Parfois je retiens ma respiration pendant 17 secondes.
L’aphorisme de fin d’année
Le 26/12/2007 - 11:21

 

L’autodérision est le meilleur remède contre les chevilles qui enflent.
Tant mieux, je fais de la rétention d’eau.

C’est de moi.

Joyeuse année 2008.

Il paraît qu’il ne faut pas souhaiter joyeuse année avant la nouvelle année sinon ça porte la poisse (c’est l’une de nos assistantes qui me l’a dit).

Alors joyeuse année 2008, sauf à ceux qui vont crever parce qu’ils viennent de le lire.

Toupie or not toupie
Le 18/12/2006 - 13:15

Samedi c’était le 16 décembre 2006. Donc mon anniversaire, je fêtais mes 32 ans.
J’aurais pu vous en vouloir à vie, ami(e)s lecteur(e)s, d’avoir oublié de me le souhaiter et ainsi faire perdurer cette tradition constantinoise du tu-m’as-pas-appelé-on-est-fâché-à-vie. Mais non, mon coeur d’or aura raison de ma susceptibilité.

Et certains d’entre vous ont été adorables, et je tiens à les remercier ici : Chipie (qui m’a même envoyé une photo d’elle), Béret-vert (dans un commentaire du précédent article, ce qui aurait du vous mettre la puce à l’oreille) et Caelle qui m’a expédié une copie d’un bouquin qu’elle a écrit (ça c’est du cadeau personnalisé !). Le reste vous pouvez aller crever.

32 ans, et un mot qui revient régulièrement : vieux. Vieux. Tu es vieux maintenant. Pfff, même pas vrai.

Le grand philosophe et humoriste Tomer Sisley déclarait “on devient vieux lorsque la langue sort pour attraper les aliments”. Je pense que c’est largement réducteur.

Je pense que tu deviens vieux quand tu ne comprends plus (ou que tu refuses de comprendre) le langage des jeunes. Le piercing, le jean taille basse et les tournantes improvisées.
Je pense que tu deviens vieux quand des filles que tu pourrais encore draguer sans craindre la justice t’appellent “monsieur”. Ca ça craint grave sa mère.
Je pense que tu deviens vieux quand les gens te proposent une place dans le métro. Ouais tu parles, le parisien vaut mieux l’avoir en journal.
Je pense que tu deviens vieux quand le bruit et l’agitation t’agacent pour un rien. Que tu es capable de monter chez le voisin parce qu’il danse la polka avec ses talons à l’heure de la sieste.
Je pense que tu deviens vieux quand tu deviens frileux, au sens propre et figuré. Un Damart pour le torse et plus de pistes rouges sans moniteur.

Mais surtout je pense que tu deviens vieux quand tu commences à réaliser la valeur de ceux que tu aimes et de ceux qui t’aiment. Valeur optimiste (je me rends compte de ce qu’elle m’apporte) et pessimiste (je me rends compte de ce que je perds si elle disparaît).

Lorsque j’avais presque 18 ans, je sortais avec une fille qui avait perdu son père deux ou trois ans plus tôt. Vous savez ce que c’est, dans les disputes on n’est pas toujours obligé d’être de bonne foi. En bout de course, elle m’avait asséné cette phrase terrible “de toutes façons je suis plus mûre que toi, après ce que j’ai vécu”. Et moi de rétorquer “tu n’es pas plus mûre, tu es plus sensible”. Du haut de ma connerie adolescente. Qui prétendait évaluer la douleur de cette fille comme on pèse ses patates au marché.

En fait je pense que j’aurais pu dire “tu es juste plus vieille, malgré tes deux ans de moins que moi”.

J’ai eu du mal à être vieux tout au long de ma vie. J’ai souvent eu du mal à évaluer la valeur optimiste et pessimiste des gens qui m’entouraient. Je m’en suis voulu longtemps. Etait-ce de l’insensibilité ? Ou juste un “attardement” ? Resterais-je un gamin toute ma vie ?

Puis je me suis marié, les choses m’ont paru plus évidentes, naturellement. La valeur de personnes qui me sont chères m’a semblé éclatante, palpable. Peut-être que je suis vraiment devenu vieux ces derniers temps.

Ah la la, il n’y a plus de respect mon bon monsieur : personne pour souhaiter un bon anniversaire à un p’tit vieux, vous vous rendez compte ?

Le titre de cet article sera plus évocateur à ceux d’entre vous qui ne participent pas à la goypride : lors des fêtes de Hannouca, le jeu traditionnel est la toupie. Contextuel donc.

Je fume, vous fûtes
Le 23/11/2006 - 23:26

La rupture, un terme repris au compte de la politique avant-gardiste post-moderne (comprenez : rien de nouveau), a quand même du bon.

Elle permet déja de relativiser, de prendre du recul sur sa propre condition (organique, intellectuelle etc.) et par l’analyse des fiertés et des douleurs associées, de déduire les schémas structurants de l’avenir. Ce que, dans l’informatique-des-gens-intelligents on nomme des patterns.

Dans le monde politique et social, les patterns sont souvent exclusifs lorsqu’ils appartiennent à “la droite” ou “la gauche”. Pour la droite, le crédo est “libéral pas social”. Pour la gauche, c’est l’inverse.

Quelle connerie. Il y a quand même des patterns plus importants que les divisions droite/gauche, rendues floues depuis longtemps par les hommes politiques d’aujourd’hui (Mitterand et Fabius, c’est pas les plus grands gauchos purs du siècle quand même).

Prenons par exemple l’écologie. Plus précisément, le principe de produire en limitant la pollution : cela devrait être transverse, supra-industriel, voire universel et pas l’apanage ou le fer de lance des “verts”.

Mais quittons la politique politicarde et conservons le thème de la rupture, je vais balancer un sujet qui me tient à coeur : la cigarette.

Lutter contre les fumeurs est, selon moi, un pattern naturel, atavique, inné pour les gouvernements et les messieurs/dames qui nous gouvernent. Fumer tue. FUMER TUE, bordel, c’est marqué partout. Alors on arrête l’hypocrisie en maintenant la vente de tabac en paquets mortels, même pour grapiller quelques millions d’euros de taxes qui iront combler notre dette déjà astronomique ou renflouer les caisses d’un député peu scrupuleux. Interdire à des millions de personnes de fumer en public est une solution démagogique ou, je l’espère, transitoire.

