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Le 04/07/2006 - 15:56

Etonnant et passionnant bouquin. Il date de 1994, donc le dénouement de l’histoire narrée a probablement évolué depuis, mais le fond reste d’actualité. Peut-être que les chercheurs qui tomberaient par hasard sur ce site (ou Procrastin, si tu passes par là à temps) pourraient commenter ?

L’histoire : un chercheur de l’INSERM découvre et met en évidence d’exceptionnelles propriétés de l’eau, appelées le principe des hautes dilutions. Ce chercheur (Benveniste) constate qu’une dose d’eau contenant un produit réactif est encore efficace même après 20, 30 voire 100 dilutions. Il ne sait pas expliquer ce résultat, mais tente de publier et de diffuser cette nouvelle.

Il est raillé, rejeté, désavoué par l’ensemble de la communauté scientifique qui le fait passer pour un excentrique, un hérétique (paradoxe science-religion mis en évidence dans le livre) et lui coupe les vivres et les ponts.

L’auteur est journaliste et a enquêté sur le milieu scientifique de l’époque, avec le code disciplinaire qui y règne, évoque “la subjectivité inhérente à la recherche” (étonnant non ?) et qualifie de censure (terme fort) la répression intellectuelle et morale qui a suivi la découverte de Benvéniste.

Qui croire, sur la thèse scientifique : aucune idée. Mais la description d’une mafia des sciences est finalement assez étrange et déroutante : le but inavoué des chercheurs n’est pas l’avancée de l’humanité mais celle de leur petite personne, de leur confort et de leur aura.

[Vous allez me dire : évidemment, ce sont des humains avant tout. Evidemment, hein.]

22 commentaires

  1. 1
    Saoul Fifre nous dit :

    Sur le fond du probl√®me, je ne crois pas qu’on en soit √† amener des preuves scientifiques pour prouver l’hom√©opathie. La science en est √† ses balbutiements, elle est trop superficielle. Par contre la censure est r√©elle, l’a priori n√©gatif pour tout ce qui est bizarre, syst√©matique aussi, et la structure pyramidale de la recherche fait que seul le mandarin a le droit de trouver quelque chose.

    En gros, le m√™me syst√®me est valable partout, et √† tous les niveaux : l’√©l√®ve (le subalterne) doit se renseigner sur ce que veut entendre le prof (le chef), et le lui dire q:^). Evidemment, la soci√©t√© n’√©voluera pas vite, avec des principes aussi r√©volutionnaires…

  2. 2
    proc' nous dit :

    Hum ! En effet David, je vais profiter que tu me tendes le micro pour faire une mise au point tant cette affaire fait de mal √† la recherche et au milieu scientifique. Je me souviens avoir lu ce livre de Michel Schiff peu apr√®s sa parution. Il √©tait d’ailleurs au programme du cours d’histoire des Sciences que suivait √† l’√©poque. Ce livre est extr√™mement partisan et monte en √©pingle une affaire qui n’en est pas vraiment une, une affaire qui n’aurait jamais du prendre l’ampleur qu’elle a eu. Ce n’est ni un lynchage d’un g√©nie incompris ni la preuve du sectarisme des chercheurs √©tablis !

    Pour faire simple, voil√† un r√©sum√© de l’histoire de ce que les journalistes ont appel√© “l’histoire de l’eau” (un nom vendeur, facile √† retenir). Au cŇďur de l’affaire, il y a Jacques Benveniste (1935-2004) un scientifique de bon niveau, m√©decin travaillant √† l’inserm et ayant dans son CV quelques publications importantes en immunologie. En juin 1988, il publie un article dans la plus importante revue scientifique, la revue britannique “Nature”. La carri√®re d’un chercheur se juge au nombre et √† la qualit√© de ses publications. Avoir un papier publi√© dans Nature est un plus indiscutable. C’est pourquoi, quand vous √™tes un chercheur ambitieux et que vous pensez tenir un scoop, une d√©couverte importante, vous vous empressez de r√©diger un article pr√©sentant vos r√©sultats et vous le soumettez au comit√© √©ditorial de la revue. Compte tenu de son prestige, la revue Nature re√ßoit plusieurs centaines d’articles par semaine ! Elle ne publie qu’une dizaine d’entre eux. Souvent les plus “vendeurs” aupr√®s des m√©dias. Ce fut le cas du papier de Benveniste.

