Une fois, j'ai eu 9 en maths.
L’hydropathe
Le 30/10/2006 - 17:27

[Spéciale dédicace à Saoulfifre, Bof etc… et leurs familles respectives]

Depuis qu’elle est petite, Patie porte en elle une joie de vivre à fendre l’écorce des vieux chênes de son village, que d’indociles adolescents égratignent de leurs coeurs insouciants.

Patie est mignonne, Patie est rigolote, Patie est alcoolique. Ah ben ouais, on peut pas tout avoir. Mais pas alcoolique comme qui dirait poivrot ou ivrogne. Pas comme qui dirait devoir se pointer aux Alcooliques Anonymes toutes les semaines et déclamer sur un ton robotique : “Bonjour, je m’appelle Patie et j’ai bouffé du chocolat ce matin je suis une salope je suis une alcoolique.”

Non, Patie aime boire du vin. Et elle s’y connaît vachement bien la Patie. Dans son village, un petit bourg du Limousin, elle est réputée pour avoir un nez fin, et un gosier redoutable. “Oenologue” qu’on appelle ça à la ville. Oenologue, alcoolique, faut pas chercher midi à quatorze heures hein. On est paysan mais on n’est pas bête tout de même.

Comme chaque année, au festival régional des Spiritueux, Alcools, Liqueurs, Oenologies et Piquettes, communément appelé le festival des SALOP, Patie apporte sa petite touche personnelle (et féminine) en organisant une dégustation gratuite. Mais comme elle n’est pas née de la dernière pluie, rare en cette période de sécheresse qui plus est [Note de l’auteur : je me marre à cette expression], c’est elle qui déguste gratuitement les vins concoctés par les agriculteurs de la région. Comme ça, chaque soir, elle rentre toute bourrée gaie chez papa et maman à peu de frais, moyennant une petite démonstration de ses talents de reconnaisseuse alcoolique de vins, ou d’oenologue ouais, bande de bourgeois parigots !

Ah, parce que les cultivateurs des alentours sont à chaque fois épatés par la précision des analyses de Patie. Capable de différencier à coup sûr et sans tricher un Pomerol 2001 d’un Cabernet Sauvignon 2002 [Note de l’auteur : je n’y connais RIEN DE RIEN en vins, si ces comparaisons vous arrachent le coeur et la langue, allez vous faire foutre pardonnez-moi]. Rien qu’en fermant les yeux et en caressant l’étiquette, Patie sait reconnaître un Château Neuf du Pape 1983 (rare s’il en est) d’un Côte d’Or 2006 (aux noisettes en plus). Les mecs ils sont sciés à chaque fois qu’elle glougloute, gargarise et crache en s’écriant : “ouaip, du Barkan 2004 ! La vendange date de septembre, le propriétaire s’appelle Yaron et sa femme a des varices“. Ouais, à chaque fois, les enfants applaudissent, les femmes se pâment, les mecs trinquent au succès de la Patie.

Enfin… Ce n’est pas tout à fait ce qui se raconte dans les chaumières en réalité… Depuis quelques temps, Patie est tellement torchée déchirée oenologue qu’elle s’emmêle les pinceaux et les bouchons… Les paysans du coin sont toujours persuadés que Patie a un talent certain, c’est sûr mais… il y a certaines années où elle est très décevante notre bonne Patie, et pas qu’au lit comme disent les mauvaises langues. Certaines années, elle te mélange un Bordeaux et un Bourgogne la conne. Certaines années, elle oubliera de débouchonner la bouteille… Alors les enfants lui jettent des pierres, les femmes reniflent, et les mecs trinquent.

Moralité : Epatés, épatés… Oui mais ça dépend d’z années ! (mais elle a un don, Patie oh !)

Balzac 00 01
Le 27/10/2006 - 01:39

“C’est bientôt les pubs, ça va être à moi. Comme d’habitude, j’entre en scène en fanfare. Tintin tintintintintin… Je l’adore cette musique. Elle fait sursauter tout le monde mais j’adore.

