Avant de commencer, je précise que ce billet ne s’applique en aucun cas aux personnes en poste dans ma société (OCTO Technology, la boîte qui rit). Non pas par simple précaution juridique, mais parce que c’est vrai.
Hier soir, je faisais passer un entretien à un jeune homme de bonne famille, bien sous tous rapports, oeil qui brille, mèche qui pend, dents qui rayent. J’exagère, c’était une personne charmante, un peu impressionnée de ce deuxième entretien qu’il passait chez nous (chez nous = chez OCTO. OCTO est une grande famille dont je suis le fils bâtard vu l’infidélité relativement récente relatée ici. Bâtard toi-même !).
En même temps, mettez-vous à sa place (et venez chez OCTO), vous auriez eu devant vous un beau gosse (qui a dit gros ?) avec un sourire charmeur, un intellect au-dessus des participants de la Starac des pâquerettes et surtout, surtout, un déconneur hors pair. Sans déc.
Lors du premier entretien, il a rencontré notre -et j’insiste, charmante- responsable RH pour une évaluation globale, psychologique.
Les chargés internes RH, les chasseurs de tête ou les cabinets de recrutement m’ont toujours fait marrer lors de ce “premier entretien” [ami lecteur, si tu fais partie d’une de ces trois catégories, tu me fais bien marrer. J’espère que moi aussi hein, pour qu’on soit enfin à égalité].
Lorsqu’on est débutant, passer un entretien d’embauche est éreintant, parce qu’on a rarement confiance en soi et qu’on doit mobiliser toutes ses facultés intellectuelles pour intéresser le premier cerbère de la société convoitée.
Mais lorsqu’on est “confirmé”, souvent les rapports changent et le méchant chien se transforme en gentil petit caniche. Et c’est vous le maître. Permettez-moi de vous narrer quelques anecdotes sur mes entretiens RH (véridiques sinon cela n’a pas d’intérêt. Encore que je pourrais me faire mousser, j’adore ça, vous allez le constater dans la suite).
Mme R. H. est tout sourire, avenante mais laide. Après les formalités d’usage (âge, mariage, mensurations, résumez-moi votre CV en moins de 127 mots…) qu’elle me crache en me regardant à peine, elle attaque les questions habituelles. Dont ma préférée :
- Quelles sont vos trois qualités et vos trois défauts principaux ?
Je croyais que ça n’existait que dans Une nounou d’enfer ou dans les mauvais numéros de la revue Management. Soyons clairs, je n’aurais jamais répondu ce qui va suivre si l’assistante sans ressources humaines ne m’avait pas tant refroidi.
- Mes qualités : ben… j’suis marrant, ça fait un. Ma femme dit que je suis diplomate, mais je ne vois pas pourquoi, j’ai tendance à tourner beaucoup de choses à la rigolade. Et je conduis parfaitement. Je veux dire que je peux prendre n’importe quel type sur une course dans Paris et je l’étale [cette dernière phrase n’est pas vraie].
Là, la fille est sidérée et me regarde pour la première fois dans les yeux.
- Et mes défauts, je n’en vois que deux : je suis perfectionniste et je mens très bien. Voilà.
Le caniche tout à coup métamorphosé en doberman montre les dents, pose doucement son stylo et me demande placidement :
- Vous plaisantez ?
Et là, peut-être le clou de ma carrière, je balance :
- Vous voyez, vous dites comme ma femme, que je tourne tout à la rigolade.
[Fin abrupte de l’entretien]
Un autre pour la route, juste avant d’entrer chez OCTO il y a 5 ans. Là, pour le coup, c’était un cerbère mannequin, environ 25 ans, yeux en amande, corps en amande (effilée), cervelle en amande (de la pâte). Difficile de résister à l’attraction radioactive de son décolleté (rappelez-vous les lois de la gravitation universelle).
