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Souffrir, c’est mourir un peu
Le 14/11/2006 - 13:13

C’est follement tendance en ce moment de souffrir.

Je vous épargne les souffrances des populations du monde, liées à la guerre, la famine, le terrorisme, la sécheresse, l’indigence culturelle (certains ne connaissent même pas Woody Allen !) et la dictature.

Je vous cause de la souffrance tangible, proche de nous, réelle. Des gens simples comme vous et moi, surtout vous. Vous croyez que ça ne me crève pas le coeur (et parfois les oreilles) de lire et d’entendre Abs, Yael, Matthieu et bientôt huguette (si si) geindre, gémir sur leur micro en plastique, le casque sur les oreilles tels des Aznavour de pacotille interprétant “Pour toi, Arménie”, dans la misère et l’abnégation la plus totale ?

Je souffre de vous découvrir apathiques, irrésolus, comme des zombis errants dans les pires séries B de la chaîne M6. Je souffre, dans mon coeur et dans mon âme. Mais pas dans mon corps nan, faut pas déconner.

J’ai souffert dans mon corps beaucoup plus jeune. A une époque où, sur mon visage, les boutons l’y disputaient aux poils de duvet. A une époque où, sur les bancs de classe, les intégrales différentielles avaient plus de sens pour moi que le comportement des filles. A une époque où je ne commettais pas cette erreur puisqu’on dit “à une époque durant laquelle”. Ah c’était le bon temps, Yves (à bicycleeeeetcheuuu) !

J’ai souffert parce qu’avec trois autres indigents du bulbe, nous jouions au bourreau. Le jeu le moins cher de l’humanité et pourtant le plus cruel immédiatement après “action ou vérité”, quand il s’agit d’embrasser la grosse Georgette sur les boutons d’acné purulents. Même en fermant les yeux, c’était comme machouiller un chewing-gum au vomis.

Le bourreau

Ingrédients (Manou style) :

- 4 adolescents heureux de vivre (remplacer par des adultes attardés si indisponibles)
- Une feuille A4
- Un stylo
- Tous les objets de torture du quotidien d’écolier que vous trouverez à portée de main : feutres, règles, cutter, compas, colle UHU, Typpex…

Pliez la feuille A4 en 49. Si vous n’y parvenez pas, déchirez quatre morceaux de la taille d’un pouce et inscrivez respectivement sur chacun d’eux :

- Evadé
- Police
- Juge
- Bourreau

Pliez les petits papiers soigneusement pour qu’il n’y ait pas de triche. Jetez-les en l’air après les avoir mélangés entre vos mains rassemblées. Chacun se précipite et lit discrètement son rôle.

La police se déclare à voix haute. Elle scrute les autres comparses de ce jeu débile et doit deviner qui est l’évadé. Si elle désigne la bonne personne, le juge établit une sentence que le bourreau appliquera sur l’évadé. Si elle se trompe, que le Ciel la préserve, le juge tranche pour une peine que le bourreau se réjouira d’accomplir sur le policier désoeuvré. Ils n’ont rien inventé à Prison Break !

Quand je vous ai dit que c’était un jeu con mais cruel, vous ne me croyiez pas hein ? Ben voilà, tout réside en réalité dans l’imagination fertile des juges. Et, comme moi, vous êtes convaincus de l’inspiration féconde d’adolescents bourrés d’hormones et d’idéaux révolutionnaires. Certes, vous êtes convaincus mais cela n’a rien à voir ici. Je faisais surtout référence à l’inépuisable réserve de sadisme et de férocité enfouie en chacun de nous.