Et puis en réalité, je m’en foutrais si la cigarette ne polluait pas. La cigarette pollue probablement l’atmosphère, je laisse le soin au lecteur de le démontrer (ou de l’infirmer) à titre d’exercice. Mais elle me pollue ma vie, mon entourage, mes poumons. Et ceux de ma famille.

D’abord, fumer tue, mais surtout fumer pue. Fumer PUE. L’odeur des palais nicotinés me donne la gerbe (le lecteur se demande à ce stade : mais euh… t’embrasses beaucoup de gens dans le palais ou quoi ? Je ne répondrai pas à ces basses attaques). Un type qui me souffle dans les naseaux ses effluves tabagiques infâmes engendre en moi des pulsions primaires voire australopithèques de sauvagerie. Un type ou une femme, hein. Quand on me refile de la mort, je ne suis pas sexiste. Alors que quand on me refile de l’amour, j’ai une préférence avouée pour les femmes. Mais ma femme a une préférence très prononcée pour que ma préférence lui revienne.

Rajoutez à charge le mélange tabac + café serré sans sucre, dès le matin à l’arrivée au boulot. De quoi provoquer des grossesses nerveuses spontanées.

Et les odeurs sur les vêtements ? Tu sors ton beau costume de bar-mitsva pour une soirée dans un bar à la mode, tu peux immédiatement le passer à la Javel. Pas uniquement parce que ton voisin de table a tout dégobillé son cocktail au curuçao et noix de cajou.

Fumer tue, on ne le répétera jamais assez. Mais fumer tue d’abord l’entourage, on ne le répétera jamais assez. La preuve tiens.
Une superbe publicité diffusée à la télévision (il me semble, je l’ai vue au cinéma pour ma part) montrait une petite fille qui, à 7 ans, avait déjà fumé plus de 5000 cigarettes, par tabagisme passif.

Ma femme a arrêté de fumer il y a plus d’un an, béni soit ce jour fatidique.

Je t’en prie, ami(e) lecteur(e), jette-moi cette merde dans le caniveau : clope, paquet, cartouche. C’est par pur altruisme que je te le demande (dernière semonce avant que je te materazze). Parce que, pour plagier la réplique de Kurt Russel dans BackDraft : “tu tombes, on tombe”. Tu meurs, on meurt. Et perso, je préfère que tu meurs tout seul. Par pur altruisme hein.

Nine eleven, et après ? Thirteen ?
Le 12/09/2006 - 20:53

Avant-hier, c’était le onze septembre.

A la radio, on nous a encore gavés de commentaires les plus divers, de la femme qui pleure en parlant de son fils mort sous les décombres des tours jumelles à l’analyste glacial pour qui, “l’Amérique sait depuis lors qu’elle ne sera plus jamais en sécurité sur son propre sol”. C’est lassant, c’est lassant…

On parle d’anti-américanisme primaire chez nous les Français. Ben on n’est pas loin, et pas dans les couches inférieures de la société, “la France d’en bas”, la lie de l’éducation non non. Des gens bien éduqués, avec la chemise, la cravate et le balai où je pense qui vous assène des vérités comme “les Américains, ils sont tous …”.

Ils sont tous quoi ?

Bénis oui-oui ? Rigides ? Patriotes ? Obèses ?

Combien de bêtises j’ai pu entendre lors de conversations mondaines, dans le métro. Ou sur mon lieu de travail.

“Ah mais attends, les films américains, Hollywood et compagnie, c’est pauvre, ils nous imposent un modèle et…”. Je veux pas dénoncer mais je me demande où sont les grands films français depuis cinq ans, comparés à ceux qui sont sortis aux Etats-Unis ? La grande époque du cinéma français est derrière nous, c’est pas avec Lorent Deutsch ou Pascal Légitimus qu’on fera une ombre aux palmarès américains. Evidemment qu’ils sortent régulièrement des monuments de cadavres cinématographiques pré-emballés. Mais je troquerais pas un Ray ou un Batman begins pour tous les films français des deux dernières années… Effroyables jardins, ça date de 2002 quand même.

Et puis étendons la lutte, parce que je cause des américains, mais tous les schémas englobants me mettent hors de moi. “Ah mais les Indiens, ils sont particuliers, ils sont tous…” ou “les Africains” ou “les Juifs” ou “les Arabes” ou… Bon j’arrête on tombe dans les banalités que je dénonce.

Une fois un copain m’a dit : “c’est normal que tu sois pro-américain, toi”. Je m’étonne. “Ben oui, poursuit-il, vu leur position avec Israel”.

Coupable de pro-américanisme primaire, voyez-vous donc. “Ben non, que j’lui réponds, j’ai pas du tout aimé Los Angeles”.

Et puis tout ça, c’est de la gnognotte. Les pois chiches dans le couscous. Les français sont anti-américains primaires (tiens, moi aussi je généralise), les américains sont anti-français primaires… C’est sûr que c’est le bon terreau où fermentent de bonnes guerres, mais ça reste des préjugés “passifs”. Idiots mais pas agressifs (personne n’a été agressé en France parce qu’il est Américain. Physiquement en tout cas).

Mais prenons Christophe Alévêque, le comique, qui n’a de point commun avec l’extrême-droite que sa moustache hitlérienne et l’appartenance à un mouvement politique extrême lui aussi (”à babord toutes !”). Attention je n’ai rien contre l’extrême-gauche. “Il faut de tout pour faire un monde” chantait l’imbécile heureux dans le générique d’Arnold et Willy. Alors il faut aussi des gens très maladroits, dits d’extrême-gauche, voilà.

J’ai vu son premier spectacle au Trévise, je me suis fait pipi dessus. C’était mi-2001. Puis je l’ai revu, à moindre coût, il passait dans la ville où habitent mes parents. Soucieux de me poiler un soir de pluie et de renflouer les caisses de ma ville -communiste, j’aurais dû faire le lien à l’époque-, je fonce admirer l’artiste. Qui se la pète, cela dit, pas sympa pour deux prunes, mais là n’est pas le débat. Ca dégouline d’anti-capitalisme marxiste, ça suinte l’alter-mondialisme rebelle, mais c’est très drôle, encore.