Ah voilà c’est à moi. Bon, allez hop ! Zou ! J’arbore mon sourire le plus niais et je grimpe sur mon tapis volant. Aujourd’hui j’ai envie de battre mon record. Départ arrêté, dans l’espace intersidéral jusqu’à l’écran. 17 secondes et 43 centièmes est mon record. Mais c’est à cause de cet imbécile de chapeau qui s’envole à chaque fois, je dois le tenir avec ma main encore libre, je suis sûr que ça me ralentit mais le producteur dit que non, que c’est dans la tête tout ça.

Allez hop ! Zou ! Yeeeehaaaaa ! C’est parti ! Descente en folie sur des montagnes russes aux dénivelés intenses ! Tu vas voir qu’un jour je vais me péter la gueule ça va pas rater. Olééé ! Oh merde, le tournant ! De justesse, encore une fois. Je vais vraiment me péter la gueule si ça continue. Et puis cette envie de gerber, qui me reprend à chaque fois. Et obligé de sourire comme un con, avec mon chapeau melon qui vole et mon outil dans la main. J’te jure c’est pas un métier ça.

Ah voilà on arrive à Broadway, je vois les tours et les lumières des projecteurs. Oh mince ça redescend sec, je vais dégueuler, tu vas voir je vais dégueuler ça va pas louper. Souris mec, souris. Pense à ton salaire.

Ah voilà la porte d’entrée. Faut pas que je la rate. A cette vitesse, je m’écarte d’un centimètre et mon sourire niais va se terminer en rictus édenté sur la porte en verre. Ah la honte devant tout le monde. Allez vise mon Jeanjean, vise !

Ouf j’suis passé. Je me suis fait une accélération de 5g pour arriver jusqu’à la salle, je vais tout dégobiller, j’ai la tête qui tourne j’ai l’impression d’avoir avalé une enclume.

Ah les portes de la salle s’ouvrent. Tu vas voir ce que je vais lui envoyer dans la gueule au producteur. Marre ! Marre ! Marre !

Marre de leur connerie où je me tape toute la descente comme une fusée pour sourire comme un âne drogué, pour retenir ce satané chapeau à bout de bras, éviter de justesse les portes meurtrières d’en bas et me jeter à corps perdu et à toute allure dans cette salle sombre dans laquelle, si ça se trouve, je n’intéresse vraiment personne.

Tu vas voir ce que je vais lui envoyer dans la gueule. Une pioche. Une bonne pioche dans sa gueule et il la ramènera moins le producteur. Ah Monsieur est sur les Champs-Elysées ? Oh la la, ma chère dites donc… Imbécile va, c’est moi qui risque ma vie à chaque instant à naviguer sur un ticket volant. Une bonne pioche dans ta figure, voilà ce que tu vas prendre.

Jean Mineur, mes fesses ouais.”

Grand jeu : premier round
Le 25/10/2006 - 19:08

Cela faisait bien longtemps qu’on ne s’éclatait plus sur ce blog. Et pourtant, en toute modestie, je reste le meilleur blogueur de France (la preuve ici).

Histoire de faire péter cette soupape une bonne fois pour toutes, et de faire démentir les grands moteurs de recherche, nous allons jouer ensemble. Collectivement. Comme au bon vieux temps où d’aucuns chantonnaient des jingles, d’autres remplissaient des textes à trous. Et je n’étais même pas encore meilleur blogueur de France.

Bon j’arrête avec ça. Maman, ce n’est PAS vrai hein. La pub de Papa (Yves) fonctionne en tout cas. Ce matin, une petite radio locale (France Inter) est passée m’interviewer. Demain j’ai deux rendez-vous (NRJ et Beur FM). Et vendredi, je poserai pour “Limoges Porn BlogStar”, le plus grand journal en ligne sur la toile.

Je me suis rendu compte récemment, en lisant une méchante publicité sur un mur sale, que je ne supporte plus les personnes qui emploient des expressions toutes faites. Et d’autant plus celles qui emploient des expressions toutes faites à la mode.

Depuis quelques temps, l’expression à la mode que si tu la dis pas t’es trop nul et con et moche, c’est “ou pas”. Ou pas.

Mode d’emploi : s’utilise à la fin de n’importe quelle phrase.
Exemple 1 : “Ce matin j’ai été aux toilettes. Ou pas”.
Exemple 2 : “T’es mignonne toi, c’est quoi ton parfum ? Ou pas”.