    Publi√© au cŇďur de la temp√™te m√©diatique, le livre dont tu parles a surf√© sur la vague. Il tente faire passer Benveniste pour un martyre trop en avance sur son temps et lynch√© par ses coll√®gues. Pourtant d√®s la publication de l’article, les chercheurs se sont sinc√®rement passionner pour ces nouveaux r√©sultats, et on tent√© de les REPRODUIRE dans leur labo. Sans jamais y arriver. Or la reproductibilit√© des r√©sultats est un pr√©-requis indispensable √† l’acceptation d’un travail. A l’inverse sa NON-REPRODUCTIBILITE est un signe inqui√©tant. Jamais les fabuleux r√©sultats de Benveniste n’ont pu √™tre reproduit, ni par lui ni par d’autres. Benveniste lui m√™me a renonc√© √† arriver √† les reproduire, reconnaissant par l√† la fraude scientifique. Ils sont donc nuls et non avenus !!! La seule conclusion possible est alors que cet article n’est pas cr√©dible et doit √™tre retir√©. Ce que fit d’ailleurs la revue nature.

    Ce n’est pas la premi√®re fois que ce genre de choses se produisent et les cas de fraudes scientifiques sont l√©gions. Le plus souvent elles sont trait√©es correctement par la communaut√© scientifique. Sans secret ni tabou : l’article est retir√©, le chercheur est pri√© de changer de comportement (si la fraude est minime) ou de d√©missionner. Ces fraudes sont la cons√©quence de multiples facteurs : les fraudeurs ne sont pas tous des m√©galos. Ce sont surtout des hommes et des femmes soumis √† une extraordinaire pression pour obtenir des r√©sultats et des publications quitte √† enjoliver un peu la r√©alit√© (et c’est d√©j√† une fraude). Sans ses publications, pas de poste pour un jeune chercheur, pas de cr√©dit de fonctionnement pour un labo.

    Je suis absolument en d√©saccord toi et avec Saoul-fifre quand vous annoncez que la censure est r√©elle. Je ne crois pas qu’un r√©sultat exp√©rimental s√©rieux (fait dans des situations contr√īl√©es et donnant des r√©sultats r√©p√©tables) n’est jamais √©t√© refus√© par la communaut√© scientifique. Il passera peut-√™tre inaper√ßu et mettra peut √™tre du temps √† s’imposer. Mais ne donnera pas lieu √† un lynchage. Bien sur, il pourra y avoir des discutions souvent vives (par journaux interpos√©s ou dans le cadre de colloque de sp√©cialistes). Et c’est m√™me tout √† fait souhaitable. La science avance par l’√©change et le d√©bat public. Les publications sont ouvertes, les protocoles d√©crits afin de pouvoir refaire les exp√©rimentations. Les scientifiques ne travaillent jamais dans le secret de leur laboratoire (si populaire au cin√©ma). Un r√©sultat aussi brillant soit-il mais non publi√© n’existe tout simplement pas !

    Dans le cas de l’affaire Benveniste, le souffl√© est tr√®s vite retomb√© dans la communaut√© scientifique : “pas de r√©sultats ? pas de fait ! Point √† la ligne”. Le bruit autour de cette affaire vient des journalistes qui ont pris parti. En oubliant aussi de mentionner les liens financiers tr√®s √©troits qui unissait Benveniste et les laboratoires Boiron, grand groupe pharmaceutique fran√ßais producteur de m√©dicaments hom√©optahiques !!! Et si finalement, cette fraude n’√©tait qu’une histoire de gros sous ?