La boîte ne m’intéressait pas du tout : je m’étais encore fait piéger par des annonces surdimensionnées (”Devenez maître du monde, 150k€ de salaire par mois, voiture + femme de fonction inclues”). Je n’avais vu l’astérisque (”… si vous habitez à Kerdouan-le-Berec depuis plus de 29 ans.”).
La jeune fille, visiblement non insensible à mon charme [je me faisais probablement un film sur le moment], me demande où j’habite. Je réponds évidemment :
- Paris 15ème. Et vous ?
- (silence gêné) … Et vous seriez disponible de suite ?
- Oh que oui. Et vous ?
- (rire gêné) … Et quelles sont vos prétentions ?
Là, elle pouffe de rire -et moi aussi- voyant où cette conversation l’emmenait.
Le lendemain matin, je l’ai rappelée et j’ai dit : “ben dis donc t’en avais de la ressource humaine toi cette nuit !” [ceci n’est évidemment pas vrai, brisons le mythe]
[Fin abrupte de l’article]











c’est beaucoup plus drôle que le film de Costa-Gravas “le couperet” mais ça raconte la même chose

Ah et moi, comme anecdotes d’entretiens d’embauche, j’en ai un paquet. J’ai même fait des tests genre trucs de QI avec des mecs de quarante ans et quelques alors que j’en avais 17 dans un cabinet de chasseurs de tête. J’avais décidé de m’inscrire systématiquement dans toutes les agences d’intérim de Paris pour avoir un boulot d’été.
A ce stade, j’avais trouvé ça rigolo. Et puis, je les appelais toutes une par une matin et aprèm’ jusqu’à temps qu’à une on me dise “on vous appellera, arrêtez” et j’ai dit “non, vous n’avez pas bien compris, je veux du travail, et j’appellerai tous les jours jusqu’à temps que j’en ai un.” C’est pas eux qui m’ont trouvé une mission (ma première) mais ça a marché.
Bon, depuis l’intérim et tout le reste, ça a bien changé. Mais au début, j’avais trouvé ça archi-ludique de faire des tests partout. Et j’ai toujours un peu tendance à faire les choses en grand quand je m’y mets
mais le parcours en crabe, eh ben, ça fait pas sérieux. T’apprends beaucoup (c’est p’têt pour ça que ça déplaît…)
En revanche, la beauté des recruteurs ne m’a jamais impressionnée. Et les poignées de mains molles et le regard fuyant… j’aime pas ça.
Dommage que la fin ne soit pas vraie, le billet commençait à devenir croustillant !
Le “vous plaisantez ?”, j’y ai également eu droit en entretien d’embauche ; j’ai “vu” un raton-laveur dans le test des taches d’encre … ce n’était pas une réponse prévue. J’ai soutenu mordicus ma thèse, démonstration à l’appui en soulignant avec mon stylo “sa tête et ses petites pattes tenant une pomme” sur le carton.
Je suppose qu’il aurait été mieux vu de trouver un “énorme sexe d’homme”…
Acte d’auto-élimination ? Dégradation de matériel de recrutement ? Je n’ai pas été embauché.
Heu, moi j’ai été recrutée pour l’oréal, à cause que je bronze bien.
Oui, ça fait partie de mes qualités.
“Vous prenez des coups de soleil ?”
- Ah non jamais.
- et vous savez rester immobile 4 heures avec des petitspatchs dans le dos ?
- Et comment ! (alors que là, je mentais ehontément)
J’ai tendance, moi aussi, à tout prendre à la rigolade. N’est-ce pas, comme dirait le docteur Schneider, (voir le blog d’Anténor pour ceux qui ignorent qui est le docteur Schneider) pour cacher une trop grande sensibilité?
Je sais maintenant quoi dire lors de mes prochains entretiens. En même temps, j’ai déjà du mal à le décrocher (ce putain d’entretien) ça vient peut être de mes lettres de motivation. Dois je songer aux lettres de menaces? (oui un “s” à menace car je veux en mettre plusieurs à l’intérieur, faut bétonnner)
Moi, ce serait plutôt en “entretiens de débauche”, que j’assure un max…
eh ben, y a un truc où il ne faut pas faire de l’humour, c’est un oral de didactique pour un CAPES de langues… ce joyeux concours où l’on détermine si t’es apte ou pas à enseigner aux marmots.
