Une fois, j'ai eu 11 en maths.
Le cowboy du train
Le 20/07/2006 - 21:25

Dans le train qui me ramène à ma ville natale, un petit bourg dans l’Aveyron, magnifique ville classée au patrimoine historique français, tellement protégée qu’on ne peut y accéder qu’en calèche, j’ai posé ma tête contre la vitre en plexiglas renforcé et j’ai fermé les yeux.

Pendant que je somnolais, mon esprit fouillait dans mon cerveau à peine conscient des bribes du passé à disséquer pendant ce morne trajet estival. Ne jamais appuyer sa tête contre les vitres du train, c’est sale. Ca, c’est ma mère. Elle est morte quand j’avais treize ans d’une piqûre d’abeille qui s’est infectée. Le médecin a dit à mon père qu’elle était gravement allergique et qu’elle aurait dû être transportée à l’hôpital d’urgence. Mon père a haussé les épaules. Je n’ai jamais su si c’était par fatalisme poussé à l’extrême, ou parce qu’il était sérieusement dérangé du ciboulot. Je ne l’ai pas revu depuis neuf ans. Depuis le jour où il m’a couru derrière, armé d’un rateau.

Piiiiinnnnn-hoooonnn !

La vitre a tremblé, ma tête a cogné. Un train à grande vitesse vient de nous dépasser dans l’autre sens, le curieux effet Doppler a transformé un klaxon amical en une effrayante sirène à deux voix. Je me suis éveillé de ma torpeur.

La fille sur le siège d’à côté feuillette un magazine. Sa robe en lin est légèrement décolletée, assez pour que je puisse parfois lorgner à l’intérieur sans qu’elle s’en aperçoive.

Les souvenirs remontent encore progressivement. Mon père m’a toujours traité de bon à rien. De fainéant. D’idiot, de feignasse, de crétin, d’ignorant, d’imbécile, de moins que rien et j’en passe. Mon père a toujours dit que je n’arriverai à rien, que je ne plairai à personne, qu’aucune fille ne voudrait “d’un bon à rien chétif avec un duvet d’adolescent attardé”.

Je regarde désormais ma voisine. Sourire de courtoisie. Le sourire numéro 3, celui qui plaît tant. Elle répond à mon sourire avec un petit rire gêné et se cache furtivement les yeux.

Je ne suis peut-être qu’un attardé espèce de salop mais si on m’appelle le cowboy du train c’est qu’il y a une raison. Si je suis passé dans plusieurs émissions de télévision, c’est qu’il y a une raison. Tu m’entends espèce de salop de dégénéré, je viens assister à ton enterrement aujourd’hui parce que malgré toutes les enclumes que tu as balancées sur mon âme pendant autant d’années, tu as tenu à m’inclure dans ton testament pour me léguer l’intégralité de tes biens - tu parles ! une baraque délabrée, tes petites économies sur un livret, et deux ou trois chevaux dont la valeur marchande se résume à l’acier des fers aux sabots.

Je suis célèbre et toi tu n’es rien. C’est toi le bon à rien, l’ignare, l’inconnu, l’inexistant. Je viens à ton enterrement pour écouter le prêtre radoter ses sottises sur ta vie ô combien respectable, tes soi-disant amis de comptoir pleurer le départ de l’homme généreux qui offrait des tournées pendant les matchs de foot et du maire pour qui tu étais bien plus qu’un voisin : un ami, un frère.

S’ils savaient ! S’ils savaient que tu n’étais qu’un monstre de fer dans un costume de tweed, qu’un séducteur de voisinage, qu’un pitre aux dents longues et acérées, et à la langue pendante.

Le cowboy du train qu’ils m’appellent à la télé. Parce que je séduis les femmes et que je les pends avec mon lasso dans les toilettes, après leur avoit fait l’amour. Elles ont eu confiance en moi, comme ma charmante voisine au décolleté plongeant qui se confie maintenant, avec un sourire enjôleur. Elles ont espéré assouvir un fantasme avec un inconnu chétif, ou simplement pousser leur curiosité jusqu’au bout. Et puis, trahies, elles souffrent d’une lente agonie, privées d’air, à demi-nues, avec un regard horrifié, que les photographes des magazines à sensation mitrailleront à l’arrivée en gare.

Merci papa, d’avoir fait éclore en moi le démon qui sommeillait, d’avoir ouvert les vannes de mon inconscient, d’avoir court-circuité les neurones auxquels s’accrochent les gens normaux.

Je me lève et j’accompagne la petite Valérie, 19 ans, dans la cabine exigüe au fond du wagon. Elle est carrément bien roulée. Je sens qu’on va bien s’amuser, elle et moi.

Merci papa. Je viens à ton enterrement pour te dire que je t’aime.

24 commentaires

  1. 1
    Yves nous dit :

    Eh ben dis donc ! C’est franchement horrible. Scientifistiquement, pour qu’elles s’allongent au maximum, il faut les pendre avant de les tirer. Un peu comme les andouillettes.

  2. 2
    Epictete nous dit :

    Ce que je retiens: L’Aveyron et le prĂȘtre. Tu connais la rĂ©putation des catholiques aveyronnais?

