Parfois je retiens ma respiration pendant 23 secondes.
Rupture de protocole
Le 02/12/2005 - 00:13

Ce soir, j’ai été voir le film Le protocole de la rumeur. J’ai même payé pour le voir, puisqu’il ne passe que dans quelques cinémas UGC (j’ai une carte Gaumont). Je ne m’attendais pas à voir grand monde, j’ai été servi : nous n’étions qu’une dizaine dans la salle.

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Ce qui me plaît dans l’écriture de ce blog, c’est le fait de me libérer complètement. Je dis ce que je veux, j’évite le consensuel, je suis le maître du monde. En un mot comme en cent, je me plais à écrire sur ce blog parce que j’ai confiance. J’ai confiance en moi.

La première couche de confiance, je la tartine sur mon costume de clown. Ceux qui me connaissent personnellement voient habituellement cette double peau, superficielle par essence, et c’est celle que j’aime donner à mes interlocuteurs en général, mes collègues, mes clients, vous amis lecteurs… Alors je blague, je calemboure, j’originalise.

Parce qu’en général, je connais cette “force” en moi et que beaucoup autour de moi la reconnaissent (en témoignent les mails d’encouragement pour mon retour chez OCTO, qui font état de ma “bonne humeur naturelle”), mon costume de SuperClown me protège de beaucoup d’agressions extérieures.

Mais voyez-vous, sur ce blog, je n’ai pas travesti mon nom, le nom de ma boîte, mes origines, mon fond. Parce que j’existe aussi sans être drôle. Sans être positif. Sans être humaniste. J’ai aussi des rages, des peurs, des douleurs. Et parce qu’elles existent en moi, qu’elles font partie de moi, elles ne peuvent pas être dissociées de moi. Alors ce blog reflète aussi ce moi intérieur avec ses complexes, ses doutes et ses craintes.

Si, comme certains, j’arrive à extérioriser -parfois- cette âme finalement fragile, c’est que j’ai rogné la membrane protectrice entre mon moi extérieur, le rigolo, la “grande gueule” comme disait John Wayne et mon moi intérieur avec un papier abrasif. J’existe, et je suis le même dedans et dehors.

Le maître mot est, encore une fois, confiance. J’ai développé et acquis une relative confiance en ce moi intérieur, qui me permet de laisser traverser tout simplement mes émotions et mes sentiments à l’oral ou à l’écrit sans craindre l’impudeur ou de “dévoiler” une partie de moi : je le répète, je suis le même dedans et dehors.

Mais ce soir, j’ai perdu la confiance. Perdu la confiance dans le monde, perdu la confiance dans l’humanisme et la fraternité, perdu la confiance en toi, l’autre qui n’est pas moi, et perdu la confiance en moi.

Ce soir, j’ai été voir le film Le protocole de la rumeur.

Ce n’est pas que je conseille d’aller le voir; au contraire, j’aurais tendance à le déconseiller, je n’ai pas trop aimé la structure et certains thèmes abordés.

Ce n’est pas que le thème ou le contenu du film (”les protocoles de Sion”) me surprennent; l’antisémitisme primaire fait partie de la vie de mes ancêtres, de mes grands-parents, de mes parents, de ma vie personnelle. J’ai appris à vivre avec, à m’éduquer pour lutter contre la paranoïa et le communautarisme sécuritaire, à fuir les bagarres.

Ce n’est pas que les dix personnes dans la salle étaient probablement juives; que ce sujet ne parle qu’aux juifs (en France du moins) ne me choque pas. Après tout, je doute que j’irais voir un documentaire au cinéma sur le racisme anti-noirs, anti-jaunes, anti-arabes ou anti-yeah (oups).

C’est que cette rumeur sourde, cette méchanceté primaire, aveugle, cette croyance stupide qui se perpétue ne visent pas le peuple, la nation mais les individus, tous, un par un. Et dans ces “un par un”, il y a moi. Moi, tout nu, sans mon costume de SuperClown, sans ma membrane protectrice, sans mon âme, sans rien. Un bout de viande suspendu a un crochet aurait plus de vivacité, de sentiments, de confiance en lui que moi ce soir.

C’est terriblement douloureux comme sensation, cette dénégation totale de soi par des gens que l’on ne connaît même pas. Et je ne sais pas comment expliquer à moi-même, et encore moins à des lecteurs, cette haine viscérale à mon égard. Qu’est-ce que j’ai encore fait ? Qu’est-ce que ma femme, mes parents, ma soeur, mes grands-parents, mes petites nièces ont fait ?

