La dernière fois que j’étais au casino, en train de dilapider les quelques 11 500€ de mon salaire mensuel (je sais ce n’est pas énorme mais on ne peut pas tous être vendeurs de jeans au sentier) sur la table de stud poker, je n’étais pas concentré, je n’étais pas au jeu.
Un strabisme conjoncturel : un oeil sur mes cartes, un autre sur le décolleté de ma voisine les résultats de la roulette, à quelques mètres de là. Pour les pauvres et les communistes qui me lisent et qui ne sont jamais entré dans un casino sauf pour soulager une envie pressante, je précise que la plupart des casinos possèdent un historique des dernières sorties (une quinzaine de numéros) à ce jeu de hasard.
J’ai toujours adoré les suites de chiffres. Lors de tests psychométriques, c’était la partie que je préférais. Et j’étais même capable de trouver plusieurs solutions à un même problème, élaborant des algorithmes dignes des autistes les plus atteints.
Petite parenthèse artistique : si vous n’avez pas encore vu le film “Pi”, foncez l’emprunter, le louer ou l’acheter, c’est un chef d’oeuvre artistique.
Ce qui est prévisible, ce sont les séquences qui ont un sens. 1 3 5 7 9… On devine aisément qu’il s’agit ici d’une suite décrivant le solde de mon compte en banque en Suisse. Si la prédiction de ces séquences est amusante, la prédiction de séances chaotiques (sans sens apparent) est un délice. Et c’est le jeu auquel je m’attèle à chaque fois que je suis dans un casino, en face des résultats de la roulette.
Le plus grand succès de toute ma vie fut probablement ce soir où j’ai prédit cinq ou six fois de suite le numéro gagnant. A haute voix. Devant une salle comble. Véridique. Mais ce n’est pas réellement la prédiction avérée qui a impressionné, c’est la méthode de prédiction qui a littéralement séduit l’assistance.
Exemple : étaient sortis les chiffres 2, 16 et 4, dans cet ordre. Moi, à voix haute de décréter : “c’est le 8 qui sort !” (2, 4, 8, 16 : les puissances de deux). Et le 8 sort. Yeux tournés vers moi, ébahis. Un type dans l’assistance : “ah mais le 32 aurait pu sortir !”. Et moi de répondre : “Impossible, les puissances de deux des numéros sortis dans cet ordre, successivement ajoutés puis soustraits donnent 3 (1 + 4 - 2), et deux puissance trois égal huit”.
Bon c’était un super bluff mais l’effet était là.
Depuis j’ai inventé des trucs énormes : moyenne géométrique des trois derniers chiffres en retranchant le quatrième, comptage du nombre de sièges autour de la table multiplié par le nombre de femmes, demander un chiffre à un inconnu et prendre la moyenne avec les deux dernières sorties, le tout modulo 36. Et quand ça sort, même les croupiers restent bouche bée. Et les femmes se jettent sur moi et mes jetons.
C’est quand même bien foutu le casino, ça n’a marché qu’une dizaine de fois sur un très grand nombre de coups : je ne suis jamais sorti enrichi de mes expériences. Sauf…
Sauf si, imaginez que j’ai ce fluide magique en moi que je dois travailler pour prédire, prévoir, anticiper le futur. Qui sait ? Et vous-mêmes l’avez vous ? Etes-vous porteur du gêne de la voyance ultime, de la madamesoleillite ?
Nous allons bien voir ce que vous saurez prédire aujourd’hui. Vous pouvez vous aider de n’importe quoi dans ce texte, afin d’effectuer votre démonstration (facultatif). Evidemment, il faudrait un événement vérifiable à court-terme (le premier qui prédit un tsunami sur Paris a perdu) mais assez rocambolesque (pas que votre chat malade ne va rien manger ce soir) pour vérifier vos assertions. D’autre part, l’événement peut se produire dans votre pays, histoire de contredire le proverbe “nul n’est pro-fêtes dans son pays”.
Voici donc la mienne de prophétie : “André Dussolier meurt avant le 31 décembre 2006″. Ca me ferait vraiment chier mais c’est le destin, mektoub, c’est écrit dans ce texte.
Allez, à vous.
Tiens, comme par hasard, qu’est-ce que je retrouve dans mon immatroscope du jour ?
“Byalpel, ne lance pas surtout ton bizness avec le Credit Lyonnais, c’est de la merde !”