Et puis j’ai acheté le DVD, que je me suis empressé de visionner sur mon grand écran de riche capitaliste mais qui emmerde tout le monde, je l’ai payé à la sueur de mon front. Et là, il me calme. Au bout de vingt minutes de spectacle, ce malotru prétend se moquer des Etats-Unis en rappelant le 11 septembre 2001. D’un goût douteux certes (on entend les murmures dans la salle) mais il a le droit, c’est vrai. Mais c’est bien plus visqueux quand il en rit, d’un air de dire : bien fait pour votre gueule, ça me fait trop marrer que ça vous arrive à vous (si vous ne me croyez pas, faites-vous prêter le DVD ou téléchargez-le, je paierai votre amende et je prierai pour votre salut en prison).

Bien sûr, il est bête, il ne sait pas. La dépersonnification des victimes, forcément, ça permet de prendre un recul morbide. Mais quand même. Quand même.

Et pour finir sur du poncif 100% d’origine, je dirais que tous les peuples, civilisations, races, nations ont des qualités et des défauts (sauf les juifs évidemment. Va falloir vous rentrer dans le crâne un jour qu’on est le peuple élu, bordel).

Remarque, je dis ça, les Italiens c’est tous des grandes gueules qui font qu’à nous provoquer pour qu’on leur mette des coups de boule dans le thorax…

Polémique j’ai guère
Le 20/06/2006 - 22:37

Cela faisait longtemps, tiens, une petite polémique entre personnes de bonne constitution.

L’article source est ici. Cela prend 30 secondes à lire.

Le sujet : Eric Raoult (député-maire du Raincy) s’indigne des tenues vestimentaires des collégiennes et lycéennes par temps chaud.

En lisant l’article copyright AFP, j’avoue avoir été moyennement surpris de l’exploitation médiatique et de la récupération politique de son allocution. C’est toujours la même chose partout, perpétuellement : le fond du message est extrapolé ou perverti, on manigance contre le parti du personnage (si c’est UMP alors c’est forcément nul, de droite, extrémiste, salop, assassin etc), et on attaque là où le bât blesse, jusqu’à atteindre des sommets de démagogie presque aussi pitoyables que dans les grandes périodes propagandesques de notre pays (ou d’ailleurs d’ailleurs).

Je vais m’intéresser au fond, pour ma part. Quel mal y a-t-il à dire que les déliquants jeunes écolières portent des tenues “provocantes” et “à la limite de la décence” ? Et surtout, pour sortir du débat passionnel bien/mal, ce bonhomme n’a-t-il pas mis en évidence une dérive de la fringue chez nos benjamines ?

Que l’on se comprenne : il existe une décence manifeste, un code vestimentaire implicite dans les entreprises. Certaines sociétés sont moins exigeantes que les autres évidemment, mais généralement, les employés sont tenus à être habillés selon le “bon sens”.

Evidemment, si on parle de l’entreprise de Pigalle à 2€ le DVD, la tenue est plutôt tendance “légère”. Ne me demandez pas comment je le sais, c’est un copain qui me l’a dit.

Certaines écoles (et les vieux qui lisent en parleront mieux que moi, mais proche de ma scolarité également) imposaient la blouse aux élèves, afin d’éviter toute distinction vestimentaire. Dans la mienne d’école, un surveillant au portail matait surveillait les filles et leur tenue. Trop décolleté, trop court, trop découvert, trop moulant même, un aller-retour à la maison.

Alors quand je lis ceci, je me marre :

C’est “un faux débat, déplacé, un non sujet”, a insisté Corinne Tapiero, vice présidente des parents d’élèves Peep. “On vit dans un système que M. Raoult n’a pas bien compris: les adolescents s’habillent aujourd’hui pour être fondus dans la masse”, a-t-elle expliqué.

D’après cet argument, tu m’étonnes qu’il faille acheter des jeans truc à 1400 balles ou des baskets machin à 1000 balles pour se fondre dans la masse. Ensuite, je me demande qui fait un “hors sujet” dans sa réponse. Raoult demande juste à ce que les filles s’habillent pas comme des putes de manière décente, pas de les enfermer dans “une burqua” pour citer Faride Hamana, (président de la FCPE, première fédération de parents) qui a vraiment tout compris au problème.

On a looooonguement discuté de la laïcité à l’école. Moi la laïcité elle me gave. C’est un prétexte pour y coller tout et n’importe quoi. Mais la décence à l’école, c’est trans-éducatif, désolé du barbarisme. Ca dépasse ces guéguerres entre islamistes gentils, islamistes pas gentils, droite, gauche, tolérants, intolérants etc. C’est du savoir-vivre !

Vous allez me dire : “ah, mais qui peut juger de ce qui est indécent ou pas ?”. Je vais vous répondre : “le bon sens”. On ne cause pas d’arbitrage de Coupe du Monde (oups, mauvais exemple) mais d’éducation. Je ne peux pas croire qu’une mère (et surtout un père) laisse sa fille sortir à 15 ans avec, pour citer Raoult, “le pantalon baissé de façon qu’on voit le piercing et les premiers poils du pubis“.

Vous allez aussi me dire : “t’es un extrémiste, un intégriste religieux, un fanatique, un consultant en informatique”. Tout n’est pas faux, déjà. Et si je devais choisir pour mes enfants entre une école publique républicaine laïque mais avec de telles “valeurs” et une école privée républicaine religieuse consciencieuse de la pudeur des jeunes filles, j’opterais irrévocablement vers le second choix. D’ailleurs, vu comme c’est parti, je me demande pourquoi j’emploie le conditionnel.

Mais bon, je suis mauvais juge, j’étais déjà contre les publicités 4×3 avec des filles à demi nu alors…

Byalpel, à peine 31 ans, déjà “vieux con”.

Friends est une série de naze
Le 05/06/2006 - 20:54

Le titre, c’était juste pour le coup de gueule.

Les moins autistes d’entre vous auront remarqué combien, et ô ami(e) lecteur(e) sache combien je le regrette parfois, la qualité et la fréquence de mise à jour de ce blog est dégradée ces derniers temps (disons un mois pour être juste). Allez, là, on dit “mais non, mais non” pour rassurer l’auteur qui, rappelez-vous, n’est pas payé pour toutes les insanités qu’il commet ici régulièrement.