    Pour finir mon long commentaire un peu enerv√©, je reviens sur la fin de ton billet, david. C’est un mythe populaire (une image d’Epinale) de penser que les scientifiques sont rationnels et que la science progresse rationnellement. Plus aucun philosophe des Sciences ne d√©fend cette position depuis longtemps. Les scientifiques agissent tr√®s rarement de mani√®re rationnelle. Et pas seulement dans leur vie priv√©e ou amoureuse (ou quand ils perdent la boule et correspondent alors aux pires clich√©s du cin√©ma hollywoodien). C’est aussi vrai dans leur recherche. Ca a m√™me donn√© lieu √† des reflexions tr√®s int√©ressantes et tout √† fait pertinentes de la part du philosophe des sciences autrichien Paul Feyerabend dont je te recommande la lecture. Avec sa th√©orie anarchique de la connaissance, il rejette l’id√©e de m√©thodologie scientifique universelle. Pour lui, les pratiques scientifiques ne sont en rien sup√©rieures √† d’autres formes de connaissances, et √† bien des √©gards elle ne sont pas plus rationnelles que le vaudou par exemple.

  3. 3
    Tant-Bourrin nous dit :

    Il y a s√Ľrement un c√īt√© mafia, certes, comme dans pas mal de professions. Mais en l’occurrence, le fait que personne n’ait pu reproduire l’exp√©rience de Benveniste (dont les travaux √©taient co-financ√©s par Boiron (le vendeur de susucre au d√©tail)) le plombait quand m√™me s√©rieusement, non ?

  4. 4
    proc' nous dit :

    Absolument tant-bourrin ! Parfait r√©sum√© de mon long baratin. Personne n’a pu reproduire l’exp√©rience, √† commencer par Benveniste lui-m√™me !!!

    La recherche scientifique internationale a beau √™tre un milieu tr√®s codifi√©, souvent tr√®s dur (et pleins de coups tordus), le terme de mafia est beaucoup trop fort : il est inconcevable que personne n’ait pris parti pour “la m√©moire de l’eau”. Si les r√©sultats de Benveniste avaient eu un semblant de cr√©dibilit√©, il se serait trouv√© des scientifiques pour les d√©fendre, au moins en partie. Ce n’est absolument pas le cas.

    A lire Byalpel ou Saoul-fifre, “la m√©moire de l’eau” a √©t√© victime d’une vaste conjuration internationale. Les chefs donnant les ordres et disant quoi penser aux “chercheurs subalternes”. C’est quand m√™me donner beaucoup trop de pouvoir √† quelques pseudo-d√©cideurs influents et fantasm√©s. La recherche scientifique n’est pas structur√©e comme une entreprise ou comme l’arm√©e. Elle est par nature d√©centralis√©e. Ce n’est pas une structure pyramidale et la cha√ģne hi√©rarchique y est tr√®s courte, depuis le chercheur de base jusqu’au directeur d’institut ou le ministre de la recherche. De plus, elle est internationale : un chercheur allemand n’a pas de compte √† rendre √† un chercheur indien ou australien. Comment dans ces conditions, imaginer une condamnation unanime du travail de Benveniste ? Soit le travail de Benveniste est frauduleux, soit on a affaire √† une conspiration internationale ! Evitons quand m√™me de tomber dans le conspirationnisme‚Ķ

  5. 5
    proc' nous dit :

    J’en remets une couche parce que la question me passionne et me touche de pr√®s.

    S’il me prenait l’envie de vouloir publier un travail prouvant que telle mol√©cule fabriqu√©e par un grand groupe pharmaceutique (qui se trouve aussi √™tre un de mes plus gros financeurs!!) est un rem√®de contre le cancer, je peux essayer de publier mes r√©sultats. Que se passe-t-il si aucun de ces r√©sultats n’est reproductibles ? Si personne depuis 20 ans n’arrive √† refaire mes exp√©riences ? Je passe pour un menteur ! Et c’est bien normal. Mais je ne me d√©monte pas, j’insiste ! Je vais peut-√™tre arriver √† trouver un journaliste pour √©crire un livre pour me d√©fendre. Il va √©voquer la bassesse des patrons de labo jaloux, plus int√©ress√©s par leur carri√®re que par les v√©ritables progr√®s scientifiques… Ou il va carr√©ment crier au complot, √† la conspiration‚Ķ et ce livre va bien se vendre parce que les gens adorent qu’on leur parle de conspiration (il n’y a qu’a voir ceux publi√©s apr√®s les attentats du 11 septembre 2001).

    Non, Benveniste n’est ni un martyre, ni un h√©r√©tique. C’est juste un petit fraudeur parmi des centaines d’autres mais qui a eu plus de succ√®s : il est arriv√© √† vendre son histoire aux m√©dias.