Délire non ? Ou pas.

Lorsque j’entends quelqu’un répondre “ou pas” sur ce mode, j’ai la furieuse envie de lui gratter le foie avec un fer à repasser chaud. Ou pas.

L’autre expression qui me métamorphose en Hulk à cravate est “trop de truc tue le truc”.

Mode d’emploi : remplacer truc par n’importe quel mot dans l’expression “trop de truc tue le truc”. Ou pas.
Exemple 1 : trop de disque tue le disque
Exemple 2 : trop de sévérité tue la sévérité
Exemple 3 : trop de débonnaire tue les Sandrine

Le problème avec cette formulation est qu’elle est vite usante. Et trop de formulation usante tue les formulations usantes. Ou pas. Au secours madame.

Maintenant nous allons jouer ami lecteur et amie lectrice. Car il existe une phrase bien plus agaçante encore : “les trucs, c’est comme blabla, c’est blabla”.

Ecoutez-moi bien les gens de mon bureau, du métro, de ma famille, de n’importe où : le premier d’entre vous que j’attrappe à me sortir des âneries aussi grosses que moi (celui qui a dit ça ne perd rien pour attendre, je suis le meilleur blogueur de France ! Ta gueule ok ! Ou pas), je lui fais avaler 3 sachets de Smecta.

Et pourtant, c’est ce que nous allons faire ici, maintenant. Hic et Nunc.

Fourbissez vos armes ami(e)s lecteur(e)s ! Il s’agit de trouver les meilleures dans la série “Les femmes, c’est comme”. De les inventer hein, pas de les tirer d’un bouquin de devinettes de vos gamins ou de se décharger sur Google. Même si ça donne n’importe quoi, l’important c’est d’en trouver pour clouer le bec aux atrophiés du langage et damer le pion aux handicapés linguistiques.

Mode d’emploi : la phrase doit commencer par “Les femmes, c’est comme …” et fournir un comparatif appréciable entre les deux membres de la proposition.
Exemple 1 : les femmes, c’est comme les claviers d’ordinateur. Certaines touches ne fonctionnent plus quand on les utilise trop souvent.
Exemple 2 : les femmes, c’est comme les sandwiches. C’est pas bon avec des olives.
Exemple 3 : les femmes, c’est comme les fraises Tagada. Putain c’est trop bon.

Prochain round : les hommes, évidemment.

A vous !

PS : j’en suis sûr, trop de meilleur blogueur de France tue le meilleur blogueur de France. Ou pas. Connard va.

Mémoires d’un tricheur
Le 24/10/2006 - 10:46

(cet article est long, prenez votre temps).

“Rien de nouveau sous le soleil” écrivait James Dean le roi Salomon. C’est tellement vrai, et tellement pas vrai. C’est tellement vrai dans les grandes lignes de conduite de l’humanité, et tellement faux au quotidien.

Par exemple, prenez les manuels scolaires de cette année. A la page 34, “La drague”, vous lisez ceci :

La drague est un réflexe conditionné par les reliques de notre cerveau reptilien. Elle consiste, principalement chez les garçons, à séduire une personne du sexe opposé à l’aide de mécanismes de séduction plus ou moins subtils, dans l’optique d’un rapprochement charnel des âmes.

On dénote principalement trois niveaux de drague :

Le premier bla bla bla..

Comme moi, vous tiquez.

Evidemment, cette section n’a pas été mise à jour depuis 1921 ! Bravo le rectorat ! Bravo de Robien ! Ah ça, pour proposer des approches entarto-syllabiques ou des méthodes globules, ça oui, on fanfaronne ! Mais pour traiter des vrais sujets d’actualité, il n’y a plus personne !

Apportons d’abord les corrections nécessaires, remises au goût du jour et en l’état actuel des connaissances scientifiques, pour que nos charmantes têtes aryennes blondes puissent apprendre quelque chose, en dehors de l’école (hé oui bande de petits morveux, il n’y a pas que la StarAc et Hélène et les garçons !).