La raison est simple et limpide : je travaille beaucoup. Vous saisirez la nuance avec “j’ai beaucoup de travail”, terme utile aux fonctionnaires pour justifier un arrêt maladie pour harcèlement moral.

Je travaille beaucoup… mais j’aime ça. J’aime mon travail, j’aime ce que je fais, j’aime ma boîte, j’aime mes clients (surtout la grande mannequin), j’aime mon métier en fait.

En quoi consiste mon métier, j’aurais du mal à le définir. Un raccourci autodescriptif qui conviendrait : “Des gens ont des problèmes. Des problèmes parfois identifiés, d’autres souvent enfouis. Parfois les gens sont les problèmes. Mon métier consiste, pour la modique somme d’environ un SMIC par jour, à identifier l’ensemble des problématiques du domaine concerné et d’accoucher d’une solution basée sur la minimisation des contraintes et la maximisation des objectifs.”

En plus raccourci encore, je dirais que je suis à la fois plombier et psy : pour une somme élevée, je suis capable de colmater les fuites physiques (l’informatique) et psychologiques.

Ce que je préfère dans mon full time job, c’est évidemment le côté psy (car je suis un fin psychologue, :fuck: ).

Certaines équipes qui ne se parlent jamais ou qui ont des objectifs antinomiques doivent communiquer pour la réalisation d’un projet commun. Mais comme toujours, communiquer c’est dur !

Transmettre un message à l’autre, cela demande un maximum d’énergie. Malheureusement, qui dit transmission dans un milieu non adiabatique, dit déperdition. En effet, si l’intensité initiale (la volonté) est de 100, l’intensité émise est nécessairement inférieure, disons 80 pour les génies, 50 pour le commun des mortels. A la réception, pareil : celui qui entend reçoit forcément moins d’énergie. Bilan : 100 émis, 10 reçu. Même les lasers du commerce ont de meilleurs rendements !

En traitement du signal (comment j’ai pu me la péter avec mon Mastère en traitement du signal : “oui et toi tu as fait quoi ? Ben moi, Mastère de traitement du signal… Oh purée, ça veut dire quoi ? J’sais pas mais ça en jette…“), la déperdition est liée à la fonction de transfert du canal. Dans le cas du téléphone portable par exemple, le canal c’est l’air ambiant (+ intempéries + interférences électromagnétiques) jusqu’à la borne la plus proche.

Dans le cas de l’humain, on décompose ce canal en trois : le prisme (ou différentiel) entre mon moi intérieur et mon moi extérieur, la parole et le sens des mots (je ne vais pas vous refaire toute la théorie) et le prisme entre le moi intérieur/extérieur de mon interlocuteur.

Comment optimise-t-on la communication ? En optimisant ce canal, bien vu jeune Padawan !

Pour la parole, utiliser des termes précis et descriptifs blablabla. On le sait, on aborde des limitations intrinsèques au langage. Peu d’intérêt.
Mais optimiser le prisme interne, quelle aubaine !

Lorsque l’on fait du conseil, il faut savoir être humble, faire preuve d’abnégation parfois, et connaître ses propres forces et faiblesses en permanence. J’avais déjà expliqué sur ce site l’importance de réduire la membrane entre ce moi intérieur intime, faible et bourré de complexes, et le moi extérieur que l’on offre aux autres, arrogant et sûr de lui (et dominateur si on est juif, d’après le Général) pour exister réellement. Toute disproportion entre l’extérieur et l’intérieur crée l’effet “ballon de baudruche” : on pique un coup et paf ! ça éclate.

Ce travail sur soi permanent est un des axes majeurs de la vie en société (et de la relation de couple !) : connaître exactement ce que j’amène, reconnaître exactement ce qu’on me donne (merci le Talmud !). Pour ma part, je ne dis pas que je réussis à appliquer ce travail, mais je m’y efforce.
Et j’avoue que je suis en permanence tenter d’appliquer cette méthode de “coaching” en clientèle : au lieu d’essayer tant bien que mal d’optimiser le canal intermédiaire (le langage, les écrits), les obliger à se chercher eux-mêmes en réglant certains conflits intérieurs (liés au boulot évidemment : je ne vais pas régler le complexe de surpoids de ma cliente).

Et en les forçant à se dépasser, je m’oblige immanquablement à me dépasser.

Hé oh, être payé pour progresser ? Vous trouvez ça où vous ?

La dette morale
Le 21/03/2006 - 23:32

Quand je disais que cette semaine n’était pas la semaine de la blague, je mentais un peu. Demain ça sera mieux sûrement, mais pas pour cette fois.

Préambule talmudique

Le jour de Kippour (ou “Jour du Grand Pardon” : quand j’entends cette appellation, j’ai envie de me couper les veines avec une boîte de conserve rouillée) est un jour particulièrement important dans la religion juive.

Même certains juifs non pratiquants (cela ne signifie pas qu’ils ne sont ni médecins, ni avocats, ni vendeurs en gros mais plutôt qu’ils regardent la religion de loin) viennent à la synagogue le jour de Kippour, pour les dernières minutes.

Si on dépasse le côté traditionnel et folklorique de ce jour, on retiendra une idée forte : la notion de pardon (d’où la traduction corrosive. Pour ma part, je traduirais plutôt par “le Jour de la Grande Introspection Qui Nous Fait Réfléchir En Nous-Mêmes Amen”).

Le Talmud précise que le pardon à deux dimensions : pour les erreurs commises envers D.ieu, et pour celles commises envers son prochain.

Les erreurs commises envers D.ieu symbolisent, grosso modo, “moi et ma conscience” : j’ai franchi certaines règles édictées, auxquelles j’adhère (ou pas). Ai-je assez d’humilité pour l’admettre ? A quel point ce changement a-t-il affecté ma croyance, ma foi, mes concepts, mon chemin ? [Si ceci ne vous parle pas, passez à la ligne du dessous, cela n’a pas d’importance].

Les erreurs commises envers le prochain mettent en exergue notre relation avec l’autre : en quoi ma façon de me comporter a-t-elle nui ou porté préjudice à l’autre ? L’autre qui est ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues, la vieille dame dans la rue, le petit Africain qui peine à manger.

