“L’écriture, c’est comme le sexe. En général, plus tu pratiques, plus t’es bon”.
En ce moment, je n’écris plus beaucoup et partant, plus rien ne sort.
(Je parle de l’écriture) (de ce côté-là tout va bien je n’ai rien à vous dire) (n’insistez pas).
Loués soient les grévistes, les Tachycardil de notre vie endiablée, pour me fournir le temps et la motivation pour le rêve et la plume.
Je profitais du temps d’attente sur le quai de métro ce matin pour lorgner les décolletés des nanas alentour, laissant divaguer mon esprit à de torrides mais que-la-morale-réprouve enchevêtrements de chair molle et de dentelle fine. Mais, me raisonnais-je patiemment, pour que la présumée fougueuse te confie ses lolos, desquels il s’agissait dans la rhétorique précédente, n’est-il pas utile d’envisager un plan d’attaque, une approche déguisée, une ruse sournoise, toi le félin de la ville, toi le prédateur de gazelles aux croupes callypiges, toi l’homme aux sept tours dans sa langue ?
Ah tous ces films que je m’invente sur le périphérique pour passer le temps. Evidemment que le précédent paragraphe est pure fiction, ma femme lit ce blog je ne lorgne pas les décolletés je ne prends pas le métro.
Pourtant, telle une belle paire de madeleine de Proust, le “plan d’attaque” m’a ramené une quinzaine d’années en arrière : je me revois encore svelte, l’oeil pétillant et intrépide, le bon mot et la bave au coin de la lèvre, les cheveux dans le vent en face d’une ravissante jeune fille de mon école, Josette.
Evidemment qu’elle ne s’appelait pas Josette malheureux, c’est un nom d’emprunt pour éviter tout souci juridique avec la CNIL. Et puis faut pas déconner : Josette et Huguette, les deux prénoms féminins avec des morceaux de bromure dedans…
Contrairement aux contes de fées, Josette n’était pas très jolie. Mais elle était gentille, bourrée d’humour et possédait ce don merveilleux de captiver le regard des garçons grâce à l’arme fatale trois : une poitrine opulente sous des tee-shirts moulants.
Et bizarrement, moi, les armes fatales, ça m’a toujours attiré. Comme tout désir morbide de suicide adolescent finalement.
Du coup, il fallait la convaincre de sortir avec moi. Pas longtemps, juste le temps d’une relation adolescente. Une soirée suffirait d’ailleurs, je ne la dérangerais pas plus. Et puis, elle était si peu courtisée qu’elle avait une côte à dix contre un sur le BetAndClick underground du lycée. La drague et la loi de la jungle sont impitoyables : on est toujours la proie de quelqu’un, surtout lorsqu’il a 17 ans et qu’il a les hormones en feu. Enfin, pour la jungle je n’en suis pas sûr en fait.
Mon plan était impeccable : l’accompagner sur le chemin du retour de l’école, lui raconter les bobards habituels pour lui donner confiance en elle, comme quoi elle doit rendre les mecs fous, comme quoi son mec a bien de la chance (”ah, t’as pas de mec ?”), comme quoi les autres filles ont raison de l’admirer, pas un mot graveleux sur ses proéminences sous peine de tout faire foirer, puis deux ou trois pressions de mon humour légendaire, une piqûre de jalousie et je m’imaginais déjà dans son hall à flirter comme un acnéique dégingandé et gauche.
La carte n’est peut-être pas le territoire, n’empêche que ma stratégie fonctionnait à merveille. Le chemin du retour, les boniments classiques, aucune référence aux obus, l’humour débordant, l’inoculation de la rivalité féminine, le hall d’entrée.
Une fois la petite vieille du troisième évaporée, je tentais ma chance, légèrement hésitant mais l’haleine rafraîchie au Tic-Tac Menthe Javel. Et qu’est-ce qu’elle me répond la garce, en me repoussant subtilement ?
- Je suis désolé, tu n’es pas mon genre. Je cherche un vrai mec, moi, un type qui a vécu. Toi tu es trop gentil, trop naïf. La preuve, tu n’as même pas regardé mes seins de tout le trajet. Laisse tomber, t’es un gamin, vaut mieux qu’on soit amis.
Eh ben je t’assure que depuis le traumatisme Josette, je n’ose plus regarder les filles dans les yeux.