  3. 3
    Pascal nous dit :

    tu as raison, une pendaison rien de tel…En revanche, c’est clair je ne prendrais jamais le train avec toi…

  4. 4
    Tristan nous dit :

    Enfin en tous cas, en voilĂ  un qui va tirer son coup et en plus hĂ©riter d’une petite fortune ! :-)

    TrĂšs bonne petite nouvelle, blague Ă  part. Je paie mon abonnenement pour la peine !

  5. 5
    Bakemono nous dit :

    Bravo, excellent!
    Je te paierais bien ma cotisation aussi mais j’ai peur que ça finisse dans la poche de stars :
    Par arrĂȘtĂ© judiciaire, ce blog doit verser 95 485 $ de dĂ©dommagement aux stars photographiĂ©es sans autorisation

  6. 6
    ab6 nous dit :

    Byby, c’est excellentissime.
    depuis que tu me frĂ©quentes, t’es vraiment devenu excellent.

    (hahahaha)

  7. 7
    arpenteur nous dit :

    Excellent
    Ravi de voir que je suis pas le seul Ă  tenter d’autres styles et Ă  ĂȘtre inspirĂ© par les trains… EntrĂ©e en gare prochainement (tout est prĂȘt, mais je viens de poster, et faut de faire dĂ©sirer, non?

  8. 8
    Saoul Fifre nous dit :

    TrĂšs classique cette histoire : il se redresse, il tire puis il pend q:^)
    Superbe, vraiment !

  9. 9
    sandra nous dit :

    Si tu prennais une micheline pour le retour ??? allez stp pour le fun !!
    Excellent !

  10. 10
    Byalpel nous dit :

    Yves > Tu me redonnes l’adresse de ton psy ? :)

    Epictete > Non je connais pas trop l’Aveyron, et encore moins les prĂȘtres. Eclaire ma vessie !

    Pascal > Twig m’a tout racontĂ© ! Parait que t’as voulu faire la danse de la pluie autour d’elle dans le train !!

    Tristan > Ah ben voilĂ , ça c’est classe comme j’aime :) Paie cash stp.

    Bakemono > Merci. Ben je peux ouvrir un compte en suisse si tu veux, ce sera toujours ça de pris (y’a un minimum de 100 000€, tu peux mettre 30% ?)

    Abs > Heureusement que t’as remarquĂ© le mimĂ©tisme hein. Pour une fois j’ai lĂąchĂ© la bride de l’inconscient, c’est vrai que ça aide pour Ă©crire des histoires qui “donnent”. Merci quand mĂȘme ma niĂšce.

    Arpenteur > Merci aussi. Ah mais tu sais faire les teasings toi ! J’attends, j’attends !

    Saoulfifre > Heureusement que ça se passait pas dans une dĂ©charge !! :-) Merci (de ta part, c’est comme recevoir la lĂ©gion d’honneur par Chirac. Non oublie l’exemple mais le coeur y est)

    Sandra > Ok, je vais lui raviver la chaudiÚre (mais comment ai-je pu écrire ça ???) :-) Merci aussi !

  11. 11
    matthieu nous dit :

    Super la nouvelle prĂ©sentation, avec le blog qui me dit “salut matthieu”, comme si on se connaissait depuis 15 ans !

  12. 12
    Byalpel nous dit :

    Matthieu > tu m’as bien fait marrer avec cette remarque ! :D D’ailleurs ça me donne une idĂ©e tiens…

  13. 13
    matthieu nous dit :

    La vĂ©ritĂ©, matthieu, ça me fait plaisir de te revoir ! ==> VoilĂ  ce que me dit ton blog maintenant ! On dirait la chinoise de chez free qui a un Ă©norme accent et qui, toutes les phrases, te dis “monsieur C.: je vais vous donner les tarifs monsieur C., vous entendez monsieur C.”…

  14. 14
    Badibuh nous dit :

    Non, je ne vais pas m’appliquer sur ce comm. La preuve.

  15. 15
    Badibuh nous dit :

    Ouais je suis dĂ©jĂ  venu une ou deux fois. Et vous? On s’est dĂ©jĂ  vu je crois, non? Vous ĂȘtes du coin?

  16. 16
    Badibuh nous dit :

    On est obligĂ© en fait ou pas de parler avec ton blog, ou je peux aller me faire griller un opossum pour midi? Mes hommages quand mĂȘme.

  17. 17
    ab6 nous dit :

    ahahahaha l’est con ce blog !

  18. 18
    Yael nous dit :

    Elle dechire cette note Bybyou.

  19. 19
    ab6 nous dit :

    j’viens tous les jours pour voir c’qu’il va me sortir ton blog…hahahahahha

  20. 20
    Yael nous dit :

    J’m'excuse d’etre lourde hein, mais la zic Byby, TU VAS NOUS RETIRER CETTE P. DE ZIC OUI? Enfin quoi on s’entend plus commenter sur ce blog!

    (Ben tu vois quand je m’applique :)

  21. 21
    ab6 nous dit :

    p’tin c’est vrai…TU viens de reveiller mon fils.

  22. 22
    virgin 29 nous dit :

    la verite les demons caches devraient le rester chez certains et surtout chez toi byby!!
    a part ca sympa le nouveau look cta dire c comme toi des kilos en moins ca t a rajeuni alors fallait faire suivre le blog!!!!???

  23. 23
    Bof...etc. nous dit :

    Ouais.

  24. 24
    arpenteur nous dit :

    A y est……. viens voir