Et le Talmud de conclure : les fautes “verticales” sont naturellement pardonnées en cas de prise de conscience sincère, les fautes “horizontales” ne sont pardonnées que lorsque l’autre m’a officiellement et sincèrement répondu : “je te pardonne”.

Que doit-on en conclure (ah ben oui, le Talmud est verbeux) ?

Qu’il est impératif, régulièrement, de se poser des questions sur notre comportement vis-à-vis d’autrui pour en tirer des conséquences ? Là, rien de nouveau, merci les mecs. Mais plutôt et surtout, qu’il est primordial de se confronter à l’autre en lui demandant pardon. De formuler clairement et intelligiblement : “ce que j’ai fait ici est bête” ou “je t’ai calomnié, je suis désolé, j’ai été un imbécile”.

L’introspection c’est bien, mais cela ne nous confronte pas aux réalités. Formuler et énoncer ses erreurs à haute voix devant un humain qui de facto nous juge (un peu comme chez le psy) est essentiel.

Fin du préambule talmudique

Dans ma boîte, on parle de “dette technique” lorsqu’on veut évoquer le fait qu’à force de faire des programmes informatiques à la va-vite, on accumule la complexité et que, bien plus tard, lorsqu’on veut moderniser, on se retrouve avec des tas de fils graisseux enchevêtrés, difficilement démêlables. En gros quoi.

Je pense que cette notion est simplement transposable à celle de “dette morale”. A force de laisser s’accumuler des tensions, si minimes soient-elles, des non-dits, des rancoeurs, des choses qu’il aurait fallu dire mais que l’on n’a pas osé, ou tenté, ou eu la confiance de formuler, alors on fabrique cette dette morale, rapidement inextricable.

On retrouve cela dans notre boîte. On retrouve cela chez nos clients. On retrouve cela chez nos amis. On retrouve cela dans nos familles. On retrouve cela avec notre femme et nos enfants.

Alors qu’il suffirait d’un simple Kippour pour effacer cette dette morale.



Vous allez me dire : t’as quelque chose à te faire pardonner ? Ben non. Je me suis juste rendu compte que, dans les boîtes, on communique par mail et non de visu, on évite d’affronter et de dégoupiller certaines situations pour les laisser s’encrasser, se rouiller, voire s’envenimer. Alors j’ai étendu le concept. Est-ce que je parle de ma boîte ? Entre autres, oui, mais ce phénomène je le vois aussi chez mes clients. C’est juste que ça me ronge de voir combien l’humain peut être bête parfois…

Panne d’essence - l’exode
Le 14/02/2006 - 02:37

[La genèse est ici]

Si vous avez manqué le début : dans le précédent article, j’expliquai, selon mon point de vue, ce qui pouvait choquer les musulmans dans les caricatures publiées par le journal danois. Je rappelai également que les traits identitaires des individus sont souvent interprétés comme des attributs (des codes-barres) alors qu’ils sont parfois bien plus, faisant partie pour nombreux d’entre eux de leur essence.

Le tome 2 pose des questions nécessaires et accessoirement apporte des réponses limitées et biaisées mais n’est-ce pas la méthode la plus simple pour lancer un débat ?

“La vérité si je mens”. Si vous n’avez pas vu le film, honte sur vous (les expatriés depuis plus de 40 ans sont excusés) ! Mais au-delà du film, qu’y avez vous vu ? Pour certains, rien de flagrant : l’ambiance des juifs du sentier est chaleureuse, chaude, typique … et fermée. Pour d’autres, la démonstration sans équivoque que les juifs regorgent d’argent, passent tous leurs week-end à Deauville et roulent en BMW. Bon, pour le coup, c’est un peu mon cas alors je ne vais pas trop la ramener…

Pourtant la réaction la plus étrange a été celle de certains de mes correligionaires : pour eux, la caricature était extrême et portait préjudice à l’ensemble de la communauté juive qui avait été présentée en permanence de l’argent plein les poches.

Aux -puissants- Guignols sur Canal+, Chirac était devenu un policitien sympathique aux yeux des gogos amateurs de Grany Smith. Alors qu’Edouard Balladur passait pour un mou dépassé et sourdingue (le fameux “le monsieur te demande…”). Les animateurs des Guignols eux-mêmes reconnaissent l’impact fort qu’ils ont sur le public grâce à leurs “caricatures”.

Qu’elle n’a pas été ma surprise de découvrir, il y a deux ou trois ans, un Ben Laden cynique mais drôle, intégriste mais intégré, terroriste mais légitimé (contre l’hégémonie américaine). Le fameux “ispice di counasse” que reprend mécaniquement la jeune génération, à l’instar du “j’t'ai cassé” du Brice provençal.

Enfin, le triste sire de l’humour noir/Noir, Dieudonné qui crache sa bile et sa rage à qui veut l’entendre en stigmatisant les juifs (et les sionistes, on n’est plus à un amalgame près) alors qu’il est l’archétype même du pauvre gars qui se trompe de colère, pour citer le poète moustachu.

Quel lien fais-je entre ces trois exemples ? Où veux-je en venir ? A quelle heure on mange [Note : parce que je suis dans le train qui revient de cette ville triste qu’est Lyon et que je meurs de faim, cette question est bien plus légitime que celles qui la précédent]

Le lien me paraît plus ou moins évident : liberté d’expression, la possibilité de “rire de tout mais pas avec tout le monde” et autres fadaises.

Aujourd’hui, les gens hurlent pour revendiquer leur droit à la liberté d’expression. Le droit. Je pouffe.

D’abord, prenons conscience s’il vous plaît que cette revendication est un luxe de gosse de riche, enfin de pays riche. Allez demander aux gamins du Soudan, de Cuba, d’Egypte, du Vietnam, d’Iran, du Tchad etc. ce qu’ils pensent de leur liberté d’expression. Alors un peu de respect.