Je ne saurais pas exprimer ce que je ressens mieux que des philosophes, des écrivains ou même simplement des chanteurs ou des poètes. Je ne sais même pas si des personnes qui ne font pas partie d’une minorité constamment oppressée peuvent ressentir ma tristesse, ma douleur, mon vide. Je ne sais même pas si je pourrais partager cet anéantissement avec ma femme, mon meilleur ami, mon chien. Je ne cherche même pas à ce qu’on me comprenne, qu’on compatisse ou pire qu’on puisse se dire “ils nous emmerdent à se plaindre tout le temps”. Je ne cherche rien.

Ce soir, je me suis servi de mon blog comme pure thérapie. Une thérapie de groupe, dans laquelle je me suis mis à nu sans l’avoir choisi. Comme certains des miens ont eu à le faire physiquement il y a 60 ans.

Demain est un autre jour, ma combinaison de SuperRigolo sur mon âme, je continuerai à vivre. Et à exister.

Uniquement pour suivre le protocole.

12 commentaires

  1. 1
    Saoulfifre nous dit :

    Bravo, beau texte, je ne peux que te dire : continue à t’exprimer.
    Ta vidĂ©o de l’autre jour Ă©tait aussi trĂšs impressionnante, ça se passe aujourdhui, c’est dur d’y penser. Bon, les croyants spectateurs, je les trouve un peu dubitatifs, faut dire que l’imam (si la traduction est bonne) n’y va pas avec le dos de la cuillĂšre !!! Ça doit ĂȘtre un extrĂ©miste qui fait des tournĂ©es pour rĂ©cupĂ©rer des kamikazes !

  2. 2
    caelle nous dit :

    Je ne peux qu’acquiescer avec le prĂ©cĂ©dent commentaire, trĂšs beau texte en effet. J’ai vu cette semaine “les protocoles de la rumeur” et hĂ©las, la mĂ©chancetĂ© gratuite, la haine, la connerie et les idĂ©es prĂ©conçues sont sans limites.

  3. 3
    Tant-Bourrin nous dit :

    Je dirai mĂȘme plus : trĂšs trĂšs beau texte !

  4. 4
    Gilda nous dit :

    j’avais envie d’aller voir ce film ,mais en lisant ton commentaire quel mal etre quel mal de vivre alors

  5. 5
    Yaelz nous dit :

    Je comprends, et trouve toujours extraordinaire cette faculte chez les autres de pouvoir mettre les mots justes sur des choses que je ne saurais exprimer comme je voudrais vraiment.

    En gros, merci.

  6. 6
    Byalpel nous dit :

    Merci à tous pour vos commentaires, ils sont touchants.

    Yaelz >> dĂ©solĂ©, j’Ă©tais le premier à penser la mĂȘme chose en lisant tes textes.

  7. 7
    The King nous dit :

    Bien dit !

    See you soon. The king.

  8. 8
    Samantha nous dit :

    Dans ce cas là nous sommes nombreux à penser que tu as un talent incroyable pour exprimer la frustration des gens, leurs pensĂ©es et leur mal-ĂȘtre…
    C’est comme un adolescence qui sort de sa crise ; ça y est, on me comprend !

  9. 9
    Byalpel nous dit :

    Samantha >> Waow, tu y vas fort avec mon talent. Mais je te remercie sincĂšrement.

    Ils vont me faire pleurer les cons, tu vas voir qu’ils vont me faire pleurer !

  10. 10
    Yaelz nous dit :

    Allez, les gars. On lui dit tout maintenant?

    Voila, David, en fait c’etait un canular. Pour tester ta modestie.

    En fait, on en pense pas un mot, bien sur. Allez, seche-moi ces larmes, mon frere.
    Et qu’on t’y reprenne plus, hein!

    :-)

  11. 11
    ab6 nous dit :

    putain c’est magnifique.

    c’est comme elle dit YaĂ«l, hein, tu m’as “volĂ© ” mes maux, mais je te remercie.

  12. 12
    Byalpel nous dit :

    ab6 >> c’est bien que tu sois passĂ© par ce texte, ça relativisera toutes les bĂȘtises que j’Ă©cris sur cte blog. C’est moi qui te remercie de ce commentaire.