Si vous espériez lire un article pro ou anti Sarkozy, vous allez être déçus.
En effet, aujourd’hui, je m’en vais vous dévoiler une technique antique, issue des méthodes de camouflage des indiens Jivaro, elles-mêmes inspirées des mouvements sublimement félins du lynx des neiges dont le nom latin vous est familier : le paressatus malignanus.
Pourquoi dévoilerais-je un tel secret à des lecteurs ingrats comme vous (qui ne paient pas leur abonnement s’entend) ?
Ne cherchez pas trop loin : maintenant que j’ai commencé, je ne vais pas interrompre mon article… Ca m’apprendra à être trop bavard tiens…
Imaginez un instant la situation.
C’est dimanche, il est dix heures. Le soleil est au rendez-vous.
Votre femme vous a prévenu : dès qu’elle rentre du marché, vous allez au musée visiter les dernières sculptures de l’artiste tchèque à la mode, Mévatlavé Kraspek [(c) Les Nuls], parce que vous lui avez promis, parce que la dernière fois que vous l’avez traînée au match Dijon - Créteil elle a accepté pour vous faire plaisir, et parce que on est mariés on fait les choses à deux.
Vous êtes encore au lit, vous entendez les pas qui s’éloignent sur le parquet.
“Ok, ok ne crie pas, ok. A tout à l’heure, prends tes clés. Ah oui, pense à ramener des fenouils du Bengale et des clémentines à grosse peau ! Non, je n’ai pas dit vieille peau, j’ai dit à grosse peau. Mais non je n’ai pas dit que t’es grosse, j’ai dit A GROSSE PEAU !”
A peine la porte claquée, vous rejetez violemment les couvertures en arrière, vous éjectez tel un ressort comprimé par le poids des ans, vous vous précipitez sur votre maîtresse, cachée dans le placard posée sur le bureau : votre ordinateur chéri et adoré.
Deux heures passent en quelques minutes ; si si c’est possible, c’est Einstein qui l’a démontré. Et de toutes façons, même si la théorie est fausse, le retour inopiné de votre femme indique que vous allez vous prendre une raclée puisque vous êtes encore en caleçon, pas lavé, pas rasé, pas mangé.
La technique antique vient à votre rescousse, sous plusieurs formes.
Technique n°1 : faire le mort.
Vous battez le record du monde de saut en longueur pour vous jeter dans votre lit depuis le meuble informatique, et vous vous recroquevillez dans un position foetale. Bouche ouverte, respiration retenue (il faut se forcer un peu, vous devez être crédible).
Votre femme déboule dans la chambre. Première réaction : la panique. Normal. Si votre femme ne panique pas en vous découvrant mort, c’est qu’elle ne vous aime pas, je suis formel.
Elle crie, à la limite de l’hystérie : “Georges ? GEORGES ?”. Vous, vous restez muet. Surtout ne réagissez pas !
Deuxième réaction : elle ne veut pas y croire. Normal. Si votre femme veut y croire, c’est qu’elle est vraiment conne naïve.
Elle ricane : “Allez Georges, elle est bonne ta blague, lève-toi maintenant !”. Le mort ! Vous êtes mort, et les morts ne rient pas ni ne bougent un cil. Et ils n’ont pas de compassion pour leur femme à moitié affolée.
Troisième réaction : elle s’approche, pour vous remuer et infirmer la première ou la seconde de ses réactions impulsives.
Elle vous secoue : “Georges, tu m’entends ? Georges ?”.
Là, il faut être bon comédien : tout se joue ici. Vous devez être très surpris, presque apeuré, et sursauter. “Hein ? Quoi ? Oh purée tu m’as fait peur !”. Enchaîner avec un regard dans le vide, scruter les décors du genre “où suis-je ?”, regarder votre femme d’un air semi-hébété, semi-amoureux du genre “tu sais que tu es magnifique au réveil, toi ?!”.
Puis, comme si vous repreniez vos esprits, en inspirant et en fronçant les yeux : “purée je me suis rendormi, j’ai mal dormi cette nuit, je ne sais pas ce que j’ai en ce moment…”.
Réaction de votre femme immédiate : elle s’enquiert de votre état. Normal. Si elle ne s’enquiert pas, etc…
Puis, et c’est là que vous aurez gagné, elle dira à coup sûr : “Chéri, si t’es vraiment pas bien, on peut y aller la semaine prochaine à l’expo. Ainsi, on reste tous les deux en amoureux pour le week-end !”.
Vous avez gagné une semaine, un atermoiement qui vous permet d’appréhender la seconde technique de camouflage, que je présenterai une prochaine fois (si ma femme me laisse encore utiliser l’ordinateur après cet article).