)
Alors à ce stade t’es apte puisque le rectorat est très content de te prendre comme vacataire (payé au lance-pierres) mais la didactique, eh ben, c’est assez éliminatoire (faut vraiment avoir les bonnes idées dans la tête….) et comme jury sympathique (entre les recruteurs et les douaniers de n’importe quelle frontière) eh ben ceux-là, ils n’avaient aucun humour…
Apparemment, fallait comparer deux extraits de manuels de classe et expliquer lequel était le meilleur… j’ai clairement pas aimé le “bon”…
et comme faut faire une heure à parler et qu’on te pose des questions mais alors à la con, eh ben le naturel revient au galop. (surtout que dans les annales, ils disaient qu’il fallait avoir du bon sens… j’avais que ça…et mes souvenirs d’élève…de l’autre côté de la barrière)
quand j’ai dit, “là, pour voir la poule sur l’illustration et que les élèves la voient aussi, à part monter sur la table et la leur mimer, je ne vois pas comment maintenir leur intérêt”.
y a un des trois jurés qui a esquissé un sourire. Ca a pas dû suffire. on m’a mis une note éliminatoire. et bizarrement, ça m’a vachement vexée
Alors les recruteurs depuis, eh ben, à côté des jurys de l’administration pour n’importe quel concours, malgré leurs tests de la tache d’encre, je les trouve plutôt gentillets et sympas (mais faudrait qu’ils apprennent à faire une poignée de mains
Excellent !
moi, de toutes les façons, je ne passe jamais un entretien sans être accompagnée de ma psychanalyste le Dr Schneider…
Premier entretien d’embauche: Chi fou mi
Deuxième entretien: êtes-vous bon aux billes?
Troisième entretien: Une marelle?
C’est clair, on ne m’a jamais assez bien préparé.
Enfin, j’habite à Kerdouan-le-Berec depuis 30 ans…tu as les coordonnées de la dame?
ah sinon pour narrer la fin de l’histoire… eh ben, j’ai effectivement enseigné (et la provo a dit que “j’avais ébouriffé les élèves”, j’ai fait pleurer trois garçons de douze ans - mine de rien, à douze ans, le garçon est encore très impressionable - involontairement, mais le dernier jour, eh ben, ils ne voulaient plus me laisser partir… et je leur ai fait écouter, donné les paroles et traduites de “sign’o'times”, ça reste ma grande “victoire”, à tel point que certains ont deviné mon email et m’ont envoyé des chansons d’eminem à traduire…
donc méchante mais cool, madame la prof, mais la didactique où “il ne faut pas octroyer le savoir” et mettre “l’élève au centre de la classe”… eh ben, avec 30 gamins déchaînés qui s’attaquent au compas dès que tu as le dos tourné, ça marche pas. Désolant, hein? Mais véridique, n’en déplaise aux IUFM et aux théoriciens de l’enseignement des langues vivantes à l’école… tant pis, le CAPES, c’était pas pour moi…
Wow, p’tain, moi, ça couve longtemps mais après… tous aux abris
Dis donc c’t'une blague ou quoi, tu vas poster We Are The Boat dimanche soir ??? je serai même pas là. je fais une cure de desintox de blog pendant 5 jours…alors s’te plait poste samedi soir, alleeeez quoi ?…d’ac?
Excellent
J’avais passé un entretien d’un autre ordre, avec un type qui voulait que je lui raconte mon voyage en Inde en anglais. Ca a duré 30 minutes et à la fin, alors qu’on n’avait pas parlé boulot une seule seconde, il me dit : c’est bon, je vous prends.
DRH ou chasseurs de têtes, je me marre chaque fois.