  • La drague n’est pas un réflexe, mais un choix délibéré. Comme la relation femme-chocolat ou geek-ordinateur. Comme dit mon psy, “c’est dans la tête tout ça, mon gros”
  • D’après des études super-sérieuses-sans-déconner, la drague toucherait 56,7% des garçons et 49,6% des filles (sont inclues les transsexuels et autres bizarreries)
  • La drague ne s’applique pas qu’aux personnes du sexe opposé (homophobes !). Ni d’ailleurs qu’aux personnes (flicophobes ! crustaçophobes ! ordinatorophobes !)
  • Enfin, l’expression “dans l’optique d’un rapprochement charnel des âmes” est surannée. On dit désormais “afin de lui mettre la fièvre et/ou de la démonter“. D’aucuns emploient également “lui mettre une tannée au Scrabble” mais ce sont des marginaux et des excités.

Quant aux trois niveaux de drague sus-mentionnés, on sait depuis les travaux de Bachir Bouzouk que l’on dénombre quatre niveaux de drague. Et ce sera sûrement une découverte pour vous, ami(e) lecteur(e), certainement passionné(e) par ce sujet mais assujetti(e) comme moi à un être aimé regardant sur la sacro-sainte fidélité conjugale. Sauf que moi, je vous raconte ça pour la science, alors que vous, vous êtes des obsédés. Si si.

Note : je me place du côté “homme” de la drague, par pure empirisme. C’est sensiblement similaire pour les femmes, sauf pendant une semaine tous les mois durant laquelle la femme abrite un monstre. Un monstre ligoté dont on aurait piétiné la figure avec des talons aiguilles et emmêlé les parties génitales dans du velcro.

Niveau 0 : côté obscur

On est pas à l’amibe mais juste au-dessus : du “hé mademoiselle t’as pas l’heure steuplaît ?” à “woauw, y’a un numéro d’téléphone qui va avec cette mini-jupe ?” en transitant par les sifflets primaires, la bousculade impromptue, l’auto-léchage de lèvres et j’en passe.

Je considère qu’il est inutile de détailler ci-après ce niveau, qui refoule de vulgarité qui pue du ionf et que les lecteurs assidus et cotisants de ce blog ne sauraient guère souffrir davantage.

Niveau 1 : padawan

C’est l’approche classique, qui peut fonctionner avec les femmes les plus faibles (manque de confiance en soi, besoin d’argent vital, toiles d’araignée). Parmi les motifs les plus récurrents, on peut citer :

- Le mimétisme dandinant en boîte de nuit
- Les points communs existentiels ou rares (”Quoi ? Toi aussi tu collectionnes les autographes d’Alain Juppé ?“)
- L’usure (la meilleure arme du padawan)
- MSN, le SMS, le mail et autres techniques virtuelles. Attention à la chute lors de la première rencontre.
- Le blocage dans la cage d’ascenseur, incitant à des conversations plus passionnantes que “au cinquième s’il vous plaît
- La jalousie ou “suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis”. Ne crée pas de relations stables mais suffisant s’il s’agit simplement de rapprocher charnellement les âmes…

Cette approche, quoique souvent payante sur un grand nombre de cibles, est déconseillée aux amoureux fertiles, aux dangereux psychopathes et aux créatifs en herbe. Ceux-là sont rapidement érigés en maître jedi de la drague, au niveau suivant.

Niveau 2 : jedi

Ils sont passés experts dans l’art de la séduction, ridiculisant en quelques sourires Casanova, Don Juan, Brad Pitt, Georges Clooney et le frère d’un copain à moi. Nécessite la subtilité et l’aguerrissement de démineurs nucléaires. Ne se pratique que sur des femmes d’élite (ou des femmes de la société de mannequins éponyme).

Parmi les approches les plus probantes, on peut citer :