Pour l’exemple, et pour la postérité (ne faites pas lire ceci à vos enfants), un florilège des peines les plus tordues :

  • graver le nom de l’ado sur sa main à l’aide d’un compas (s’il n’y a pas de sang, ça ne compte pas)
  • le sceau du BIC : frotter très rapidement la pointe d’un stylo Bic sur une table, et apposer sur la main d’un évadé récalcitrant ou d’un policier véreux. Les chevaux et les vaches se sentent enfin compris.
  • racler les deux joues avec un double-décimètre ébréché
  • colorer les ongles avec du Typpex (pour les filles essentiellement)
  • écrire des insanités au marqueur sur le front (de mémoire on peut citer “une pièce pour manger SVP”, “je hais l’école” et “ce marqueur ne marche pas”)
  • faire avaler un mélange mystérieux (Paic citron + colle UHU = mort aux rats mais pas aux ados visiblement)
  • embrasser la grosse Georgette sur les boutons avec la langue

L’intérêt pour ce jeu ne se tarit jamais. Il peut même être exalté lorsque le bourreau est pratiqué en plein cours d’histoire, avec Barbarian comme professeur.

Ce jeu se joue-t-il avec des filles ? Evidemment, elles adorent ça ! Enfin euh… je crois. Comment savoir merde ? On m’a toujours appris qu’une fille qui hurle et se débat est “super contente” ?

Le temps a passé, ces premiers moments de ma vie adolescente sont derrière moi et j’y repense avec un sourire niais de vieux papi satisfait.

Du coup, je souffre moins. C’est toujours ça de pris.

25 commentaires

  1. 1
    Yves nous dit :

    Le bon vieux temps ! On souffrait moins. Mais on souffrait quand même : Ab6 ne chantait pas encore ! Yael non plus d’ailleurs.

  2. 2
    leblase nous dit :

    Non Yves, c’est le contraire: Ni Ab6 ni YAelz ne chantaient, ni Michel Jonasz, Mariah Carey…D’ailleurs, si je me souviens bien, Charles Aznavour n’était pas encore né.

  3. 3
    Chipie nous dit :

    Les filles adorent jouer le rôle du bourreau! Nuance! ;-)

  4. 4
    Yael nous dit :

    Byby, tu penses que tu souffres moins. Ce n’est qu’une illusion Byby.

  5. 5
    matthieu nous dit :

    Puis si tu souffres moins, c’est que tu ne souffres pas vraiment

  6. 6
    bakemono nous dit :

    amis psychopathes bonsoir.
    Faudrait finalement que j’ai des enfants pour leur apprendre tous ces jeux rigolos.

  7. 7
    ab6 nous dit :

    je souffre de n’avoir rien entendu…

    enfin, enfin, la souffrance ca se crie, ca se module, ca se tierce et ca s’en va et ca revient c’est fait de toutpetits riens, ce n’est pas ca, LA SOUFFRANCE byby…

  8. 8
    Byalpel nous dit :

    Finalement, la souffrance c’est simple comme un coup de fil non ?

  9. 9
    matthieu nous dit :

    Mais sinon, graver le nom à l’aide d’un compas, ça laisse pas des traces ?

  10. 10
    Tant-Bourrin nous dit :

    Un jeu idéal pour faire naître des vocations artistiques de chanteur souffrant… De mon temps, je ne connaissais, un peu dans le même genre, que le jeu du pouilleux massacreur : on souffrait certes, mais c’était quand même un peu moins trash !

  11. 11
    Saoul Fifre nous dit :

    T’étais dans une école libre, hein ?

    Ça ne se serait jamais passé comme ça dans le public q:^)

  12. 12
    Pascal nous dit :

    tu t’ennuyais tant a l’ecole (c’est ton cote genie) que tu passais ton temps a jouer, et bien sur a manger…On voit le resultat.

  13. 13
    Salomé nous dit :

    Et version fille de jeux tyranniques en commençant à la maternelle c’était de courir après les filles, de les attraper, et de leur baisser leur culottes, ou bien même de courir après les garçons autour du lavabo commun rond pour leur voler des bisous ……Et à ce jour, c’est moi qui cours en m’enfuyant , alors gaffe y’a une justice quand même :-)

  14. 14
    huguette nous dit :

    Byby, ton style et ton humour, alliés à une djellabah d’un jaune divinement pisseux, auront toujours raison de moi. J’ai un billet en souffrance : je l’ai trouvée hier celle là, je vais la ressortir un paquet de fois. Le prochain c’est le bon, c’est moi qui m’y colle.
    je voulais te dire que pour un seul de tes mots, je suis prête à manger des endives au four et à me mettre des capres dans les oreilles. Jamais je n’avais souffert autant pour quelqu’un, fallait que tu le saches.
    Hug !