  6. 6
    Byalpel nous dit :

    oh l’ot’, comment tu nous d√©fonces ! j’aurais dit “proc est un gros salaud” que t’aurais pas r√©agi plus vivement :-)

    Ce que je dis l√†, c’est ce que j’ai lu du livre. Si je t’ai laiss√© le micro, c’est justement pour laisser un chercheur, un vrai :-) , nous donner une version du milieu.

    Que Benveniste soit un fraudeur ou pas, je n’en sais rien. Schiff essaie de justifier la non-reproductibilit√© par les autres chercheurs (voir le livre) et qu’il prenne parti de mani√®re aussi prononc√©e en mettant sa cr√©dibilit√© en jeu m’a fait r√©fl√©chir.

    Effectivement, je ne connaissais pas tous les tenants et aboutissants du sujet (Benveniste proche du labo pharmaceutique notamment), tu nous éclaires, nous pauvres communs des mortels.

    Pour la mafia, évidemment le terme est dur. Mais fallait te faire réagir aussi :)
    Disons que je pense quand m√™me qu’une partie du discours de Schiff est r√©aliste. Il y a quand m√™me des chercheurs √† l’√©go surdimensionn√© ou qui jouent aux petits chefs, comme dans toutes les “bo√ģtes”. Je me rappelle √©galement des chercheurs dans ma fac qui bloquaient tel ou tel chercheur de peur de perdre leur fonction / cr√©dibilit√© / honneurs / avantages… Evidemment, comme partout hein.

    Enfin, je me raccroche √† ta r√©f√©rence √† Feyerabend. C’est √©tonnant pour les n√©ophytes comme nous (m√™me avec un bagage scientifique), mais c’est en m√™me temps rassurant. Je note, dans ma stack de livres pour les vacances.

    Bon, et surtout, restons positifs : pour ma part, ça me fait bien plaisir de te voir participer autant, avec tant de fougue :)

  7. 7
    Badibuh nous dit :

    Mouais, mouais, mouais…la “m√©moire de l’eau” pour l√©gitimer l’hom√©opathie, c’est franchement moyen et je pense qu’on peut dire avec certitude que ce mec √©tait un charlatan. Une exp√©rience non reproductible ne peut √™tre cr√©dible, ou en tout cas ne peut pas √™tre utilis√© pour soigner des gens. (je ne suis pas contre l’hom√©opathie, mais il faut savoir la laisser √† sa place)

    Cela n’emp√™che pas pour autant que la science est parfois trop herm√©tique √† certaines d√©couvertes ou que des nobels eux m√™mes pondent des th√©ories alambiqu√©es et soient pris aux s√©rieux gr√Ęce √† leur prix nobel, justement.

    Mais l√† quand m√™me, c’est vraiment gros.

  8. 8
    proc' nous dit :

    hahaha, non mais attends david, je n’ai absolument pas mal pris ton billet ou ses commentaires. Je suis latin : je r√©agis vigoureusement mais amicalement !

    Cette histoire et ses insinuations “tous pourris” ont fait beaucoup de mal √† la Science. Et ce genre d’attaques revient r√©guli√®remen sur le tapis. D’o√Ļ ma r√©action vive, et parfois disproportionn√©e (j’aurai mieux fait de me relire). Mais je t’aime quand m√™me :)

  9. 9
    Saoul Fifre nous dit :

    Je ne me suis pas du tout exprim√© sur le fond de cette “m√©moire de l’eau”. Je rejoins assez Proc ou Badibuh l√† dessus. J’ai simplement essay√© de parler des a-prioris des scientifiques (attitude pas du tout scientifique) et proc rencherit avec moi en parlant de leur irrationnalit√© possible et en citant Paul Feyerabend.