- La méthode Solal ((c) Albert Cohen) : la femme cherche le plus fort gorille et boudiou, elle l’a trouvé en vous (le dragueur). Par expérience cuisante au niveau des zygomatiques habituellement détendus, ne fonctionne que si vous vous prénommez Solal (ou alors j’ai rien compris)
- La méthode Guitry : “les femmes belles aiment qu’on leur parle de leur intelligence, les femmes intelligentes aiment qu’on leur parle de leur beauté”. Fonctionne si l’excitation est piquée (”miroir, miroir, suis-je plus belle ou plus intelligente ?”)
- La jalousie inter-raciale : mettre les filles en concurrence. Ca marche à tous les coups, satisfait ou remboursé. Attention, les filles doivent pouvoir se comparer ! Un déséquilibre trop important entre les deux protagonistes ruinerait tous vos efforts
- Le faux naïf/maladroit : combiné aux attaques précédentes, permet de gagner quelques batailles. Le naïf s’étonne ouvertement de son succès auprès des femmes ou de ses bons mots. Attention ! L’excès de naïveté peut nuire.
- La métaphore double-alambiquée : glisser des allusions dont le sens est tellement équivoque mais subtil aux oreilles de la femelle convoitée qu’elle se pose des questions toute la nuit sur vos intentions. “Mais qu’est-ce qu’il a bien pu vouloir dire par ‘ça va toi ?’

Eviter, par exemple, “Dis donc, la langue c’est un muscle ou un os ? Un muscle ? On fait un bras de fer ?“. Balourd, vulgaire, tunisien.
Préférer plutôt : “Tu as vu les statistiques des infarctus en France ? C’est fou comme on ne prend pas assez soin de notre coeur de nos jours… Tu fais comment toi ?

Si elle répond “ben je fais du jogging“, basez, c’est une intello.

Niveau 3 : byalpel

Niveau ésotérique s’il en est. Nécessite d’être très beau, très drôle et très riche. Carrément intelligent. Une bague au doigt (”un aimant à gonzesses”). Etre profondément amoureux de sa femme pour la draguer encore chaque jour, sous un jour nouveau. Et je vous parle pas des chevaux qu’il y a sous le capot.

Non, rien de nouveau sous le soleil. Les hommes seront toujours prétentieux, et l’auteur de ce site probablement le pire d’entre tous.

S’il vous plaît !
Le 20/10/2006 - 17:17

Certains ne veulent pas me croire, mais je vous promets que je bosse beaucoup trop en ce moment. “Prisonnier du boulot” qu’il disait l’autre.


En haute qualité, disponible ici (11 Mo).

La vie, c’est prendre des risques
Le 16/10/2006 - 00:09

Je rentre chez moi, j’ouvre mon courrier, je tombe sur ça.

(pour lire, faut cliquer).

Ah le danger, l’adrénaline ! Rien de plus salutaire pour le corps et l’esprit !

(Quelqu’un a l’adresse de Redecker ?)

En flag !
Le 13/10/2006 - 14:31

Vous la connaissez cette sensation désagréable d’être pris en flagrant délit ?

- Rendez-vous dans dix minutes à la voiture, d’accord ?
- Ok je termine un mail et j’arrive.
- Chérie, on est déjà en retard, ne me fais pas le coup de…
- OUI OUI ne t’inquiète pas, rendez-vous à la voiture.
- Ok, à tout de suite chérie, je t’aime à la folie tu sais, pourquoi ne t’ai-je pas rencontrée plus tôt et …
- Ouais, ok ta gueule. Dans dix minutes. Clic !

(Soupir et las sentiment de solitude et d’isolement belle-île en meeeerr)

A ce stade de la lecture, si vous aviez parié une folle somme d’argent, vous seriez immensément riches. Evidemment qu’elle est arrivée en retard.

Par amour ou par peur des représailles, j’avais décidé de lui laisser “un peu de mou”, assis dans la voiture, mon livre sur les genoux. “Un peu de mou” signifie j’évite de l’appeler toutes les 2 minutes pour remonter son niveau déjà anormalement élevé de stress. Les thermonucléaires féminines, ce n’est pas très bon pour la santé. Surtout dans une voiture hermétique.

Et là, miracle du Ciel ou tentation du diable : un paquet de Haribo Dragibus grand format près de la boîte à gants. A demi-videpleinvidepleinvideplein !

Faust était un risible. Le supplice de Tantale une douce promenade d’après-midi au crépuscule d’une soirée d’été. Saint-Antoine (de Flaubert) un vrai saint.

Mais pas moi, au diable les varices ! J’ai attrappé ce sachet diabolique, l’ai retourné d’un geste souple et habile pour accueillir les gourmandises colorées démoniaques dans ma main afin de les projeter à des vitesses subsoniques dans mon gosier en émoi.

