“Entrez donc mes amis, c’est la tempête dehors ! Asseyez-vous près de l’âtre, et buvez cette tisane chaude. Le temps que ça se calme.” (Byalpel Atarte, Le vieil homme et sa mère, Grassouillet - 1998)
Quand je constate l’ampleur du raz-de-marée de bêtise et de violence qui déferle sur la planète ces derniers jours, je m’interroge. Sur plusieurs points.
D’abord, comment ne pas sombrer irrémédiablement dans l’anti-islamisme ? Voire dans l’anti-Islam (notez la différence de casse) primaire ?
Ensuite, comment interpréter la réaction quasi-unanime de la planète ? Qui revendique haut et fort la liberté d’expression dans un premier temps. Puis qui, tantôt bafouille et s’excuse auprès des musulmans, tantôt incrimine et décrie l’ensemble des religions ?
Enfin, comment replacer la religion, non au sens identitaire du terme mais dans son caractère intrisèquement culturel et cultuel, dans une époque aussi évoluée que la nôtre. Et moi-même, qui suis-je dans cette tourmente ?
Je voudrais, en remarque préliminaire, préciser deux points :
- Le sujet est vaste, bien trop vaste pour le traiter sur un article de blog et bien trop vaste pour ma petite tête. Je couperai fatalement des branches, taillerai parfois des pans entiers, omettrai certainement - volontairement ou pas - des idées ou des concepts corollaires.
- Même si l’on aborde des sujets de manière détachée, je m’implique forcément dans mes textes en général et peut-être plus dans ceux qui touchent à une partie de mon moi. Tout auteur encaisse les critiques personnelles de manière variable, soyez indulgents et/ou diplomates…
Je vais tenter de répondre à la première question rapidement. Sombrer dans l’anti-islamisme : c’est une nécessité. Je veux dire par là que cet intégrisme qui nous touche désormais directement doit être combattu. Avec des armes s’il le faut. C’est violent, mais comme au bac à sable, ce n’est pas moi qui ai commencé. Et je préfère filer un coup de pelle plutôt que me retrouver sous le sable.
Pour l’anti-Islam, je vais devoir m’étendre un peu. Mais la conclusion, pour les plus pressés, est la suivante : je serai musulman s’il faudra défendre leur foi, avec l’esprit ou avec les mains. Maintenant je m’explique, avant que ma famille lise cette dernière phrase et s’inflige la punition du perroquet qui se marre (l’ara qui rit).
Imaginez une caricature publiée en Nouvelle-Guinée représentant, pour la déconne top délire, une image de Moïse en train de sacrifier un bébé catholique (afin d’obtenir un far 100% breton). Et, juste au-dessous, une image de Moïse aux cheveux blonds ondulés, torse halé, surf waxé sur l’épaule, entouré de deux nanas callypiges, mer ouverte en deux et un super slogan fluo pour un préservatif.
C’est mon avis, bien entendu, mais j’aurais été indigné de la première. Et la seconde m’aurait fait marrer, avec un petit pincement au coeur sûrement (pour les deux nanas). La raison est simple : dans le premier cas, mon identité a été rabaissée en public puisque cette image accable spontanément tous les juifs (ou alors il faut vraiment être de mauvaise foi). Dans le second, cette publicité imaginaire cible tous les beaux gosses comme moi qui pouvaient draguer jusqu’à pas d’heure quand ils n’étaient pas mariés n’importe qui en utilisant l’individu Moïse comme support.
Pour l’autre qui n’est pas moi, cette identité juive est une “étiquette”, une catégorie, une propriété. “Tiens, Moyché tu es juif ? Marrant. Et sinon, t’as vu quoi hier à la télé ? Tu me passes le pain s’il te plait ?”.
Bien heureusement.
Sauf que. Sauf que cet étiquetage banal se transforme souvent en code-barre. A ne voir que la boîte, on en oublie le contenu. On métonymise. En raccourci, c’est le fameux “t’es marocain ? j’adore le couscous” de Gad Elmaleh.
Alors qu’il existe des racines ancestrales, profondes dans l’histoire, la culture, la souffrance et inéluctablement à l’origine, la religion, la foi.
Pour l’autre, dire que “Tiens, Moyché tu es juif. Marrant.” ne l’engage à rien. Sauf à faire gaffe à ne pas se faire fourguer des stocks jeans pas chers (la vérité).
Mais dire “Tiens, Moyché, tu es juif parce que c’est une religion ancestrale qui est au coeur de ta vie et je respecte ce choix”, c’est très différent. C’est très différent parce qu’à notre époque, cela oblige l’un ET l’autre (on cause de personnages avec une tête bien faite) à admettre que leurs “vérités” ou leurs valeurs respectives ne sont pas supérieures les unes aux autres, ni meilleures. [Evidemment, ceci est un exemple flagrant d’idéalisme tordu. Couper la main d’un voleur est loin de mes valeurs, humanistes s’entend].
Je précise “à notre époque” parce qu’il y a moins de 800 ans en Espagne, dans une ère prospère et stable, aux disputations de Barcelone où les juifs et les chrétiens discutaient “pour la beauté de la chose” ont succédé les premiers pogroms anti-juifs. La beauté de la chose avait un prix, et dans le temps visiblement, les juifs ne rigolaient pas avec les prix, déjà. Ou alors je n’ai pas tout compris.
Ignorer (ou feindre d’ignorer) que les musulmans ont des valeurs, une sensibilité, une dignité, une âme, c’est les considérer comme des codes-barres. Dessiner un Mahomet avec une bombe sur la tête, c’est les considérer comme des codes-barres. Et assimiler l’Islam au terrorisme, c’est du terrorisme.
“Mais, ce n’était qu’une petite caricature de rien du tout !” diriez-vous avec une petite voix de chatte (en fait j’ai traduit en humain sinon ça ne vous parlerait pas). La caricature de Mahomet au paradis, ah oui, c’est un régal. C’est mon Moïse-Brice-de-Nice de tout à l’heure. Mais Mahomet enturbanné d’une bombe, il est difficile de faire passer cela pour de l’humour gras. Le bébé et le far breton idem.
Alors quoi, quand on traitait votre mère de pute au collège, vous ne vous leviez pas vous prendre un pain filer un pain à l’outrecuidant ? Evidemment que si. Parce qu’au fond de vous, vous aimez votre mère. Même pute.
Les musulmans aiment leur religion, leur foi, comme on aime sa mère. Même avec ses défauts (*). Railler leur mère, c’est railler le fond d’eux-mêmes.
Alors quoi me direz-vous et vous aurez raison, on n’aurait pas le droit de discuter de certains sujets, de se moquer ou de critiquer l’essence des religions ?
Ce sera dans la suite de cet article, dans un prochain épisode, pour laisser place à de la détente parce que la polémique, ça va deux minutes.
(*) : Puis, quand vous avez grandi, le proviseur vous a expliqué le stratagème :
- Est-ce que votre mère est une pute ?
-
Oui manque de bol Ben.. non !
- Alors pourquoi tu te sens vexé ?
- Ben ce n’est pas gentil, m’sieur !
- Ce n’est pas gentil, mais ce n’est pas vrai. Tu n’as qu’à répondre une remarque intelligente plutôt que te battre. Et être plus sûr de toi.
Et ça fonctionnait. Sauf pour les islamistes qui visiblement n’ont pas été à l’école OU dont la mère est vraiment une pute. C’est peut-être la raison psychanalytique pour laquelle ils s’en vont chercher une consolation chez 70 vierges au paradis.