Avant-hier, c’était le onze septembre.
A la radio, on nous a encore gavés de commentaires les plus divers, de la femme qui pleure en parlant de son fils mort sous les décombres des tours jumelles à l’analyste glacial pour qui, “l’Amérique sait depuis lors qu’elle ne sera plus jamais en sécurité sur son propre sol”. C’est lassant, c’est lassant…
On parle d’anti-américanisme primaire chez nous les Français. Ben on n’est pas loin, et pas dans les couches inférieures de la société, “la France d’en bas”, la lie de l’éducation non non. Des gens bien éduqués, avec la chemise, la cravate et le balai où je pense qui vous assène des vérités comme “les Américains, ils sont tous …”.
Ils sont tous quoi ?
Bénis oui-oui ? Rigides ? Patriotes ? Obèses ?
Combien de bêtises j’ai pu entendre lors de conversations mondaines, dans le métro. Ou sur mon lieu de travail.
“Ah mais attends, les films américains, Hollywood et compagnie, c’est pauvre, ils nous imposent un modèle et…”. Je veux pas dénoncer mais je me demande où sont les grands films français depuis cinq ans, comparés à ceux qui sont sortis aux Etats-Unis ? La grande époque du cinéma français est derrière nous, c’est pas avec Lorent Deutsch ou Pascal Légitimus qu’on fera une ombre aux palmarès américains. Evidemment qu’ils sortent régulièrement des monuments de cadavres cinématographiques pré-emballés. Mais je troquerais pas un Ray ou un Batman begins pour tous les films français des deux dernières années… Effroyables jardins, ça date de 2002 quand même.
Et puis étendons la lutte, parce que je cause des américains, mais tous les schémas englobants me mettent hors de moi. “Ah mais les Indiens, ils sont particuliers, ils sont tous…” ou “les Africains” ou “les Juifs” ou “les Arabes” ou… Bon j’arrête on tombe dans les banalités que je dénonce.
Une fois un copain m’a dit : “c’est normal que tu sois pro-américain, toi”. Je m’étonne. “Ben oui, poursuit-il, vu leur position avec Israel”.
Coupable de pro-américanisme primaire, voyez-vous donc. “Ben non, que j’lui réponds, j’ai pas du tout aimé Los Angeles”.
Et puis tout ça, c’est de la gnognotte. Les pois chiches dans le couscous. Les français sont anti-américains primaires (tiens, moi aussi je généralise), les américains sont anti-français primaires… C’est sûr que c’est le bon terreau où fermentent de bonnes guerres, mais ça reste des préjugés “passifs”. Idiots mais pas agressifs (personne n’a été agressé en France parce qu’il est Américain. Physiquement en tout cas).
Mais prenons Christophe Alévêque, le comique, qui n’a de point commun avec l’extrême-droite que sa moustache hitlérienne et l’appartenance à un mouvement politique extrême lui aussi (”à babord toutes !”). Attention je n’ai rien contre l’extrême-gauche. “Il faut de tout pour faire un monde” chantait l’imbécile heureux dans le générique d’Arnold et Willy. Alors il faut aussi des gens très maladroits, dits d’extrême-gauche, voilà.
J’ai vu son premier spectacle au Trévise, je me suis fait pipi dessus. C’était mi-2001. Puis je l’ai revu, à moindre coût, il passait dans la ville où habitent mes parents. Soucieux de me poiler un soir de pluie et de renflouer les caisses de ma ville -communiste, j’aurais dû faire le lien à l’époque-, je fonce admirer l’artiste. Qui se la pète, cela dit, pas sympa pour deux prunes, mais là n’est pas le débat. Ca dégouline d’anti-capitalisme marxiste, ça suinte l’alter-mondialisme rebelle, mais c’est très drôle, encore.
Et puis j’ai acheté le DVD, que je me suis empressé de visionner sur mon grand écran de riche capitaliste mais qui emmerde tout le monde, je l’ai payé à la sueur de mon front. Et là, il me calme. Au bout de vingt minutes de spectacle, ce malotru prétend se moquer des Etats-Unis en rappelant le 11 septembre 2001. D’un goût douteux certes (on entend les murmures dans la salle) mais il a le droit, c’est vrai. Mais c’est bien plus visqueux quand il en rit, d’un air de dire : bien fait pour votre gueule, ça me fait trop marrer que ça vous arrive à vous (si vous ne me croyez pas, faites-vous prêter le DVD ou téléchargez-le, je paierai votre amende et je prierai pour votre salut en prison).
Bien sûr, il est bête, il ne sait pas. La dépersonnification des victimes, forcément, ça permet de prendre un recul morbide. Mais quand même. Quand même.
Et pour finir sur du poncif 100% d’origine, je dirais que tous les peuples, civilisations, races, nations ont des qualités et des défauts (sauf les juifs évidemment. Va falloir vous rentrer dans le crâne un jour qu’on est le peuple élu, bordel).
Remarque, je dis ça, les Italiens c’est tous des grandes gueules qui font qu’à nous provoquer pour qu’on leur mette des coups de boule dans le thorax…