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Gnargna chapitre 1 : la roumaine, la sorcière et le trafiquant
Le 18/01/2006 - 19:43

Il y a des périodes où les spectateurs, à défaut d’être emballés par les films en salle, sont emballés par leur compagne engoncée dans les fauteuils épais des cinémas. Ou ils quittent précipitamment la salle pour rejoindre celle qu’ils vont emballer sur une fourrure épaisse, au coin de la cheminée et des clichés cinématographiques régulièrement desservis.

Etonnament, cette froide période est propice à la récolte des films intelligents et beaux. Intelligents parce qu’ils adressent des sujets simples ou complexes sans condescendance ni compromis. Beaux parce qu’ils sont éblouissants, rafraîchissants. Et sains.

Je vous trouve très beau

En voilà un film sur lesquels je ne fondais aucun espoir, ataviquement ancré à mes préjugés sur les paysans, Isabelle Mergot et les roumains. Et, comme tout religieux qui se respecte, j’ai combattu mon instinct et j’ai été.

Il y en a pour tous les goûts au cinéma bien sûr. Mais ce film est réellement une réussite. Le thème, une histoire d’amour sur fond de tracteurs et de poules, et le scénario ne sont pas si simplistes qu’ils en ont l’air. Les acteurs sont authentiques, toute la dimension bourrue mais vivante d’un agriculteur moyen transparaît dans un Michel Blanc fabuleux, l’actrice principale est épatante de sincérité et de vitalité.

Et puis c’est drôle, aussi.

Good bye and good luck

Encore un film superbe. Noir & blanc intégral, plans rapprochés et coupés typiques, ambiance des années 60 reproduite à la perfection (je m’en souviens parfaitement). Le directeur de la photo a été parfait.

Le thème est abordé en douceur mais le message qui passe est très fort : la télévision n’a pas pour rôle unique le divertissement et l’isolation.

Je ne peux qu’abonder dans ce sens, moi-même qui ne possède pas la télé. Mais j’abaisserais tout de même d’un ton le discours : dans ce film, il est bien montré qu’il n’existe que très peu de chaînes de télévision, que le “choix” des émissions n’est pas encore très varié et que les journalistes en place sont très professionnels, quitte à “jouer leur peau” sur leurs reportages.

Je suis désolé, mais j’ai la rude impression qu’on ne vit plus du tout dans la même époque, et ce message doit être complété.

Actuellement, il faut divertir toujours plus fort (merci Michael Youn), informer toujours plus vite (merci l’AFP), piailler toujours plus haut (merci les blogs). L’esprit de la pythie est corrompu et la devise olympique trahie. Dans cette tourmente, les éditeurs, les journalistes, les producteurs, les écrivains, les chanteurs, tous d’un accord tacite favorisent la quantité à la qualité. Et moi, le premier (sinon j’écrirais une fois par semaine).

Le journalisme de l’époque était travaillé (le reportage de Murrow était diffusé une fois par semaine), analysé, revu et commenté par toute une équipe. Actuellement, des stagiaires en sous-culture, partisans et illettrés rédigent les billets doux parsemés de par le monde et estampillés vrais. L’AFP est devenu le Label Rouge de l’information. Alors qu’il n’en est rien, et pas forcément par activisme convaincu (je litotise), mais par l’avidité grandissante et goulue d’informations dans un monde qui grouille.

Et ce qui a renforcé le quatrième pouvoir, bien plus qu’à l’époque du film, ce sont fatalement les conflits d’intérêts démultipliés (nationaux et internationaux), la possibilité technique de manipuler l’information et l’habitude tragique des générations à la violence et aux moeurs douteuses. Habitude qui fournit un nouveau coup de manivelle à la spirale vicieuse de la course à l’information insolite et choquante.

Comme disent les jeunes et les comiques : mais où s’arrêteront-ils ?

Note : le sujet du McCarthysme, sous un angle absurde mais tragique, a été abordé par Woody Allen (c’est tendance en ce moment) dans le film “The Front” (Le prête-nom).

Lord of war

Encore un troisième film intéressant. Le sujet : comment un type est devenu le plus gros trafiquant d’armes du monde.

Le générique de début est saisissant, Nicolas Cage reste mon héros après Batman, et certaines phrases sont assassines, dans tous les sens du terme.

