- Pose ton cul sur cette chaise et ferme-la !
L’inspecteur Pecks, yeux clairs et frange brune, accent slave et mocassins italiens, le projette sur le tabouret rouillé, essuie ses lèvres d’un revers énergique et assène un coup brutal sur la table d’interrogatoire.
- Maintenant tu vas tout nous expliquer avant que mon collègue et moi, on se fâche pour de bon. Tu m’as compris, salopard ?
Et pour mieux se faire entendre, il lui rugit son insulte au visage, son flingue dégainé
C’est au tour de l’inspecteur Joanozi. D’habitude, il excelle dans la pratique du bon flic. Mais on ne joue pas avec les enfants, oh non, pas les gosses bordel. Il claque la porte massive, repousse d’un coup violent de la hanche le mobilier pour arborer son insigne à quelques centimètres du visage de Rodrigo.
- Tu sais qui on est, enfoiré ? Hein (il hurle maintenant) ? On est le putain de FBI ! Et ici, on a tous les droits tu m’entends ? Tu m’entends ? Ici, c’est nous qui faisons la loi ! Ici, on peut te péter les genoux et personne ne viendra porter plainte, t’as compris ? (il rapproche son insigne métallique de son visage) T’as compris, F-B-I ! Alors tu vas tout nous balancer sans te foutre de notre gueule, c’est vraiment pas le jour, ok ?
Et, sans crier gare, lui décoche son poing gauche en plein thorax. Six ans de boxe amateur, ça aide. Et ça défoule.
Rodrigo crache du sang foncé sur ses haillons délavés, suffoque, essaie de parler. Mais c’est Pecks qui renchérit :
- Parle ! Où t’as mis les gamins ? Hein ? (il le saisit au col de son sweat shirt) Putain de bordel de merde, cinq gamins, qu’est-ce que t’en as foutu ?
- Je.. Je.. Je vous… balbutie-t-il
- Parle plus fort ! hurle Joanozi, à présent presque aussi rouge que sa cravate en soie Hermes.
- Je… Je vous ai déjà tout dit, arrêtez s’il vous plaît (il renifle) je ne sais pas où ils sont, je ne sais pas (il termine sa phrase en levant des yeux suppliants)
Comme l’éclair, le gauche de six ans d’âge. Rodrigo hurle et s’effondre.
- Te fous pas de notre gueule bordel, te fous pas de notre gueule !!! Tes propres gamins ! Espèce d’enfoiré !
Alors qu’il va appuyer ses dires par un poing gros comme une toaster, la porte en bronze s’ouvre violemment.
- Inspecteur ! Venez voir c’est urgent.
Pecks fixe l’interrogé qui a brusquement levé le visage, un mélange de crainte et d’espoir dans le regard. Joanozi sort en maintenant la porte d’une main, semble acquiescer, puis passe la tête par l’embrasure :
- Pecks, on les a retrouvés ! On y va !
- Bon sang, où ça ?
- Devant chez eux. D’après le plus petit, leur père les a volontairement traînés en pyjama et pieds nus en pleine forêt dans l’Oregon sur plusieurs kilomètres pour les abandonner. Mais le gosse a eu l’idée de semer des cailloux derrière lui. Un vrai petit génie ! Allez, viens, on y va.
Pecks se retourne, brandit un index menaçant en direction du père en le fixant droit dans les yeux :
- Toi espèce de salopard, tu perds rien pour attendre. Ouais mon pote, tu vas en prendre pour quinze piges. Quinze piges !
Il maintient son regard pendant quelques secondes qui paraissent une éternité, récupère sa veste en cuir usé d’un mouvement leste et sort précipitamment.
Maintenant, Rodrigo s’affaisse sur le dossier, les yeux dans le vague, les bras sur les genoux.
“Petit con de petit Poucet. La prochaine fois, je le cramerai au chalumeau.”
(cette histoire vous a été contée du Texas à 5h30 du matin, merci le jetlag I mean le décalage howaiwe sowwy…)












