Toutes les minettes qui ont passé l’âge commun de la 6ème, c’est-à-dire dont les protubérances mammaires pointent à présent négligemment sous un tee-shirt de coton, connaissent ou ont connu cette merveilleuse époque du “dis camion !”.
De mon temps (vos gueules les vieux), “Dis camion !” constituait la boîte à outils de drague niaise de tout adolescent qui se respecte, l’oxymoron n’échappera pas au lecteur qui a passé le BEPC. Mais les lois de la vie sont immuables : l’eau bout à cent degrés et les adolescents devraient être parqués pendant dix ans dans des cages au fond de la mer (et sûrement pas dans le métro où ils nous servent leur voix rauque muante, leurs jeux débiles et leur gel plastifié).
Quand je regarde toutefois par devers moi, j’aperçois mon salon de 176 m² je souris encore à toutes les bêtises d’ado (jusqu’à l’année dernière donc) que j’ai pu commettre. Je ne parle pas des lourdeurs que tout ado qui se lave (oxymoron, rappelez-vous hein) a enchaînés pendant l’âge bête/ingrat/con/chiant. Jeter des oeufs sur des passants, téléphoner avec une voix fluette chez des anonymes en se faisant passer pour Jean-Claude Bourret…
Et puis d’abord, moi je me marrais trop vite quand je téléphonais : “Allô madame Boutboul ? Bonjour, je suis ppffprprrpfprglpp ahahahahahahhh clic !“. Alors que mon cousin, impertubable : “oui madame, nous allons vous livrer 700 dalles Gerflor pour votre cuisine cet après-midi… Ah ben c’est sûrement votre mari qui a passé la commande hein…”
En mûrissant, “dis camion !” avait pris d’autres tournures. Il y a eu le fameux pendant pour les hommes “dis joystick !” que seuls des amis proches ont pu me faire tester, dans un moment d’égarement (c’est pas vrai maman, repose le cyanure). Puis nous avions introduit des raffinements sémantiques, selon “l’obusité” des poitrails de nos cibles.
Il y a eu “dis tricycle !” pour cette jolie rousse aux yeux de chat et au corps si plat qu’il fait l’humilité.
Il y a eu “dis cargo !” pour cette sympathique brunette aux pis tellement avantageux qu’elle évoquait, sans chanter, “Bonnet M”
Et on avait 18/19 ans hein. Oui j’ai un peu honte. Mais moins que ce qui va suivre…
Autres exemples de gamineries pré-pubères dont je me souviens à présent (le catalyseur de cette madeleine de Proust -loukoum de Mme Abitbol en arabe- a été le mariage d’un de mes copains de classe hier. Quinze ans plus tard, les mêmes attardés mentaux réunis, c’est pas rassurant pour nos enfants).
En cours j’étais bon élève. Mais pas bon élève modeste, l’oeil vif mais discret, confiant mais pas arrogant, sachant mais pas pédant vous voyez ? Non le bon élève fayot chiant con qui mérite les coups qu’on va lui mettre à la récré (coups que je n’ai jamais reçus car en plus d’être bon élève j’étais consensuel et diplomate).
En cours, j’étais toujours assis près de psychopathes (renvoyé pour avoir cassé la jambe de son camarade en classe) ou de dégénérés (”ça te dérange pas si je charcute ta trousse avec mon cutter ?”). A l’école ma vie c’était Prison Break.
Et cette fois-ci, j’étais assis près d’un type que nous appellerons Arié car c’était son vrai prénom (et j’adore ce prénom, en hébreu ça signifie Lion. C’est sûr qu’un gamin qui s’appelle lion en français ça fait cloche mais la question n’est pas là). Et, conscient de la confiance naturelle et indéfectible que m’accordaient mes professeurs, je jouais à ce jeu spirituel :
Je mimais comme si je venais de recevoir un coup violent sur l’épaule, du côté duquel était assis Arié. Et je m’écriais assez puissamment pour que l’instructeur puisse entendre : “Aïe-euh ! Monsieur, Arié il m’embête ! Aïe…”, tout en me massant l’épaule et en simulant la douleur.
Bien sûr, l’inculpé d’office se faisait sortir cinq minutes dehors. Ce qui était vraiment drôle en réalité, c’était qu’il tentait de justifier l’injustifiable à un professeur acquis à ma cause, qui plus est en pouffant (car Arié était un pouffeur oui). Et c’est le genre d’histoire qui nous font encore rire, sans complaisance.
Encore un dernier exemple de gaminerie post-pubère (je le fais encore, méfiez-vous) : au lieu de piquer le téléphone portable de votre ami en modifiant subrepticement la langue d’affichage (essayez de vous demerder avec un téléphone arabe tiens…), action vile et méprisable (et facilement contournable, avec les logos sur les nouveaux téléphones surtout), essayez ceci :
En douce, dérobez le téléphone de votre ami(e).
Composez un texto (activez le T9, ça vous aidera à optimiser) en écrivant des énormités en terminant par une question. Exemple qui m’a rendu célèbre : “en ce moment, j’ai la diarrhée. Et toi ?”
Envoyez au maximum de personnes que vous pouvez.
Rires et réponses grâtinées garanties. Et pour quelques euros, vous venez de vous fâcher avec un ami susceptible…
Mais ça les vaut, quand on est ado.