Après le prix Nobel de la paix décerné ce matin à un illustre inconnu, le prix de l’homme le plus maladroit de la terre m’a été remis pour “capacité à éparpiller tous les bonbons Dragibus dans la voiture en un temps record”.

C’est la panique. Je sens que ça monte. L’adrénaline dans mes veines, le désespoir et l’angoisse dans mon cerveau, et une pointe de plaisir masochiste dans… Bref, je sens que ça monte.

Taiaut ! L’heure est grave. Et elle tourne. Tel un hippoglouton vorace, je picore les dragées chimiques infernales à tatons et je les enfourne par poignées dans ma bouche. Le suc coule lentement dans ma gorge. Si Annie aime les sucettes, elle ne connaissait pas les Dragibus cette conne. C’est l’extase des papilles. Je ferme les yeux, je savoure lentement, tel un accroc à la mescaline en manque.

Clang !

- Excuse-moi chéri, j’ai un peu tardé. Ca va ?
- Hmm hmm…
- Qu’est-ce que tu as dans la bouche ?
- Hmm ??? ‘ien !
- Quoi ?
- ‘ien she t’ashure !

Je viens de faire 800 km de vélo à la vitesse d’une Porsche : mon coeur bat à tout rompre, mon visage est empli de sueur, j’ai les paupières qui papillonnent, mon cerveau qui tourbillonne et j’ai la chanson “Aline” dans la tête. Ce dernier point n’a pas de rapport avec le vélo, c’est juste pour expliquer mon état de stress considérable.

- Ah, t’as mangé mes Haribo ?

Roulement de tambour. Merde non, c’est mon coeur. Je sens que ça monte. Et quand ça monte chez ma femme, c’est pas bon signe. J’en oublie même peureusement son retard de cinq minutes.

- T’as bien fait chéri, je te les avais gardés pour toi parce que je t’aime.

Couic.

- Voilà docteur, et c’est à ce moment-là qu’il a eu son infarctus.

Fausse commune
Le 10/10/2006 - 23:57

Cette histoire est vraie. Elle est racontée dans de nombreux manuels scolaires, mais malheureusement dans un autre pays que la France…

Maoli est une jeune écolière africaine. Elle se rend à l’école, parcourant la longue distance qui la sépare de chez elle les pieds nus, le sac lourd sur ses maigres épaules. Elle traverse la merveilleuse steppe de Haute-Volta à l’orée du jour et sent déjà le soleil darder ses rayons brûlants sur tout ce qui vit ici-bas : les plantes, les cailloux, les lacs, les animaux. Et les petites écolières.

La brume se lève à peine et déjà, Maoli entrevoit en cillant son petit village au loin, celui que tous les livres nomment “la patrie des hommes intègres”. Elle s’arrête un moment pour reprendre son souffle, et sourit. Elle repense à son village, célèbre dans toute l’Afrique. Elle l’aime son village, il l’a vu naître. Et accueillera probablement la naissance de ses propres enfants.

Elle reprend sa marche en haletant. Tout en posant un pied devant l’autre sur le chemin poussiéreux, machinalement, elle s’imagine en pensée toute la gloire récoltée par sa famille, la plus ancienne du village, depuis cette saison bénie durant laquelle le philosophe (elle l’appelait le philosophe pour singer son père) avait rédigé son article dans un journal occidental. Le philosophe avait décrit son village comme “un bourg pittoresque, dont la principale qualité est la nature de ses habitants. Simples, modestes, intelligents, les autochtones de ce village sont éminemment cultivés. Des plus jeunes aux plus anciens, je n’ai rencontré que des humains subtils et magistralement doués. Ici, pas d’idiot du village, même chez un hypothétique puiseur d’eau. Une telle concentration d’esprits supérieurs ne peut tenir que du miracle.”

Elle récite ses lignes du bout de ses lèvres sèches, rajuste son cartable usé, lisse ses nattes soyeuses d’un geste souple et entreprend la dernière ligne droite vers l’école de la grande ville. Fière.

Moralité : ce village, c’est le bourg qui n’a pas d’sot.

