Il y a des périodes où les spectateurs, à défaut d’être emballés par les films en salle, sont emballés par leur compagne engoncée dans les fauteuils épais des cinémas. Ou ils quittent précipitamment la salle pour rejoindre celle qu’ils vont emballer sur une fourrure épaisse, au coin de la cheminée et des clichés cinématographiques régulièrement desservis.
Etonnament, cette froide période est propice à la récolte des films intelligents et beaux. Intelligents parce qu’ils adressent des sujets simples ou complexes sans condescendance ni compromis. Beaux parce qu’ils sont éblouissants, rafraîchissants. Et sains.
Je vous trouve très beau
En voilà un film sur lesquels je ne fondais aucun espoir, ataviquement ancré à mes préjugés sur les paysans, Isabelle Mergot et les roumains. Et, comme tout religieux qui se respecte, j’ai combattu mon instinct et j’ai été.
Il y en a pour tous les goûts au cinéma bien sûr. Mais ce film est réellement une réussite. Le thème, une histoire d’amour sur fond de tracteurs et de poules, et le scénario ne sont pas si simplistes qu’ils en ont l’air. Les acteurs sont authentiques, toute la dimension bourrue mais vivante d’un agriculteur moyen transparaît dans un Michel Blanc fabuleux, l’actrice principale est épatante de sincérité et de vitalité.
Et puis c’est drôle, aussi.
Good bye and good luck
Encore un film superbe. Noir & blanc intégral, plans rapprochés et coupés typiques, ambiance des années 60 reproduite à la perfection (je m’en souviens parfaitement). Le directeur de la photo a été parfait.
Le thème est abordé en douceur mais le message qui passe est très fort : la télévision n’a pas pour rôle unique le divertissement et l’isolation.
Je ne peux qu’abonder dans ce sens, moi-même qui ne possède pas la télé. Mais j’abaisserais tout de même d’un ton le discours : dans ce film, il est bien montré qu’il n’existe que très peu de chaînes de télévision, que le “choix” des émissions n’est pas encore très varié et que les journalistes en place sont très professionnels, quitte à “jouer leur peau” sur leurs reportages.
Je suis désolé, mais j’ai la rude impression qu’on ne vit plus du tout dans la même époque, et ce message doit être complété.
Actuellement, il faut divertir toujours plus fort (merci Michael Youn), informer toujours plus vite (merci l’AFP), piailler toujours plus haut (merci les blogs). L’esprit de la pythie est corrompu et la devise olympique trahie. Dans cette tourmente, les éditeurs, les journalistes, les producteurs, les écrivains, les chanteurs, tous d’un accord tacite favorisent la quantité à la qualité. Et moi, le premier (sinon j’écrirais une fois par semaine).
Le journalisme de l’époque était travaillé (le reportage de Murrow était diffusé une fois par semaine), analysé, revu et commenté par toute une équipe. Actuellement, des stagiaires en sous-culture, partisans et illettrés rédigent les billets doux parsemés de par le monde et estampillés vrais. L’AFP est devenu le Label Rouge de l’information. Alors qu’il n’en est rien, et pas forcément par activisme convaincu (je litotise), mais par l’avidité grandissante et goulue d’informations dans un monde qui grouille.
Et ce qui a renforcé le quatrième pouvoir, bien plus qu’à l’époque du film, ce sont fatalement les conflits d’intérêts démultipliés (nationaux et internationaux), la possibilité technique de manipuler l’information et l’habitude tragique des générations à la violence et aux moeurs douteuses. Habitude qui fournit un nouveau coup de manivelle à la spirale vicieuse de la course à l’information insolite et choquante.
Comme disent les jeunes et les comiques : mais où s’arrêteront-ils ?
Note : le sujet du McCarthysme, sous un angle absurde mais tragique, a été abordé par Woody Allen (c’est tendance en ce moment) dans le film “The Front” (Le prête-nom).
Lord of war
Encore un troisième film intéressant. Le sujet : comment un type est devenu le plus gros trafiquant d’armes du monde.
Le générique de début est saisissant, Nicolas Cage reste mon héros après Batman, et certaines phrases sont assassines, dans tous les sens du terme.
“Je vends juste des armes, ce sont eux qui se tirent dessus” résume en substance l’acteur principal.
J’ai juste un regret : le thème du film (”la guerre c’est caca !”) est toujours difficile à traiter sans tomber dans le banal et le cliché. Coup de bol, ce film vole beaucoup plus haut mais emprunte parfois des méthodes légèrement teintées de démagogie.
Attention, sur une échelle de 100, ma critique ne vaut qu’un ou deux points, contre les 98 ou 99 restants entièrement positifs. Mais (après l’euphorie de la saga Intel, on bascule) : montrer des enfants explicitement tués n’apporte pas plus au message, mais joue sur notre souffrance et notre douleur de voir des enfants maltraités. Enfin… exterminés.
Et d’autre part, le film conclut que ce sont les grandes puissances (hormis la Russie) au Conseil de Sécurité qui vendent le plus d’armes au monde. Ok, conclusion ? Le réalisateur n’en donne pas mais dans la tête du client, c’est toute l’absurdité du sytème qui est mise en valeur.
Oui, mais. Soyons heureux mais pas innocents, les pays et les présidents qui nous gouvernent sont rarement (je litotise encore bon sang !) philanthropes. Donc si ce ne sont pas eux qui vendent les armes, ce seront d’autres et illégalement, et encore moins contrôlés.
Et encore, il n’y a pas que des pays qui agressent, il y a des pays qui se défendent. C’est simpliste certes, mais à une ère où Ahflfdjsfioezanhinade épate le Conseil de Sécurité au point que ce dernier n’ose entreprendre de sanction contre lui, par peur de représailles pétrolières, je me dis : épate, épate oui mais… Et puis rappelez-vous Munich, Hitler que l’Europe a laissé faire et qui a interprété ce silence comme une faiblesse…
C’est sûr que dans le film, la majeure partie des armes vendues va illico en Afrique. Où la densité de pétage de gueule peer-to-peer avoisine l’unité [formule alambiquée pour dire que tout le monde se bousille en Afrique] et que le monde entier se gave sur leur dos, en éclatant le sens du verbe gaver.
Beaucoup m’ont annoncé, après avoir vu le film : “Bien fait pour la gueule à Bush ! Et comme pour l’Irak où il a voulu imposer son modèle de démocratie juste pour prendre contrôle du territoire et du pétrole”.
Ben moi, même pas peur, j’ai soulevé les épaules et j’ai rétorqué : “C’est vrai que la France, avec la merde qu’elle a foutu en Afrique, elle est aussi blanche que les Africains du Sud”.
La guerre, ce sera toujours caca. Toujours. Mais autant le Bien est borné, autant le Mal est têtu et sans limites. Alors pour éviter les champignons -surtout les atomiques, rien de tel qu’un traitement homéopathique : le mal contre le mal, à petites doses.
Et Narnia dans tout ça ? Emmenez vos enfants et prenez un bon bouquin.