    J’aurais aim√© que Proc, qui est dans le milieu, soit moins vague dans ses exemples. Pour moi, il est √©vident qu’un jeune chercheur qui souhaite travailler sur un sujet pol√©mique comme l’hom√©opathie, met sa carri√®re en danger. On ne refait s√Ľrement pas toutes les recherches plusieurs fois, mais si les sujets sont sensibles, elles seront refaites par les coll√®gues 10 fois s’il le faut, et avec le soutien enthousiaste de toute la communaut√©…

    Comme l’a tr√®s bien reconnu Proc, le scientifique est un homme comme les autres, avec ses tabous, ses blocages mentaux, ses tentations de malhonn√®tet√©. Il est dangereux de canoniser qui que ce soit, Benveniste le premier. Mais souligner ses liens financiers avec Boiron n’am√®ne pas grand chose au dossier, vu que la recherche ind√©pendante, m√™me publique, se fait super rare

  10. 10
    proc' nous dit :

    Si Byalpel n’y voit pas d’inconv√©nient, je veux bien continuer un peu le d√©bat avec Saoul-fifre. Mais la recherche est un monde beaucoup trop vaste pour en faire le tour en quelques lignes. Tu me demandes d’√™tre plus pr√©cis dans mes exemples ? Je vais essayer de r√©pondre √† ce que je crois √™tre tes questions.

    Si tu veux parler de la structure des labos et de du poids la hi√©rarchie, je peux te r√©pondre √† partir de ce que j’en connais personnellement. Ca fait huit ans que je travaille en recherche. J’ai eu l’occasion de travailler au sein de labos Fran√ßais, Anglais, Belge et Australien. J’ai commenc√© comme th√©sard avec une directrice de th√®se qui m’a toujours laiss√© une tr√®s grande libert√© concernant mes axes de recherches. Plus tard, jeunes chercheurs √† l’universit√© de Bristol, j’ai eu √† g√©rer mes propres financements publics (attribu√©s par le gouvernement Anglais). Je travaille dans un labo. C’est √† dire un groupe de chercheurs sous la responsabilit√© d’un professeur. Il dirige le groupe, d√©cide des r√©unions et participe au recrutement des √©tudiants et des nouveaux collaborateurs. Surtout, il f√©d√®re et anime la recherche autour de questions coh√©rentes (la th√©matique du laboratoire).

    Mais √ßa ne veut en aucun cas dire qu’il nous impose ses vues. Ce n’est pas un “mandarin” et je suis libre de mes recherches (dans la mesure o√Ļ mes financements me le permette). La seule contrainte qui m’est impos√© : publier. Je peux explorer les questions que je veux √† condition qu’√† la fin de l’ann√©e, √ßa d√©bouche sur des travaux publiables. Prenons un exemple concret : certains de mes travaux r√©cents aboutissent √† des r√©sultats qui r√©interpr√®te compl√®tement certaines des th√©ories de mon boss et qui contredisent au moins deux de ces publications. Je ne travaille pas en secret. Tout le monde dans le labo est au courant de l’article que je viens de soumettre sur le sujet. Y compris le boss. A aucun moment, il n’a exerc√© de pression et ne m’a emp√™ch√© de publier ce travail.

    Revenons √† une question plus g√©n√©rale : le choix du sujet de recherche. Il est √©vident que certaines questions (exploratoires) sont plus dangereuses que d’autres. Surtout pour un jeune chercheur qui doit publier le plus rapidement possible pour d√©marrer une carri√®re. Il faut √™tre rentable (publier) tr√®s rapidement. Si on se lance sur un sujet largement inexplor√© et qu’il y a tout √† faire et √† mettre au point, alors le d√©lai entre le d√©but des travaux et la sortie des premi√®res publications est parfois plus court que la dur√©e d’un contrat de recherche moyen (2-3 ans). C’est pourquoi les chercheurs s’opposent si fortement aux CDD de recherche que le gouvernement tente de mettre en place : de tel CDD auraient pour effet de concentrer les efforts sur les sujets imm√©diatement rentables et de d√©favoriser les th√©matiques plus ambitieuses et moins balis√©es. Au contraire nous plaidons pour une recherche publique forte, laissant la possibilit√© de travaux sur de longues dur√©es.