“Je vends juste des armes, ce sont eux qui se tirent dessus” résume en substance l’acteur principal.

J’ai juste un regret : le thème du film (”la guerre c’est caca !”) est toujours difficile à traiter sans tomber dans le banal et le cliché. Coup de bol, ce film vole beaucoup plus haut mais emprunte parfois des méthodes légèrement teintées de démagogie.

Attention, sur une échelle de 100, ma critique ne vaut qu’un ou deux points, contre les 98 ou 99 restants entièrement positifs. Mais (après l’euphorie de la saga Intel, on bascule) : montrer des enfants explicitement tués n’apporte pas plus au message, mais joue sur notre souffrance et notre douleur de voir des enfants maltraités. Enfin… exterminés.

Et d’autre part, le film conclut que ce sont les grandes puissances (hormis la Russie) au Conseil de Sécurité qui vendent le plus d’armes au monde. Ok, conclusion ? Le réalisateur n’en donne pas mais dans la tête du client, c’est toute l’absurdité du sytème qui est mise en valeur.

Oui, mais. Soyons heureux mais pas innocents, les pays et les présidents qui nous gouvernent sont rarement (je litotise encore bon sang !) philanthropes. Donc si ce ne sont pas eux qui vendent les armes, ce seront d’autres et illégalement, et encore moins contrôlés.

Et encore, il n’y a pas que des pays qui agressent, il y a des pays qui se défendent. C’est simpliste certes, mais à une ère où Ahflfdjsfioezanhinade épate le Conseil de Sécurité au point que ce dernier n’ose entreprendre de sanction contre lui, par peur de représailles pétrolières, je me dis : épate, épate oui mais… Et puis rappelez-vous Munich, Hitler que l’Europe a laissé faire et qui a interprété ce silence comme une faiblesse…

C’est sûr que dans le film, la majeure partie des armes vendues va illico en Afrique. Où la densité de pétage de gueule peer-to-peer avoisine l’unité [formule alambiquée pour dire que tout le monde se bousille en Afrique] et que le monde entier se gave sur leur dos, en éclatant le sens du verbe gaver.

Beaucoup m’ont annoncé, après avoir vu le film : “Bien fait pour la gueule à Bush ! Et comme pour l’Irak où il a voulu imposer son modèle de démocratie juste pour prendre contrôle du territoire et du pétrole”.

Ben moi, même pas peur, j’ai soulevé les épaules et j’ai rétorqué : “C’est vrai que la France, avec la merde qu’elle a foutu en Afrique, elle est aussi blanche que les Africains du Sud”.

La guerre, ce sera toujours caca. Toujours. Mais autant le Bien est borné, autant le Mal est têtu et sans limites. Alors pour éviter les champignons -surtout les atomiques, rien de tel qu’un traitement homéopathique : le mal contre le mal, à petites doses.


Et Narnia dans tout ça ? Emmenez vos enfants et prenez un bon bouquin.

16 commentaires

  1. 1
    Tant-Bourrin nous dit :

    Putain, plus de deux ans que j’ai pas mis les pieds dans un ciné… Dis, By, tu voudrais pas jouer les baby-sitters pour que ma douce et moi puissions redécouvrir ce plaisir simple ? Hein ? :~)

  2. 2
    ab6 nous dit :

    Pareil que tant Bourrin. A part Pollux et une virée avec une cops pour voir un navet.
    C’est terrible. j’ai tres envie de voir Je vous trouve tres beau.

  3. 3
    dragibus nous dit :

    ce qui est interessant dans Lord of War c’est l’absence de rédemption de Nicolas Cage à la fin il ne change rien à son cynisme, comme si celui çi avait plus de constance que les idéaux politiques triste

  4. 4
    Saoulfifre nous dit :

    Tes critiques me mettent l’eau à l’Å“il. 3 semaines par an, j’habite en face d’un cinéma, et là, on y va tous les soirs. Je retiens les titres.

