ?”

  9. 9
    macache nous dit :

    Il fonctionne très bien, le lien que caelle a placĂ© sur son site ! Et c’est tant mieux, puisque cela me permet de dĂ©couvrir ce carnet !

  10. 10
    ab6 nous dit :

    j’avais pas vu çuila ! : )

  11. 11
    Byalpel nous dit :

    macache >> Eh bien, je m’excuse humblement auprès de Caelle, et bienvenue à toi/vous

    ab6 >> Bravo. Ca c’est du commentaire :-)

  12. 12
    SĂ©bastien nous dit :

    Super review, supers photos. Le musĂ©e juif est vraiment exceptionnel et travail de Libeskind est vraiment formidable. Faire passer autant d’Ă©motions “simplement” par l’architecture c’est hors du commun.