    Concernant tes questions sur l’hom√©opathie, je ne veux pas entrer dans le d√©bat tr√®s pol√©mique (et passionnel, c’est √† dire bien peu rationnel). Principalement parce que ce n’est absolument pas mon domaine et donc que mon avis sur la question est largement aussi valable que le tien. Je ne peux que m’appuyer sur les travaux publi√©s par les m√©decins et les chercheurs. J’ai alors l’impression qu’il faut rester extr√™mement prudent avant de crier √† la censure ! C’est injuste de dire que personne ne s’y int√©resse. Il y a une quantit√© non n√©gligeable de publications sur le sujet. Mais la majorit√© de ces travaux concluent qu’on ne peut pas distinguer l’effet de ses m√©dicaments hom√©opathiques d’un effet placebo. Un peu comme pour l’histoire de l’eau, les chercheurs seraient pr√®s √† s’y int√©resser en masse. Mais il semble bien qu’il n’y ait tout simplement rien √† y trouver. On ne peut pas non plus leur demander d’insister tous ensemble sur un sujet visiblement si peu fond√©. Ou alors il faudrait revoir le syst√®me d’√©valuation de leurs travaux bas√© sur leur nombre de publications…

    Bien s√Ľr, les partisans de l’hom√©opathie sautent sur l’occasion pour crier √† la censure. “Vous voyez, on ne trouve pas d’effet ! C’est la preuve qu’on nous ment, que les chercheurs sont soumis √† la pression de leurs pairs, etc.” Mais c’est √† mon avis un faux proc√®s. Sur la base des travaux publi√©s, l’efficacit√© des m√©dicaments hom√©opathiques est plus que douteuse. Pourtant les travaux continuent, j’en veux pour preuve la tr√®s impressionnante √©tude publi√©e l’√©t√© dernier dans la meilleure revue m√©dicale “the Lancet”. Et si on venait √† trouver (publier) un effet significatif, je suis s√Ľr que les chercheurs seraient les premiers int√©ress√©s.

    Pour contrebalancer un peu cette vision tr√®s positive, je finirais en disant que tout n’est pas id√©al en recherche. Il y a comme partout des salauds autoritaires et sans pudeur qui tyrannisent et exploitent leurs collaborateur ou √©tudiants. Il y a aussi des gens malhonn√™tes qui truquent leurs donn√©es ou qui volent les id√©es des autres. Si ces questions t’int√©ressent et que tu veux lire un travail bien document√© sur la question, je te recommande l’excellent ouvrage de William Broad et Nicholas Wade “la souris truqu√©e, enqu√™te sur la fraude scientifique”. Il est tr√®s bien √©crit et parfaitement lisible. Il d√©cortique au travers de nombreux exemple les limites du syst√®me scientifique et les nombreuses raisons qui poussent les chercheurs √† tricher, √† mentir et √† modifier leurs r√©sultats.

    Mais encore une fois, les pires travers de la recherche et la pression des mandarins (aussi d√©testable soit-elle) n’ont rien √† voir avec une pr√©tendue censure plan√©taire contre la m√©moire de l’eau ou l’hom√©opathie.

    Enfin, pour r√©pondre plus sp√©cifiquement √† ton dernier point, je crois qu’il est quand m√™me essentiel de souligner les liens financiers entre les chercheurs et les grands groupes industriels (certaines revues scientifiques, dont Nature, commencent √† s’y mettre et obligent les chercheurs √† signaler leurs int√©r√™ts financiers dans leurs √©tudes). Serais-tu convaincu par une √©tude concluant √† l’innocuit√© d’un insecticide sur les abeilles qui aurait √©t√© financ√©es par le groupe pharmaceutique qui vend ce m√™me insecticide ? En soi, ce n’est pas une preuve fraude, bien s√Ľr (encore heureux). Mais je trouve essentiel de signaler ce lien financier. Dans l’affaire Benveniste, il ne prouve pas la fraude mais il l’√©claire d’un jour nouveau. Tu regrettes (et moi aussi) que la recherche publique se fasse rare. Est-ce une raison pour se r√©signer √† ce que les grands groupes industriels puissent dicter leurs r√©sultats aux chercheurs (comme cela s’est d√©j√† vu √† de nombreuses reprises) ? Non bien s√Ľr. Mais nous aurons, je l’esp√®re, l’occasion de causer de tout √ßa autour d’une bonne bouteille plut√īt que par blog interpos√©.