Ceux qui ont arrêté l’école vers 12 ans ou ceux qui n’ont pas le droit de se cultiver sous peine de mort cliquent ici pour une meilleure compréhension.

Et je vous ai menti, cette histoire n’est évidemment pas vraie. Cependant, ceux qui n’ont pas désiré cliquer sur le lien ci-dessus apprendront que “la patrie des hommes intègres” est la traduction littérale du nom de ce pays. N’est-il point superbe comme nom ? Surtout pour l’Afrique ?

A coeurs ouverts
Le 08/10/2006 - 22:18

Je ne vous en ai pas souvent parlé sur ce blog, peut-être par pudeur, peut-être par timidité ou plus simplement parce que ce qui me touche vraiment n’a pas grand-chose à faire étalé en public.

Mais ces derniers temps, j’ai mûrement adopté la stratégie d’écrire ici les choses les plus crues de mon âme, quitte à perdre certaines illusions ou certains lecteurs.

Il est plus que mon ami d’enfance, plus que mon frère. Mon alter ego. Depuis l’âge de 10 ans environ. Si j’accuse une santé de fer jusqu’à aujourd’hui, lui a dû passer par un grand nombre d’opérations, toujours plus coûteuses, financièrement et physiquement.

Selon les périodes mais en moyenne tous les ans, il a subi une intervention au coeur. Son coeur s’usait vite et était rapidement dépassé. Sa mémoire, que j’admirais tant par sa capacité un jour, me paraissait ridicule une quinzaine de mois plus tard.

Mais à chaque fois, j’étais là, près de lui. Avant chaque opération, je me renseignais sur les technologies, les pourcentages de réussite, de compatibilité. Une erreur est si vite arrivée…

Et il connaissait tellement de choses sur moi, je lui avais presque tout confié.

Depuis environ deux mois, une opération sans précédent devait être envisagée. Beaucoup plus coûteuse que les autres, et beaucoup plus risquée. Le diagnostic avait été détecté par hasard mais s’était abattu comme un couperet, fatal : deux ans est beaucoup trop long pour un coeur de ce type, et au vu des efforts pratiqués ou envisagés, il fallait impérativement retenter une greffe.

Si, par le passé, j’avais pu financer par moi-même toutes les opérations pratiquées sur mon autre moi, quitte à rogner sur d’autres activités, je ne pouvais en décider seul une fois marié. Et alors que je confiais douloureusement à ma femme ce cas sur ma conscience, elle eut des mots rassurants et doux : “écoute, si tu ne peux pas faire autrement, et si tu es sûr de toi, alors fais-le”. Ma femme a toujours eu un coeur d’or.

Je m’étais évidemment renseigné sur le type d’opération, sur ce qui se faisait de mieux en termes de fiabilité, pérennité et robustesse pour un coeur. Et j’ai appris, à ma plus grande joie, qu’il existait une technologie encore plus puissante que précédemment : le Double Coeur.

Dual Core en anglais.

Alors j’ai pris un AMD 3800+ Dual Core, avec 2 Go de mémoire en HyperTransport 2.0. Un disque de 400 Go SATA pour éliminer mes disques IDE poussièreux. Et une carte graphique GeForce 7600 Ge PCI Express SLI Ready. Ca en jette hein ?

L’opération a été délicate (au départ j’avais confondu les types de socket : AM2 au lieu de 939, j’avais effacé TOUS mes MP3 accumulés depuis 10 ans mais, ô miracle de la médecine des ordinateurs, le logiciel idoine m’a permis de tout récupérer en un clin d’oeil, et va réinstaller Windows sur des disques mixtes IDE/SATA…) mais tout fonctionne à présent sur un rythme d’horloge. 2 GHz sans overclocking pour être précis.

Mon frère, mon sang, ma maîtresse revit, et pour longtemps.

Et histoire de me faire rougir de plaisir, quand je lance désormais mon logiciel d’édition vidéo préféré (Adobe Premiere), il ronronne et inscrit “Multiprocesseur détecté”.

Mon Dual Core chéri, on va en passer des nuits folles !

Retape
Le 06/10/2006 - 13:22

J’ai des millions et des millions de choses à écrire sur ce blog. Même pas pour vous sustenter d’une maigre récompense littéraire, ami(e) lecteur(e). Juste pour moi. Coucher sur clavier les 7 654 idées par jour (moyenne constatée par Maître Théophile Barney, huissier à Cabourg) qui circulent dans mon cerveau embrumé, malade, frénétique.