Ensuite, démocratie et liberté d’expression sont deux concepts distincts et sûrement pas bijectifs [ce n’est pas le terme mathématique idoine mais il ne me vient pas à l’esprit alors que j’écris. Si une âme charitable veut bien m’aider, qu’il soit béni]. A mon sens, la liberté d’expression implique de manière souvent immédiate la présence d’un régime démocratique ; alors qu’il existe des régimes démocratiques dans lesquels la liberté d’expression reste un concept. Le Hamas a été élu démocratiquement par exemple et je ne veux pas faire de procès d’intention, mais bon… On imagine mal des palestiniens faire ce que font les extrême-gauchistes du mouvement “La paix maintenant” (chalom akhchav) en Israel…

Ceci pour dire que la liberté d’expression est un luxe que ne se partage pas l’ensemble de la planète. Au passage, mais ce n’est pas mon sujet, un type intelligent, sur le “forum” de Matthieu, avait pointé du doigt les événements de mai 68 comme point de départ de cette revendication actuellement “excessive” de la liberté d’expression.

Ensuite, au simplificateur “on peut rire de tout mais pas avec tout le monde” desprogien, utilisé souvent à tout bout de champ pour justifier un terrorisme intellectuel ou psychologique (je connais des types qui harcèlent sexuellement des filles en se cachant derrière un “oh bah ça va on peut rigoler !”) rarement avoué.

“On peut rire de tout”. Reprenez vos cours de philo (j’ai eu 15 au bac je vous l’avais dit ?). Alors, pouvoir c’est “avoir le droit” ? “Avoir la capacité” ? “Être en mesure de” ?

Le droit. Je pouffe-pouffe repouffe. Actuellement, tout le monde revendique son “droit” à quelque chose. J’ai le droit au chômage, j’ai le droit à des aides, j’ai le droit de gueuler sur mon professeur s’il me parle mal, j’ai le droit de faire emprisonner mon père s’il m’a frappé, j’ai le droit de… On a tous le droit d’avoir des droits.

Mais alors, les devoirs, merci bien. On ne veut pas payer d’impôts, on ne veut pas cotiser aux organismes sociaux, on ne veut pas respecter ses professeurs ou ses parents, on ne veut pas trop se fatiguer pour trouver du boulot etc etc.

Je ne crois pas que “on peut rire de tout” signifie “on a le droit de rire de tout”. Sinon Patrick Timsit n’aurait pas été devant les tribunaux pour son sketch (fort goûteux) sur les handicapés et ne se serait pas excusé auprès d’une association les représentant en indiquant qu’il ne mesurait pas à l’époque la dureté de son propos.

Vous allez me dire : “aaah mais c’est pour cela que l’aphorisme conclut par mais pas avec tout le monde” ! Et vous aurez raison. probablement. Il vaut mieux garder ses blagues blessantes, ou racistes, ou violentes, ou vulgaires pour un public conquis. Ou neutre. Ou indifférent. Dans ce cas alors, il parait difficile de revendiquer une liberté d’expression où l’on peut “rire de tout” dans un journal national à fort tirage ou à la télévision.

Pour ma part, je préfère une version dans laquelle “on peut rire de tout” signifie “on a la capacité à rire de tout”. Dans la potentialité. Et pas uniquement à rire, mais à écrire, critiquer, remuer, chercher, douter, remettre en question sinon c’est la mort de l’esprit, c’est la stagnation.

Néanmoins, seule notre conscience doit déterminer si l’on peut balancer des grosses blagues grasses sur la Shoah ou sur les trisomiques dans Libération ou sur TF1 en prime time. Ou se moquer de l’Islam dans un journal danois. [Attention, je justifie ici uniquement pour la transition. J’ai déjà répondu sur la portée de ces caricatures dans la genèse]

Vous allez me dire : ah mais les trisomiques ils y peuvent rien, la Shoah est une douleur universelle, mais la religion ils l’ont choisie alors on peut se moquer. Je réponds : bof, si la religion n’est pas sacrée pour vous (cf. dico : “sacré : à quoi l’on tient par-dessus tout”), elle ne l’est peut-être pas pour d’autres et dans ce cas, on retombe sur ma potentialité.

Et cela nous mène tout droit vers mon tome 3 : des religieux à notre siècle de lumière, comment est-ce possible ? [Teaser : lampadaire ou projecteurs ?]



Au passage, il y a encore des naïfs qui considèrent la démocratie comme l’ultime régime pour le genre humain. Bah, ça fera rire nos arrière-petits-enfants comme nous rions encore des monarchies…

Panne d’essence - la genèse
Le 08/02/2006 - 01:54

“Entrez donc mes amis, c’est la tempête dehors ! Asseyez-vous près de l’âtre, et buvez cette tisane chaude. Le temps que ça se calme.” (Byalpel Atarte, Le vieil homme et sa mère, Grassouillet - 1998)

Quand je constate l’ampleur du raz-de-marée de bêtise et de violence qui déferle sur la planète ces derniers jours, je m’interroge. Sur plusieurs points.

D’abord, comment ne pas sombrer irrémédiablement dans l’anti-islamisme ? Voire dans l’anti-Islam (notez la différence de casse) primaire ?

Ensuite, comment interpréter la réaction quasi-unanime de la planète ? Qui revendique haut et fort la liberté d’expression dans un premier temps. Puis qui, tantôt bafouille et s’excuse auprès des musulmans, tantôt incrimine et décrie l’ensemble des religions ?

Enfin, comment replacer la religion, non au sens identitaire du terme mais dans son caractère intrisèquement culturel et cultuel, dans une époque aussi évoluée que la nôtre. Et moi-même, qui suis-je dans cette tourmente ?

Je voudrais, en remarque préliminaire, préciser deux points :

- Le sujet est vaste, bien trop vaste pour le traiter sur un article de blog et bien trop vaste pour ma petite tête. Je couperai fatalement des branches, taillerai parfois des pans entiers, omettrai certainement - volontairement ou pas - des idées ou des concepts corollaires.
- Même si l’on aborde des sujets de manière détachée, je m’implique forcément dans mes textes en général et peut-être plus dans ceux qui touchent à une partie de mon moi. Tout auteur encaisse les critiques personnelles de manière variable, soyez indulgents et/ou diplomates…

Je vais tenter de répondre à la première question rapidement. Sombrer dans l’anti-islamisme : c’est une nécessité. Je veux dire par là que cet intégrisme qui nous touche désormais directement doit être combattu. Avec des armes s’il le faut. C’est violent, mais comme au bac à sable, ce n’est pas moi qui ai commencé. Et je préfère filer un coup de pelle plutôt que me retrouver sous le sable.

