L’année dernière, c’était la fin de l’année. Certains offrent des cadeaux pour Noël, d’autres pour Hannouca, d’autres offrent des cadeaux toute l’année et d’autres encore préfèrent économiser pour se vautrer dans la fange et la luxure.
Parce que l’année dernière, et pas tout à fait à la fin de l’année, j’avais offert un lecteur DVD/DivX à mes parents, je cherchais un DVD original à leur offrir.
Dieudonné ? Michael Youn ? L’amant ? Mmmhh, peut-être… trop original disons.
Alors un classique ! Quelque chose qui puisse leur faire plaisir et qu’on aura le loisir de revoir plusieurs fois. L’intégrale de Lino Ventura ? Bonne idée, je vais me la prendre pour moi tiens. Autant en emporte le vent ? Bah, trop classique pour le coup. La compil de Byalpel ? N’existe pas -encore- en DVD.
Paradoxalement, c’est la Vierge qui est venue à mon secours. Comme ça, inopinément, au beau milieu des rayons (de Virgin donc) trônait le DVD collector (collector = plus cher avec des gadgets inutiles) de West Side Story. Et en super promo en plus.
West Side Story !
Le film que j’ai vu, écouté, chanté mille fois quand j’étais jeune (il y a encore un an) ! Le film le plus oscarisé de la planète (enfin je crois, je ne suis plus à jour sur les cérémonies hystéro-hypocrites télévisuelles depuis Goldorak), au box-office pendant tellement longtemps pour l’époque qu’à la nôtre, cela correspondrait à une présence dans les salles de ciné pendant… mille ans ?
D’habitude, ce qui est gênant dans les grands “vieux” films, ce sont les décalages avec notre réalité (mentalité et moeurs), l’évolution des techniques cinématographiques (prises de vues, effets spéciaux) et la manière d’aborder certains sujets (scénarios à la Tarentino, dossiers “sensibles” ou “coup de gueule” etc.).
L’adjectif qualificatif gênant précise ma pensée : ce n’est pas un supplice de regarder mais j’aurai l’impression, au générique de fin, d’avoir perdu mon temps. Je sais, je sais, je vais me faire engueuler par les vieux cons, dont je fais partie désormais (pas nécessairement à cause de mon âge, mais de certaines de mes réactions frileuses, que je vous détaillerai sûrement un jour de blues), mais je dois l’admettre, les vieux films avec leurs grosses ficelles ne me font plus d’effet. Testostérone pelliculaire (utile pour la trique cinématographique) réduite au minimum.
West Side Story est l’exception. Quel que soit l’angle d’attaque, ce film est en béton.
La musique de Léonard Bernstein est un chef d’oeuvre. Qui n’a pas fredonné les airs inoubliables, presque aliénants de “I want to live in America“, hormis1 Amahazkjeniahadane et ses acolytes ?
Les chorégraphies n’ont rien à envier (et pourquoi auraient-elle à le faire en outre ?1) à celles de Kamel Ouali. Agressives mais pas violentes, sensuelles mais pas érotiques, harmonisées mais pas déstructurées, elles restent pour moi un modèle de sobriété délurée. Les puristes excuseront la figure de style : les voyous des bandes sont toujours habillés correctement (pas de jean qui pendouille ou de marcel troué), ils sont toujours bien rasés, les confrontations sont purement artistiques : la violence est pudiquement suggérée par le rythme accéléré de la musique de fond, les types se battent avec les poings et l’évocation d’un couteau est accueillie avec fascination.
Et puis les filles… A part Natalie Wood que j’ai fatalement envie de cueillir par la tignasse pour la fracasser contre le bord du trottoir façon American History X, les femmes sont belles, vivantes, dynamiques. Pas besoin de top model ou de femme fatale. On s’attache aux personnages mais on ne vas pas jusqu’à les vénérer. Voire fantasmer sur eux. Sauf bien sûr Natalie Wood que je défoncerais bien à coup de tessons de bouteille. Je ne sais pas pourquoi, je vous assure, mais tous les passages dans lesquels elle apparaît déclenchent en moi une bouffée d’angoisse, un réchauffement de la planète, une gastro carabinée parce que c’est dans l’air du temps. Et des toilettes du coup.
Pour l’époque, le bisou sur le front de Tony à Maria aurait valu le carré blanc lors de la retransmission dans le téléviseur en bois familial, les jupons et les froufrous qui volent un avertissement du général De Gaulle avant la diffusion. Et pourtant, quelle sobriété, quelle finesse ! Inutile de montrer des femmes à demi nues pour susciter l’intérêt des mâles, dont je fais partie pour sûr, et déclencher des réactions chimiques que la morale bien-séante de l’époque réprouve.
Par exemple, voir ici le clip érotico-latin de Shakira. C’est… un autre genre.
Et le reste ? Les artistes accomplis, les “gueules” de l’emploi, le contexte d’intégration des portoricains fraîchement immigrés2, les répliques cinglantes mais drôles, le respect (malgré tout) de l’autorité en place. Toute une époque qu’on a laissée derrière nous comme surannée, désuète, obsolète et plus, rangée, niaise, stupide, inaboutie.
C’est un très grand film, que je montrerai vraisemblablement à mes enfants. Parce qu’il ne sera jamais démodé. Jamais.
Bien sûr, le thème, ô combien éculé de sa mère, vend toujours autant : Roméo et Juliette, Tony et Mariiiiiia, l’israélienne avec le palestinien.
Avec un bémol. Dans les deux premiers cas, l’histoire a toujours été romancée, colorisée, nuancée et mise en musique (Roméo + Juliette, nouvelle version, est un chef-d’oeuvre artistique, même pour un vieux con). Dans le dernier, les évocations -journalistiques ou cinématographiques- sont toujours politisées, à peine teintées, délicatement aromatisées. Pourquoi ne pas “dédramatiser” [attention à la marche !] le conflit par ce biais ?
Pour finir, le DVD collector contenait un DVD supplémentaire avec des bonus à foison, la version orchestrale des musiques de Bernstein en CD audio, une affiche dédicacée (dans le genre “au marketing, la moquette est soyeuse” on ne fait pas mieux) et un livret d’une quarantaine de pages sur le film.
Tout compte fait, je crois que je vais le leur piquer, leur cadeau.
1 : Je vous ai déjà dit ce que disait mon père sur “hormis” ? Et sur “en outre” ?
2 : En voilà un joli modèle pour nos banlieues tiens… Au lieu de nous gaver avec des discours de miséreux à longueur de journée, une belle chorégraphie intégrant les jeunes de la cité des 4 000 et les jeunes étudiants de l’Université de Pasqua. La musique d’Obispo, sous la direction de Kamel Ouali. “C’est tellement simple, l’amour…”.





















