(cet article est long, prenez votre temps).
“Rien de nouveau sous le soleil” écrivait James Dean le roi Salomon. C’est tellement vrai, et tellement pas vrai. C’est tellement vrai dans les grandes lignes de conduite de l’humanité, et tellement faux au quotidien.
Par exemple, prenez les manuels scolaires de cette année. A la page 34, “La drague”, vous lisez ceci :
La drague est un réflexe conditionné par les reliques de notre cerveau reptilien. Elle consiste, principalement chez les garçons, à séduire une personne du sexe opposé à l’aide de mécanismes de séduction plus ou moins subtils, dans l’optique d’un rapprochement charnel des âmes.
On dénote principalement trois niveaux de drague :
Le premier bla bla bla..
Comme moi, vous tiquez.
Evidemment, cette section n’a pas été mise à jour depuis 1921 ! Bravo le rectorat ! Bravo de Robien ! Ah ça, pour proposer des approches entarto-syllabiques ou des méthodes globules, ça oui, on fanfaronne ! Mais pour traiter des vrais sujets d’actualité, il n’y a plus personne !
Apportons d’abord les corrections nécessaires, remises au goût du jour et en l’état actuel des connaissances scientifiques, pour que nos charmantes têtes aryennes blondes puissent apprendre quelque chose, en dehors de l’école (hé oui bande de petits morveux, il n’y a pas que la StarAc et Hélène et les garçons !).
- La drague n’est pas un réflexe, mais un choix délibéré. Comme la relation femme-chocolat ou geek-ordinateur. Comme dit mon psy, “c’est dans la tête tout ça, mon gros”
- D’après des études super-sérieuses-sans-déconner, la drague toucherait 56,7% des garçons et 49,6% des filles (sont inclues les transsexuels et autres bizarreries)
- La drague ne s’applique pas qu’aux personnes du sexe opposé (homophobes !). Ni d’ailleurs qu’aux personnes (flicophobes ! crustaçophobes ! ordinatorophobes !)
- Enfin, l’expression “dans l’optique d’un rapprochement charnel des âmes” est surannée. On dit désormais “afin de lui mettre la fièvre et/ou de la démonter“. D’aucuns emploient également “lui mettre une tannée au Scrabble” mais ce sont des marginaux et des excités.
Quant aux trois niveaux de drague sus-mentionnés, on sait depuis les travaux de Bachir Bouzouk que l’on dénombre quatre niveaux de drague. Et ce sera sûrement une découverte pour vous, ami(e) lecteur(e), certainement passionné(e) par ce sujet mais assujetti(e) comme moi à un être aimé regardant sur la sacro-sainte fidélité conjugale. Sauf que moi, je vous raconte ça pour la science, alors que vous, vous êtes des obsédés. Si si.
Note : je me place du côté “homme” de la drague, par pure empirisme. C’est sensiblement similaire pour les femmes, sauf pendant une semaine tous les mois durant laquelle la femme abrite un monstre. Un monstre ligoté dont on aurait piétiné la figure avec des talons aiguilles et emmêlé les parties génitales dans du velcro.
Niveau 0 : côté obscur
On est pas à l’amibe mais juste au-dessus : du “hé mademoiselle t’as pas l’heure steuplaît ?” à “woauw, y’a un numéro d’téléphone qui va avec cette mini-jupe ?” en transitant par les sifflets primaires, la bousculade impromptue, l’auto-léchage de lèvres et j’en passe.
Je considère qu’il est inutile de détailler ci-après ce niveau, qui refoule de vulgarité qui pue du ionf et que les lecteurs assidus et cotisants de ce blog ne sauraient guère souffrir davantage.
Niveau 1 : padawan
C’est l’approche classique, qui peut fonctionner avec les femmes les plus faibles (manque de confiance en soi, besoin d’argent vital, toiles d’araignée). Parmi les motifs les plus récurrents, on peut citer :
- Le mimétisme dandinant en boîte de nuit
- Les points communs existentiels ou rares (”Quoi ? Toi aussi tu collectionnes les autographes d’Alain Juppé ?“)
- L’usure (la meilleure arme du padawan)
- MSN, le SMS, le mail et autres techniques virtuelles. Attention à la chute lors de la première rencontre.
- Le blocage dans la cage d’ascenseur, incitant à des conversations plus passionnantes que “au cinquième s’il vous plaît”
- La jalousie ou “suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis”. Ne crée pas de relations stables mais suffisant s’il s’agit simplement de rapprocher charnellement les âmes…
Cette approche, quoique souvent payante sur un grand nombre de cibles, est déconseillée aux amoureux fertiles, aux dangereux psychopathes et aux créatifs en herbe. Ceux-là sont rapidement érigés en maître jedi de la drague, au niveau suivant.
Niveau 2 : jedi
Ils sont passés experts dans l’art de la séduction, ridiculisant en quelques sourires Casanova, Don Juan, Brad Pitt, Georges Clooney et le frère d’un copain à moi. Nécessite la subtilité et l’aguerrissement de démineurs nucléaires. Ne se pratique que sur des femmes d’élite (ou des femmes de la société de mannequins éponyme).
Parmi les approches les plus probantes, on peut citer :
- La méthode Solal ((c) Albert Cohen) : la femme cherche le plus fort gorille et boudiou, elle l’a trouvé en vous (le dragueur). Par expérience cuisante au niveau des zygomatiques habituellement détendus, ne fonctionne que si vous vous prénommez Solal (ou alors j’ai rien compris)
- La méthode Guitry : “les femmes belles aiment qu’on leur parle de leur intelligence, les femmes intelligentes aiment qu’on leur parle de leur beauté”. Fonctionne si l’excitation est piquée (”miroir, miroir, suis-je plus belle ou plus intelligente ?”)
- La jalousie inter-raciale : mettre les filles en concurrence. Ca marche à tous les coups, satisfait ou remboursé. Attention, les filles doivent pouvoir se comparer ! Un déséquilibre trop important entre les deux protagonistes ruinerait tous vos efforts
- Le faux naïf/maladroit : combiné aux attaques précédentes, permet de gagner quelques batailles. Le naïf s’étonne ouvertement de son succès auprès des femmes ou de ses bons mots. Attention ! L’excès de naïveté peut nuire.
- La métaphore double-alambiquée : glisser des allusions dont le sens est tellement équivoque mais subtil aux oreilles de la femelle convoitée qu’elle se pose des questions toute la nuit sur vos intentions. “Mais qu’est-ce qu’il a bien pu vouloir dire par ‘ça va toi ?’”
Eviter, par exemple, “Dis donc, la langue c’est un muscle ou un os ? Un muscle ? On fait un bras de fer ?“. Balourd, vulgaire, tunisien.
Préférer plutôt : “Tu as vu les statistiques des infarctus en France ? C’est fou comme on ne prend pas assez soin de notre coeur de nos jours… Tu fais comment toi ?”
Si elle répond “ben je fais du jogging“, basez, c’est une intello.
Niveau 3 : byalpel
Niveau ésotérique s’il en est. Nécessite d’être très beau, très drôle et très riche. Carrément intelligent. Une bague au doigt (”un aimant à gonzesses”). Etre profondément amoureux de sa femme pour la draguer encore chaque jour, sous un jour nouveau. Et je vous parle pas des chevaux qu’il y a sous le capot.
Non, rien de nouveau sous le soleil. Les hommes seront toujours prétentieux, et l’auteur de ce site probablement le pire d’entre tous.