Pour l’anti-Islam, je vais devoir m’étendre un peu. Mais la conclusion, pour les plus pressés, est la suivante : je serai musulman s’il faudra défendre leur foi, avec l’esprit ou avec les mains. Maintenant je m’explique, avant que ma famille lise cette dernière phrase et s’inflige la punition du perroquet qui se marre (l’ara qui rit).

Imaginez une caricature publiée en Nouvelle-Guinée représentant, pour la déconne top délire, une image de Moïse en train de sacrifier un bébé catholique (afin d’obtenir un far 100% breton). Et, juste au-dessous, une image de Moïse aux cheveux blonds ondulés, torse halé, surf waxé sur l’épaule, entouré de deux nanas callypiges, mer ouverte en deux et un super slogan fluo pour un préservatif.

C’est mon avis, bien entendu, mais j’aurais été indigné de la première. Et la seconde m’aurait fait marrer, avec un petit pincement au coeur sûrement (pour les deux nanas). La raison est simple : dans le premier cas, mon identité a été rabaissée en public puisque cette image accable spontanément tous les juifs (ou alors il faut vraiment être de mauvaise foi). Dans le second, cette publicité imaginaire cible tous les beaux gosses comme moi qui pouvaient draguer jusqu’à pas d’heure quand ils n’étaient pas mariés n’importe qui en utilisant l’individu Moïse comme support.

Pour l’autre qui n’est pas moi, cette identité juive est une “étiquette”, une catégorie, une propriété. “Tiens, Moyché tu es juif ? Marrant. Et sinon, t’as vu quoi hier à la télé ? Tu me passes le pain s’il te plait ?”.

Bien heureusement.

Sauf que. Sauf que cet étiquetage banal se transforme souvent en code-barre. A ne voir que la boîte, on en oublie le contenu. On métonymise. En raccourci, c’est le fameux “t’es marocain ? j’adore le couscous” de Gad Elmaleh.

Alors qu’il existe des racines ancestrales, profondes dans l’histoire, la culture, la souffrance et inéluctablement à l’origine, la religion, la foi.

Pour l’autre, dire que “Tiens, Moyché tu es juif. Marrant.” ne l’engage à rien. Sauf à faire gaffe à ne pas se faire fourguer des stocks jeans pas chers (la vérité).

Mais dire “Tiens, Moyché, tu es juif parce que c’est une religion ancestrale qui est au coeur de ta vie et je respecte ce choix”, c’est très différent. C’est très différent parce qu’à notre époque, cela oblige l’un ET l’autre (on cause de personnages avec une tête bien faite) à admettre que leurs “vérités” ou leurs valeurs respectives ne sont pas supérieures les unes aux autres, ni meilleures. [Evidemment, ceci est un exemple flagrant d’idéalisme tordu. Couper la main d’un voleur est loin de mes valeurs, humanistes s’entend].

Je précise “à notre époque” parce qu’il y a moins de 800 ans en Espagne, dans une ère prospère et stable, aux disputations de Barcelone où les juifs et les chrétiens discutaient “pour la beauté de la chose” ont succédé les premiers pogroms anti-juifs. La beauté de la chose avait un prix, et dans le temps visiblement, les juifs ne rigolaient pas avec les prix, déjà. Ou alors je n’ai pas tout compris.

Ignorer (ou feindre d’ignorer) que les musulmans ont des valeurs, une sensibilité, une dignité, une âme, c’est les considérer comme des codes-barres. Dessiner un Mahomet avec une bombe sur la tête, c’est les considérer comme des codes-barres. Et assimiler l’Islam au terrorisme, c’est du terrorisme.

“Mais, ce n’était qu’une petite caricature de rien du tout !” diriez-vous avec une petite voix de chatte (en fait j’ai traduit en humain sinon ça ne vous parlerait pas). La caricature de Mahomet au paradis, ah oui, c’est un régal. C’est mon Moïse-Brice-de-Nice de tout à l’heure. Mais Mahomet enturbanné d’une bombe, il est difficile de faire passer cela pour de l’humour gras. Le bébé et le far breton idem.

Alors quoi, quand on traitait votre mère de pute au collège, vous ne vous leviez pas vous prendre un pain filer un pain à l’outrecuidant ? Evidemment que si. Parce qu’au fond de vous, vous aimez votre mère. Même pute.

Les musulmans aiment leur religion, leur foi, comme on aime sa mère. Même avec ses défauts (*). Railler leur mère, c’est railler le fond d’eux-mêmes.

Alors quoi me direz-vous et vous aurez raison, on n’aurait pas le droit de discuter de certains sujets, de se moquer ou de critiquer l’essence des religions ?

Ce sera dans la suite de cet article, dans un prochain épisode, pour laisser place à de la détente parce que la polémique, ça va deux minutes.



(*) : Puis, quand vous avez grandi, le proviseur vous a expliqué le stratagème :
- Est-ce que votre mère est une pute ?
- Oui manque de bol Ben.. non !
- Alors pourquoi tu te sens vexé ?
- Ben ce n’est pas gentil, m’sieur !
- Ce n’est pas gentil, mais ce n’est pas vrai. Tu n’as qu’à répondre une remarque intelligente plutôt que te battre. Et être plus sûr de toi.

Et ça fonctionnait. Sauf pour les islamistes qui visiblement n’ont pas été à l’école OU dont la mère est vraiment une pute. C’est peut-être la raison psychanalytique pour laquelle ils s’en vont chercher une consolation chez 70 vierges au paradis.

Les feuilles (de route) mortes se hamas à l’appel (du peuple)
Le 29/01/2006 - 03:26

- “Et alors, toi, t’en penses quoi de la situation au Proche-Orient ?”

- “Sinon toi, c’est quoi ta position par rapport à Sharon ?”

- “A ton avis, c’est bien ce qu’il se passe là-bas ?”

Si vous avez regardé l’exxxcellent spectacle de Gad Elmaleh “l’autre c’est moi” (à ne pas confondre avec Rimbaud : “Je est un autre”), cela vous rappellera aisément la fameuse : “ah, t’es marocain ? J’adore le couscous !”.