  11. 11
    Byalpel nous dit :

    C’est excellent, j’ai l’impression d’avoir eu une “guest star” √† mon colloque :)

    Merci mille fois pour ces √©claircissements, proc. Il est √©vident que tu es plus vers√© sur le sujet de par ton implication quotidienne. Ma vision de n√©ophyte, d’externe, et probablement de beaucoup d’autres est en effet probablement na√Įve ou pleine de pr√©jug√©s. Remarque, la tienne est peut-√™tre aussi biais√©e…

    Un long d√©bat effectivement qui se d√©roulerait mieux autour d’une bouteille… Je peux m’incruster ou tu n’invitais que le Saouf ? Au passage, tu reviens quand dans notre beau pays, je croyais qu’ils t’avaient fil√© une place en finale ici… ?

    Badibuh >> Merci de ton commentaire, noy√© aujourd’hui par ce futur Nobel de proc :)

  12. 12
    Yves nous dit :

    La conclusion de premier commentaire de Proc’ est parfaite.

  13. 13
    Saoul Fifre nous dit :

    Merci Proc pour cette longue r√©ponse si bien argument√©e. Sur le dernier point, une loi obligeant les chercheurs √† signaler la source de leurs revenus serait bienvenue ! Mais les politiques, quand ils subissent les pressions des lobbies, savent bien d’o√Ļ elles viennent ? Et ils y c√®dent.

    On a qu’√† nous faire voter directement pour les groupes de pressions √©conomiques, √ßa sera moins hypocrite q:-D !

  14. 14
    Yael nous dit :

    Super interessant, la note et les coms. Bravo.

  15. 15
    proc' nous dit :

    byalpel > absolument, ma vision aussi est largement partisane. Non, bien s√Ľr la bonne bouteille, les bonnes bouteilles, ne sont pas r√©serv√©es qu’√† saoulfifre ! Je serais ravi de les partager avec toi aussi. Concernant mon retour en France, je ne peux pas quitter mon labo anglais comme √ßa. J’ai √©t√© recrut√© en France en mai, mais je ne commencerai officieusement que d√©but octobre. L’universit√© me laisse g√©n√©reusement du temps pour boucler mes travaux ici, partir en colloque et passer le relai √† mon successeur. J’ai tellement de taf (sans compter les cours √† pr√©parer pour la rentr√©e) que je ne pourrais sans doute pas prendre de vacances cet √©t√©. Ca va faire une √©ternit√© que je n’en ai pas pris… Mais la vie est belle, et nous sommes tous fr√®res !

  16. 16
    Yael nous dit :

    Byby on t’en supplie- retire-nous cette musique emmerdante qu’on puisse se concentrer un peu zut deja que c’est pas facile quand ca parle de science!

  17. 17
    Byalpel nous dit :

    Yael >> Ben c’est l’hymne national isra√©lien !!! Ils ont un peu chang√© le rythme, les paroles et la m√©lodie, mais si tu √©coutes bien, tu te l√®veras au gardavou illico. MA MUSIQUE N’EST PAS EMMERDANTE OK ? :)
    De mani√®re plus pragmatique, il suffit de cliquer sur l’article du jour pour qu’elle disparaisse hein.

    Les autres mecs >> On va se faire une bonne bouteille tous ensemble et on verra bien celui qui tient le mieux la science éthylique.

    Note de passage : je viens de parler avec mon concierge portugais. Il est pour le Portugal. Demain matin, je lui caillasse (barbarisme utilisé fréquemment par les journaleux) sa porte :)

  18. 18
    Saoul Fifre nous dit :

    Point N¬į 2 : Ha ha c’est tout vu q:^D

  19. 19
    proc' nous dit :

    pourquoi une seule ???

  20. 20
    Byalpel nous dit :

    Parce que Saoulfifre va nous battre sur la durée :)

  21. 21
    Seb nous dit :

    Voir le site d’Henry Broch:

    http://www.unice.fr/zetetique/articles/HB_memoire_eau.html

    Je me souviens d’avoir lu le bouquin quand j’√©tais ado et ca me semblait assez carr√©.

    Seb

  22. 22
    Byalpel nous dit :

    Merci de l’info Seb.
    Je mets l’article dans ma liste de liens de la semaine !