Les DRH sont là essentiellement pour gérer du contrat de travail et savoir par exemple qui il est plus rentable de vider. Mission centrale : faire du fric sur la masse salariale. Cela ne les empêche pas d’avoir un discours magnifique sur la richesse humaine de l’entreprise (et de pétocher comme des sagouins devant les DG).
Les chasseurs de têtes bidonnent au moins à 90% d’entre eux. Ne chassent pas la perle rare, mais les honoraires…
Sébastien > ça m’est arrivé d’embaucher comme ça, au feeling. Je me souviens notamment d’un jeune, intelligent, vivant, carré, vraiment bien construit dans sa tête et sympa. Envie d’avoir un équipier comme ça ! Et ça a tellement bien marché qu’il a été titularisé avant la fin de sa période d’essai et qu’il a fait depuis (ailleurs hélas!) une belle carrière. Ce genre de choix, ça ne s’explique pas, mais ça existe. Et tant mieux, parce qu’on ne peut pas tout mettre dans des grilles, on ne peut pas tout rationnaliser.
Caelle >> (c’est pas parce que tu réponds en 3 fois que tes comms sont moins longs hein ?
) Marrant, le truc du CAPES. Moi je prendrais aussi la solution tordue comme toi. Esprit tordu aussi je pense…
TB >> La fin est dispo en cassette vidéo “la DRH aime la boîte” (sans le “o”)
Macache >> Akh, j’oubliais les fameux tests de Rochwjdhfgiukiart. Je dois être con dans ces trucs-là moi ! Je dois y voir des câbles réseaux ou des kleenex…
Ab6 >> Tu fais partie du lobby des bronzés ?
Epictete >> Tu fais de la pub gratos toi maintenant ? Oui je suis d’accord : le rire est notre couverture sociale (ah ah)
Twig >> Envoie directement des caricatures à tes futurs employeurs. Ca fera d’une pierre deux coups : tu dessines bien ET s’ils ne te prennent pas, tu leur brûles leur bureau
Saoulfifre >> Rappelle-moi de ne pas envoyer ma fille bosser dans ta ferme…
Eric >> Merci (et je ne parlais bien sûr pas de LRI)
Antenor >> Va falloir couper le cordon, maréchal !
Pascal >> T’imagines s’ils faisaient faire des tours de vélo à la place ? Ou bouffer des rats ? Tu serais pris systématiquement !
Abs >> Je peux pas, samedi all day & night et dimanche matin je suis pris. Je te l’enverrai par mail, tant pis ?
Seb / Yves >> D’accord sur le coup du feeling. Ce soir j’ai fait passer un entretien à un mec. Black sénégalais super motivé, intelligent, drôle. Pour ma part, il était déjà pris au bout de 10 minutes.
Yves >> Ouais tu dis ça parce que tu connais pas ma boîte. Ici, ils sont tous géniaux (certains lisent, je ne peux pas tout dire. Je répète : certains lisent, je ne peux pas tout dire)
Byalpel > Ce jeune, j’espère que tu l’as embauché. Les gens qui se sentent reconnus et valorisés au boulot c’est du bonheur en branche. J’ai la rage au ventre quand je vois le gâchis d’intelligences et d’idées en France : patrons sans stratégies, incapables de rêver, de délirer, vivant le nez sur la marge, incapables d’investir sur des gens différents d’eux et qui leur soient complémentaires, petits chefs qui ont la trouille d’embaucher plus intelligents qu’eux, jeunes qu’on blase en les baladant de stage en stage… Et les cons des ressources humaines qui font de beaux discours ! C’est souvent très étriqué. Et pour tenir tout ça, on stresse les gens à mort : “Si t’es pas conforme, gueule fermée, et doigt sur la couture du pentalon, t’es licencié !”
Allez bref, je ne vais pas polluer ton blog avec des choses que tout le monde sait ou ressent…
Yves >> Ben c’est pas moi qui embauche au final, mais j’ai validé son dossier. Tu ne pollues personne, ici c’est open.
alors là, Yves, j’applaudis à deux mains… Story of my life so far….