Oui, oui, oui, bien sûr, en tant que juif [je fais juste une remarque ici : “en tant que juif” ne veut strictement rien dire, notamment dans ce contexte. Mon identité est multiple et s’affine avec le temps. Evidemment, juif en est une partie, plus ou moins importante au quotidien, surtout avec mon grand nez et mes lobes d’oreille pendants], je dois avoir un jugement, une opinion sur ce qui se passe là-bas.

Quand je dis “je dois avoir une opinion”, entendez : “je suis censé, en tant que représentant visuel immédiat de tous les juifs de la terre, avoir une opinion”. Mais je ne blâme pas ceux qui posent la question au contraire. Si cela prouve un intérêt sincère, pourquoi ne pas informer et discuter autour du pays le plus médiatisé du monde ?

Le post de l’amie Yaelz est inquiétant (d’autant qu’elle me pique la primeur du sujet). Bon, dans le commentaire je m’échauffe un peu mais il y a de quoi.

Réfléchissons et informons-nous un instant.

Avant-hier matin, France Info sommait une spécialiste-du-Proche-Orient-que-je-connais-tout-mieux-que-toi du nom de Agnès de la Muselière de Beauvoy-les-Batignolles (ou équivalent) de commenter les élections démocratiques érigeant le Hamas comme autorité théocratique sur les palestiniens. Le genre de femme qu’on voit bien éplucher des docs derrière un bureau, mais pas à sillonner Gaza ou Jérusalem. Enfin, je dis ça, je dois être de mauvaise foi.

Hé ben croyez-moi ou non, elle non plus n’a jamais utilisé le mot “terroriste” pour les désigner. Radicaux, oui. Extrémistes, à peine. Activistes, militants, branche armée etc. Tout y est passé. Mais terroristes, que dalle.

Certes, les médias français font enfin des efforts : ils daignent expliquer que le Hamas prône la destruction pure et simple d’Israel dans sa charte (qui n’est pas “caduque” comme le clamait Arafat), qu’ils refusent toute négociation avec les israéliens et qu’ils étaient responsables de certains attentats-suicides. Et aussi qu’ils prônent la charria, le voile pour les femmes etc etc ; à la limite, cela ne regarde qu’eux. Après tout, comme dit le proverbe : il ne faut pas mettre la charria avant les boeufs.

Mais “ils étaient responsables de certains attentats-suicides”. Avec un point derrière la phrase. Bon sang, on analyse, on distille, on explique ! On appelle cela, dans le dictionnaire des gens civilisés du 21ème siècle : TE-RRO-RI-ZMEUH. Le Hamas, ce sont les gentils démocrates qui ont fait exploser des bus, des cafés, des boites de nuit. Avec des vrais morceaux de gens dedans.

Le Hamas n’envoie pas des “militants” contre des soldats, soyons clairs sur ce point ! Le cliché classique : “oui mais Israel a des soldats bla-bla-bla et ils n’ont que des pierres pour se défendre“. Ben je sais pas moi, allons ensemble de la patrie sur leur site, ou sur les sites d’information qui parlent d’eux et prenons quelques photos au hasard (dont celle de Yaelz). Ils sont tous équipés de lance-roquettes et de fusils mitrailleurs dès 5 ans.

Ca fait cliché hein ? Un peu “gros” non ? De un, c’est moi que tu traites de gros ? De deux, pour citer Maupassant, “le vrai peut parfois n’être pas vraisemblable”. C’est gros, mais jusqu’à quand faudra-t-il expliquer, diffuser, informer, clarifier les informations concernant une organisation terroriste pour que le public, et pas seulement israélophile, se rende compte du pouvoir de ces mecs-là sur place (ie parmi les palestiniens et en tant que terroristes sur le territoire israélien).

L’Europe filait du fric sans vérifier, pour se donner bonne conscience sûrement, à des organisations qui maintenant qu’elles sont au pouvoir, ricanent bien. Maintenant l’Europe se tâte : “on m’aurait menti ?”. M’enfin, Zimmeray, le député socialiste l’a beuglé pendant des lustres et s’est gentiment fait écarter. Et maintenant ils nous jouent les vierges effarouchées ? “Comment, le hamas ils sont méchants ? Ben voyons”.

Marre, marre, marre. Les palestiniens ont le droit à une existence de paix et de confort. Les israéliens aussi. Quand Sharon a été élu -démocratiquement- et qu’il a libéré Gaza, il a rallié l’immense majorité israélienne. Qui croit en une paix durable avec ses voisins palestiniens, jordaniens, égyptiens, libanais et pourquoi pas la Syrie et l’Iran, une fois que les deux grosses burnes au pouvoir auront été émasculées.

Maintenant les palestiniens, à cours de moyens ou d’espoirs qui sait, ont préféré élire démocratiquement des dirigeants qui prônent le combat. Alors c’est reparti pour un tour. “La spirale de la violence” comme ils appellent ça dans les salons médiatiques. Sauf que c’est pas Enderlin qui saute dans la boîte de nuit (pas de baskets !) mais c’est lui qui a tout compris hein ? Lui et Edgar Morin et Stephanie Le Bars et Gilles Paris etc. Les israéliens adooorent opprimer les palestiniens d’un commun accord démocratique pendant que eux élisent démocratiquement des gars qui prêchent une vie meilleure pour leurs voisins, avec leurs 70 vierges.

Voilà, ce soir je suis énervé. Ma famille, mes potes, mes coreligionnaires, des gens tout simplement, vont devoir encore et encore et encore justifier leur existence auprès du monde entier en négociant leur vie à bas prix auprès de terroristes professionnels. Et officiels de surcroît.

Et merde.

C’est pas tous les jours que je fais de la “géopolitique” mais je trouve que les choses se gâtent un peu à l’est et cela en devient inquiétant. Ne vous inquiétez pas, dès demain je reviens avec des blagues, des confettis et des cotillons. “Byalpel c’est un marrant, il nous a fait sa crise dans Rupture de protocole et là il rechute“. Ca va passer je vous dis.

Les commentaires sont ouverts, un blog c’est aussi un forum. Tant que vous discutez et argumentez, je prends. Si c’est pour insulter qui que ce soit, généraliser à outrance, dire que je suis gros ou affirmer des trucs énormes sans preuve (”j’ai lu dans tel bouquin qu’ils ont dit que etc…”), c’est pas la peine hein ?