  15. 15
    Chipie nous dit :

    Byby, tu prends ton rôle d’évadé trop au sérieux! Reviens!

  16. 16
    Byalpel nous dit :

    matthieu > oh que si, et pas que sur la main ! Mais c’est ca qu’est drôle nan ?

    TB > le pouilleux ? Un jeu de gonzesses ouais ! Remarque, le “trèfle” pouvait vous emmener à l’hôpital quand une fille avait des ongles…

    SF > Tu parles ! Dans le public, ils auraient joué avec des flingues !! :)

    Pascal > Tu croyais que “génie” et “manger” dans la même phrase vont mamadou hé ?

    Salomé > “Leur voler des bisous”, si c’est pas mignon. C’est mignon mais en 2006 on dit “faire une tournante” hein.

    huguette > abs et yael te disent “je t’aime” à tout bout de chant et de champ. Ma pudeur naturelle, ma femme et le fait que je ne connaisse pas tes mensurations m’empêchent singulièrement de te dire la même chose, mais le coeur y est.

    Et si je rajoute le mot “échaffaudage”, tu manges du céleri ?

    Chipie > Je suis là, regarde.

  17. 17
    antenor nous dit :

    est ce qu’on pouvait se dénoncer soi meme pour etre sur de souffrir à la place des autres ?

  18. 18
    vincent nous dit :

    Personne ne connaît la variante de l’assassin ? Plus compliqué certes, mais plus amusante et sans douleur. Faut des cartes à jouer, une carte pour la police (dame de coeur, je crois), une carte pour l’assassin (valet de pique) et autant de cartes de petite valeurs pour les victimes potentielles/témoins.

    Le policier sort, la pièce est plongée dans le noir, chacun fait ce qu’il veut, l’assassin fait son oeuvre (pas en tuant vraiment bien sûr, vu les messages, je précise ; il peut simplement la pincer ou lui donner un petit coup sur l’épaule, c’est pas un jeu de brute), la victime hurle et le policier fait son entrée (pas la peine de préciser qu’il allume la lumière en faisant, si ?). La victime ne dit plus rien pour la partie. Le policier doit alors trouver l’assassin en interrogeant (sans bottin, sans gégène, sans autres tortures particulière comme à Guantanamo par exemple) les témoins parmi lesquels se dissimule l’assassin.

  19. 19
    huguette nous dit :

    Oh Vincent, on parle de souffrance ici. On n’est pas là pour jouer au Cluedo. Tu t’es cru à Intervilles ou quoi ?

  20. 20
    manou nous dit :

    Vraiment j’aime bien le style de cette recette !!!
    Le coup du vernis à ongle en tippex, je confirme, j’ai testé : )

  21. 21
    Byalpel nous dit :

    antenor > deux l’ont fait, ils sont morts depuis

    vincent > pas mal comme version ! mais elle fait pas assez mal…

    huguette > toi tu sais parler aux mecs…

    manou > le style, je l’ai un peu piqué à une femme formidable.

  22. 22
    jujuly nous dit :

    argh ! J’ai les yeux qui saignent.
    On ne peut plus appeler ça des peines, là.

    (remarque avec un nom de prof pareil pendant les cours d’histoire, fallait s’y attendre, aussi…)

  23. 23
    Badibuh nous dit :

    Je dirai bien que ce jeu c’est comme les femmes. Mais je vais peut-être arrrêter avec ça.

  24. 24
    huguette nous dit :

    C’est parce qu’il est en couple ou célibataire qu’il dit ça, Badibuh ?

  25. 25
    Byalpel nous dit :

    jujuly > en réalité, c’est pas son vrai nom. Son vrai nom c’était Golgoth 13…

    Badibuh > m’en parle pas…

    Hughette > l’un puis l’autre je pense :)