  5. 5
    caelle nous dit :

    j’ai toujours entendu dire “trop bon, trop con” et “faut être gentil avec ceux qui sont gentils avec vous et méchants avec ceux qui sont méchants avec vous” et puis que les “powers that be” ne nous disent que ce qu’ils veulent bien nous dire. Rien de plus drôle qu’un journal vieux de dix ans pour voir avec du recul la propagande de l’époque. Mais si, tout est propagande. Heureusement qu’il y a les arts pour faire contrepoids et nous faire apparaître sous un autre angle ce qu’on a sous les yeux et qu’on ne voit pas.
    C’est très intéressant s’il n’y a pas de rédemption dans “lord of war” car c’est plus près de la réalité. Y a que ceux qui ont de bons sentiments qui s’imaginent que tout le monde en a. Y a quand même des gens qui sont abominables et qui ne doutent pas un seul instant du bien-fondé de leur démarche. Ca glace le sang mais ça existe.

  6. 6
    macache nous dit :

    Comme nos avis se rejoignent sur “Lord of War” et sur “Good bye, and good luck”, je vais probablement tordre le cou à mes a-priori et aller voir aussi “Je vous trouve très beau”.
    En ce qui concerne Narnia, comme mon fils a bientôt 24 ans, nous nous contenterons de lire un bon roman, tous ensemble, à la maison…

  7. 7
    tristan nous dit :

    Chouettes critiques sur 3 films que je n’irai jamais voir quand même ! :-)

  8. 8
    caelle nous dit :

    en tout cas, merci pour l’avis favorable sur “je vous trouve très beau” qui fera sûrement partie d’une séance de rattrapage en dvd dans six mois.

  9. 9
    Byalpel nous dit :

    TB >> Tu veux pas plutot qu’on paie la baby-sitter et qu’on y aille à 4 ? :-)

    Abs >> Ou a 6 ?

    Dragibus >> Tu viens de leur niquer tout le film. Mais entièrement d’accord avec toi. L’homme reste conforme à sa politique, ce qui ne gâche en rien au scénar mais rend les choses bien tristes…

    Saoulfifre >> Tu montes avec Abs et on se fait une séance à 8 ?

    Caelle >> Les arts pour faire contrepoids. Bien joli. Mais n’est-ce pas déresponsabiliser ? (à l’extrême)

    Macache >> Bonne idée la lecture d’un roman tous ensemble ! Chacun un chapitre ou chacun sa page ?

    Tristan >> Donc je te compte pas dans le wagon de 8 ?

    Caelle 2 >> Ou alors ok, on va tous chez toi un soir le voir en DVD.

  10. 10
    tristan nous dit :

    Bah je veux bien monter dans le wagon, mais seulement si on chante tous le jingle Intel à tue-têtes pendant tout le film d’Isabelle Mergot

  11. 11
    caelle nous dit :

    ah au fait, “the front” de woody allen, moi y en a pas connaître, j’ai honte. Où est-ce qu’on le trouve? quelle année?
    Suis d’accord avec toi, c’est déresponsabiliser à l’extrême mais après, les gens qui s’exposent à la réalité, s’y collètent de plein fouet, eh ben, c’est bizarre (l’histoire du monde en est pleine), ils finissent tous tôt ou tard assassinés. Et après on les pleure. Mais c’est trop tard.
    Vaste débat en tout cas, faut au moins trois litres de café pour commencer à en discuter sérieusement et aborder aussi le thème de l’ambition personnelle qui, hélas, motive trop souvent les gens et les pousse à toutes les erreurs par soif du pouvoir :)

  12. 12
    Byalpel nous dit :

    Tristan >> Hérétique !

    Caelle >> Je l’ai à la maison (je vais te retrouver tout ça mais c’est un bien bien ancien). Sur le reste, je n’ai pas encore pris le premier café de la journée. On en rediscute demain ? :-)

  13. 13
    caelle nous dit :

    cool! j’en ai plein des woody mais celui-là, je ne vois même pas lequel c’est. j’ai honte, j’ai honte. c’était pas un truc qu’il a fait sur la télé?

  14. 14
    Saoulfifre nous dit :

    Monter avec ab6 ? Elle habite le sud, ab6 ? Nous on est dans le 13…

  15. 15
    Byalpel nous dit :

    Caelle >> nan nan, au cinoche mais il est très vieux.

    Saoulfifre >> Il me semble qu’elle habite à Nice la Abs, non ? Au passage, je descends à Marseille le week-end du 10 au 13 mars. Mais j’en reparlerai en temps voulu.

  16. 16
    caelle nous dit :

    faut que je regarde imdb.com, le suspense est insoutenable ;)