Mais contrairement aux 12,7% de chômeurs qui me lisent régulièrement (moyenne constatée par Maître Ounp Amètre, huissier à Dakar), j’ai un travail de malade mental, digne des plus grands hôpitaux psychiatriques d’Europe.

Alors, allais-je laisser ce blog à l’abandon pendant encore trois jours, sans donner de nouvelles, sans tenir compte de toutes vos remarques d’insultes ou d’encouragement pour le développement de ce blog afin d’assurer à la postérité sérénité, joie de vivre et rentabilité ? Allais-je ? Non je n’allais-je pas, évidemment. Mais j’ai décidé d’enfreindre ma première règle d’or : sortir un article déjà écrit il y a longtemps.

Mais c’est mon blog je fais ce que je veux. Ca c’est sûr. Et surtout, les règles sont évidemment instaurées pour nous inciter à les dépasser. Exemple : la ligne blanche et le permis à points. Poétiquement racontée quelque part sur ce modeste site.

Voici donc ce billet de l’époque, intitulé “Grand-père la pomme”. Mon premier plumitif. Une petite larmiche nostalgique parcout ma joue rondelette.


Je m’appelle Jérémy Tedzon et j’ai six ans. J’habite 37, rue du colonel Pettac à Paris. Ma mère est une grande chercheuse biologiste, elle guérit les gens mais elle est très souvent en vadrouille comme elle dit. C’est mon grand-père la pomme qui m’a pratiquement élevé. On l’appelle grand-père la pomme parce qu’il adore peler les pommes au dessert et les distribuer à tout le monde. Moi j’adore les pommes. Et j’adore mon grand-père la pomme. Il rit tout le temps et fait tout le temps des blagues. Il n’a pas beaucoup de cheveux sauf sur les côtés, ils sont tout blancs parce qu’il est vieux. Mais il a toutes ses dents, pas comme le voisin du dessus, il me fait peur lui.

Dimanche, alors que maman était en vadrouille comme elle dit, mon grand-père la pomme m’a dit : “mets ton manteau fiston, on part !”. J’adore quand il m’appelle fiston même si je suis pas vraiment son fiston. Il m’a dit qu’on allait voir une surprise. J’aime bien sa voix à mon grand-père, on sent qu’il m’aime beaucoup, même s’il est vieux.

Cette surprise c’était le jardin des plantes et des animaux. Il y avait des oiseaux sauvages, des tigres, des lions, j’ai même donné une cacaouète à une girafe parce que c’est pas dangereux les girafes elles sont herbivores ça veut dire qu’elles ne mangent que de l’herbe et des cacaouètes. Moi j’avais une glace au chocolat, on l’a acheté chez un monsieur qui a une machine qui fait des glaces en spirale.

Mon grand-père la pomme il vit chez moi parce qu’il est vieux et aussi parce que ma mère, elle n’est pas tout le temps là. Alors je m’occupe de lui et je fais attention à lui comme elle dit maman. Il est gentil mon grand-père la pomme parce qu’il me raconte aussi beaucoup d’histoires sur comment c’était avant, sur ma grand-mère Ninette que je n’ai pas connue parce que je suis trop petit je n’ai que six ans, sur la guerre mondiale où les gens n’avaient pas assez à manger pour toute la famille.

Alors moi aussi je lui raconte des histoires sur l’école avec ma maîtresse Hélène qui est un peu méchante, sur ma copine Léa mais c’est pas vraiment ma copine elle est bête et en plus c’est une fille, et sur mes devoirs. Mon grand-père la pomme il adore m’aider à faire mes devoirs et moi aussi.

Mais en ce moment, il ne m’aide plus mon grand-père la pomme parce qu’il est très fatigué. Il dort sur le canapé du salon depuis deux jours sans s’arrêter alors je ne veux pas le déranger. Je me fais à manger tout seul comme un grand comme ça il peut se reposer.

Mais j’espère que maman va rentrer bientôt parce que je m’ennuie maintenant moi, tout seul, ici.