Je suis un nul. Un mauvais. Un naze.
J’ai envie de me ronger les ongles jusqu’aux coudes, de me calfeutrer dans mon lit et de m’enfourner trois paquets de Pim’s orange jusqu’à en avoir envie de vomir.
Il y a des jours où je ne sais pas où je suis. Où je ne sais pas où me mettre. Où je ne sais pas ce que je fais ici.
Peu de choses me rendent triste ou m’affectent directement. Je veux dire, comme tout le monde je suis sensible aux choses émouvantes, et je prends douloureusement certaines nouvelles particulièrement éprouvantes. Mais la plupart du temps, je conserve un moral enjoué. Le verre plein plutôt que le verre vide.
Ce qui me rend vraiment triste, et un lecteur assidu ou passager y verra au choix de l’arrogance, de la bêtise ou de la psychopathie, ce qui me rend vraiment triste c’est de ne pas comprendre. D’être à côté de la plaque.
Séquelles de mon enfance scolaire probablement, durant laquelle mes professeurs m’ont toujours tellement encensé que j’ai longtemps crû être le Messie. Ou son bras-droit. Après un long et pénible travail sur moi-même, j’ai appris à maîtriser mon pédantisme ou mon égocentrisme pour en rire et m’en moquer.
Mais ne pas comprendre, c’est dur pour moi. Ne pas comprendre, c’est me plonger la tête dans les cabinets comme dans The Big Lebowski. C’est m’exhiber tout nu sur la place publique alors que tout le monde me pointe du doigt en riant. C’est me faire engueuler par la gardienne lorsque je traverse le corridor qu’elle vient de laver.
Dans mon boulot, parce que c’est de cela qu’il s’agit, c’est encore pire. Mon métier consiste à conseiller des clients. Parce qu’on n’a pas la science dans une théière, on s’écoute les uns les autres, et parfois certains parlent plus forts que d’autres, parce qu’ils sont plus compétents, plus doués, plus expérimentés.
J’écoute, j’essaie de comprendre, de capter, de piger, d’interpréter, de m’intéresser. Mais lorsque j’écoute un discours qui ne me semble pas correct, que dois-je croire ? Quand j’en discute avec d’autres collègues qui sont du même avis que moi, mais dont la voix ne porte pas en interne, que dois-je croire ? Quand j’essaie de parler, m’opposer, diriger, orienter certains discours mais que personne ne suit, que dois-je croire ?
Certains pensent détenir la vérité vraie, alors que j’ai toujours cru que la vérité était forcément multiple, nuancée, paradoxalement floue. Non, me dit-on. Sors de la caverne, petit platonicien préhistorique.
Pourtant, certains collègues me tapent dans le dos, mais ce ne sont que des collègues. Pourtant, certains clients me congratulent, mais ce ne sont que des clients. Mais rien ne me réconforte.
“Quand on est con c’est pour la vie” se moquait-on dans la cour de récréation. Je suis peut-être con, pour la vie.
Quand on est adulte, on n’a pas mûri tant qu’on n’a pas fait le deuil de sa cour de récréation. Que je croyais.
Pourtant les preuves sont accablantes.
Je suis un nul. Un mauvais. Un naze.
















