Normalement, il nous reste 1 784 712 jours à vivre.
The little pushed
Le 29/01/2008 - 17:14

- Pose ton cul sur cette chaise et ferme-la !

L’inspecteur Pecks, yeux clairs et frange brune, accent slave et mocassins italiens, le projette sur le tabouret rouillé, essuie ses lèvres d’un revers énergique et assène un coup brutal sur la table d’interrogatoire.

- Maintenant tu vas tout nous expliquer avant que mon collègue et moi, on se fâche pour de bon. Tu m’as compris, salopard ?

Et pour mieux se faire entendre, il lui rugit son insulte au visage, son flingue dégainé

C’est au tour de l’inspecteur Joanozi. D’habitude, il excelle dans la pratique du bon flic. Mais on ne joue pas avec les enfants, oh non, pas les gosses bordel. Il claque la porte massive, repousse d’un coup violent de la hanche le mobilier pour arborer son insigne à quelques centimètres du visage de Rodrigo.

- Tu sais qui on est, enfoiré ? Hein (il hurle maintenant) ? On est le putain de FBI ! Et ici, on a tous les droits tu m’entends ? Tu m’entends ? Ici, c’est nous qui faisons la loi ! Ici, on peut te péter les genoux et personne ne viendra porter plainte, t’as compris ? (il rapproche son insigne métallique de son visage) T’as compris, F-B-I ! Alors tu vas tout nous balancer sans te foutre de notre gueule, c’est vraiment pas le jour, ok ?

Et, sans crier gare, lui décoche son poing gauche en plein thorax. Six ans de boxe amateur, ça aide. Et ça défoule.

Rodrigo crache du sang foncé sur ses haillons délavés, suffoque, essaie de parler. Mais c’est Pecks qui renchérit :

- Parle ! Où t’as mis les gamins ? Hein ? (il le saisit au col de son sweat shirt) Putain de bordel de merde, cinq gamins, qu’est-ce que t’en as foutu ?

- Je.. Je.. Je vous… balbutie-t-il

- Parle plus fort ! hurle Joanozi, à présent presque aussi rouge que sa cravate en soie Hermes.

- Je… Je vous ai déjà tout dit, arrêtez s’il vous plaît (il renifle) je ne sais pas où ils sont, je ne sais pas (il termine sa phrase en levant des yeux suppliants)

Comme l’éclair, le gauche de six ans d’âge. Rodrigo hurle et s’effondre.

- Te fous pas de notre gueule bordel, te fous pas de notre gueule !!! Tes propres gamins ! Espèce d’enfoiré !

Alors qu’il va appuyer ses dires par un poing gros comme une toaster, la porte en bronze s’ouvre violemment.

- Inspecteur ! Venez voir c’est urgent.

Pecks fixe l’interrogé qui a brusquement levé le visage, un mélange de crainte et d’espoir dans le regard. Joanozi sort en maintenant la porte d’une main, semble acquiescer, puis passe la tête par l’embrasure :

- Pecks, on les a retrouvés ! On y va !
- Bon sang, où ça ?
- Devant chez eux. D’après le plus petit, leur père les a volontairement traînés en pyjama et pieds nus en pleine forêt dans l’Oregon sur plusieurs kilomètres pour les abandonner. Mais le gosse a eu l’idée de semer des cailloux derrière lui. Un vrai petit génie ! Allez, viens, on y va.

Pecks se retourne, brandit un index menaçant en direction du père en le fixant droit dans les yeux :

- Toi espèce de salopard, tu perds rien pour attendre. Ouais mon pote, tu vas en prendre pour quinze piges. Quinze piges !

Il maintient son regard pendant quelques secondes qui paraissent une éternité, récupère sa veste en cuir usé d’un mouvement leste et sort précipitamment.

Maintenant, Rodrigo s’affaisse sur le dossier, les yeux dans le vague, les bras sur les genoux.

“Petit con de petit Poucet. La prochaine fois, je le cramerai au chalumeau.”

(cette histoire vous a été contée du Texas à 5h30 du matin, merci le jetlag I mean le décalage howaiwe sowwy…)

Lost in translation
Le 22/01/2008 - 11:49

Petit week-end à Londres en amoureux, ma fille (six mois demain) s’est incrustée à la dernière minute.

Hormis le fait que les Anglais sont idiots (ils conduisent à gauche), mouillés (il pleut tout le temps) et non-francophones (ils parlent anglais les cons… Et cet accent…), Londres est une sacrée belle ville. Comme Paris mais sans Velib.

Du coup, petit jeu intraduisible (ha ha ha).


Nan mais dans cet état, tu ne le vendras jamais…


Tu m’étonnes que tu brades ton camion…

Et hop, dimanche prochain au Texas (pour le boulot, si si !). Si je vois Bush, je lui dirai un message amical de votre part.

PS : dorénavant, j’annonce la couleur. Le prochain article s’intitule “Le petit chapeau rond rouge”.

Pas bien vu, pas pris
Le 06/01/2008 - 18:50

(et hop, une belle année qui commence !)

Dans ce petit village du Périgord, seuls les insomniaques pathologiques et les couples calés sur une courbe de température ne dorment pas. La nuit est sombre et lourde : les bâtisses en brique claire sont voilées sous les conifères touffus (car il y a beaucoup de conifères dans le Périgord, et touffus en outre), les lampadaires vétustes irradient les places méchamment pavées par des ouvriers fraîchement immigrés (car il y a beaucoup d’ouvriers immigrés dans le Périgord, et touffus en outre) et les enclos à bétail sont dissimulés derrière des buissons broussailleux (car buissons, Périgord, touffus).

Pas un souffle dans les allées, même le vent se fait pudique et les animaux de la ferme roupillent mollement.

Quand tout à coup, le loup ! Le vrai loup des contes avec les canines acérées, la bave au museau et la moustache hitlérienne surgit de nulle part (en fait, il surgit par l’avenue du Général de Gaulle), bondit dans le poulailler de M. Miclu (nom typiquement périgourdin) et s’empare brusquement d’une adorable mais malchanceuse petite poule pour la dévorer dans son antre, si tant est que les loups possèdent des antres.

Le lendemain, le journal local obsédé par la vente de son canard (note de l’auteur : j’aurais pu faire un super jeu de mot ici avec le canard mais à coin bon ?) affichait à sa une, au-dessus d’une publicité pour le vendeur de lunettes de l’avenue de la Gaie Collaboration :

Encore une victime du loup !!

Mais que fait la police ? Le loup a encore bouffé une de nos poupoules, sous nos yeux mi-clos et notre barbe naissante (woaw beau gosse) !

Le loup, que les enfants et les idiots du village nomment communément désormais Ouaf ! a désormais 7 poules, 1 coq, 1 mouton et un petit enfant communiste à son actif, malgré les faibles moyens concédés par notre maire de droite.

Notre seule défense du village, le petit chien de notre boulanger homosexuel, débile léger (le chien, pas l’homo) n’a même pas aboyé lorsque son cousin sauvage s’est honteusement goinfré sous notre nez non crochu de gentil non judéen.

Ce soir, une ronde de garde armée de lunettes infrarouges sera effectuée par … [snip]

Et, le soir-même, alors que nul ne s’en serait douté, les villageois n’en crurent pas leurs yeux : le petit chien fou se déguisait en loup pour festoyer allègrement dans nos fermes et nos campagnes.

Moralité : Ouaf le loup c’est le petit chien (il est fou Ouaf le loup il est fou !)