Les femmes peuvent parler 4 minutes sans s'arrêter
Enfin du sexe sur ce blog !
Le 14/03/2007 - 19:37

Connaissez-vous l’adresse d’une quincaillerie qui pourrait me fournir rapidement :

- un fusil à plomb
- 340m de fil barbelé
- des menottes
- un bracelet électronique (comme dans les prisons)
- un forfait de téléphone portable limité à 30h par mois
- et 7 burkas de couleur sombre

C’est une fille !

L’échographie l’a bien montré : notre byby sera une poupinette.

Je flippe, je l’avoue.

Comment ça marche les filles ? C’est de sexe féminin ?
Et puis elle va se faire draguer, embobiner, entourlouper, séduire, emmerder par des voyous.

Et quand je pense à comment j’ai été trop bon en drague plus jeune, je ne veux pas penser à ce que des cinglés boutonneux, difficilement plus habiles que moi certes, mais sait-on jamais (le Seigneur est trop bon), vont utiliser comme stratagèmes fumants ou fumeux pour l’approcher, la faire sourire et plus si affinités.

Je flippe.

Et puis elle va ruiner ma carte de crédit. Je suis sûr que les échographistes téléphonent immédiatement aux call-centers de Zara, H&M et Gucci lorsqu’elles diagnostiquent une fille, histoire de leur fournir “de la visibilité sur quarante ans”…

Et Free va nous désabonner : l’offre de téléphonie gratuite illimitée a ses limites. Et là, plus d’Internet, plus de blog.

Sans rire, ça fait peur. Comment je vais lui expliquer qu’il faut croiser les jambes quand elle porte une jupe une robe purée comment ça s’appelle déjà ? une jupe ? Et le positionnement moral : une fille c’est pas pareil qu’un garçon, comment je vais lui expliquer ça sans la brider ? (Seigneur, tu tiens ta revanche là)

En attendant, je suis vraiment vraiment heureux.

D’abord les filles ça adule leur père. Et puis on va pouvoir jouer à la Barbie, lui acheter des tas d’habits trop mignons (histoire de l’entraîner jeune déjà) et lui apprendre à brancher du câble Ethernet 10/100 sur un switch.

Suis-je bête, j’oubliais ! Dès 8 ans, les filles peuvent déjà desservir et faire la vaisselle. C’est toujours ça de pris !

Des ptits trous
Le 05/03/2007 - 21:02

(je n’ai rien écrit depuis 10 jours. Ma vie en ce moment c’est métro BOULOT dodo. Vivement le baby, ça me fera métro BOULOT caca)

Je jure que ceci est une histoire vraie. Incroyable mais vraie, pour parodier l’ancien bourreau d’enfants Jacques Martin.

8h40. Je suis dans le métro ligne 1, pour me rendre à mon bureau chéri, sur les Champs-Elysées. Oui car si je suis riche, c’est aussi parce que ma boîte est riche. Pourtant mon boss n’est pas juif. Comme quoi, il en faut.

Champs-Elysées Clémenceau annonce la voix mélodieuse de l’autre folle enregistrée. En face de moi, une jolie jeune fille au regard vif. D’origine asiatique. Cheveux raides bruns, yeux bleus pétillants, un corps passable (non je déconne) un corps normal. Constitutif d’une fille quoi.

Je la regarde distraitement, je l’aperçois rire sous cape en me fixant. Quid, je m’interroge : soit j’ai du dentifrice au coin de la lèvre et elle se fout de ma gueule, soit c’est encore une cinglée (j’attire énormément les cinglées, “qui se ressemble s’assemble” confiait Lorie à son pouf), soit c’est la femme de Superman (référence à la cape).

Et là, contre toute attente, elle s’approche de moi et elle me dit, je jure que c’est vrai : “excusez-moi, vous n’avez pas un blog ?”

Je reste interloqué au troisième degré. Ca doit se voir car les badauds alentour me dévisagent.

- Euh pardon ? hasardé-je à tout hasard
- Oui, vous n’écrivez pas régulièrement sur un blog ?
- Euh… si mais euh… répliquai-je avec cet humour et cette répartie qui rendent ma compagnie tellement agréable. Les badauds exhibent un rictus explicite. Je suis couleur pivoine.

- Et vous ne vous appelez pas Byalpel ?

Pang. Elle l’a dit. Mes jambes flageolent, mes coucougnettes se rétrecissent comme des cookies, mon regard est hagard (du Nord donc).

- Euh, oui.. Enfin ce n’est pas mon vrai nom vous savez… Mais comment… ?

Je ne finis pas ma phrase, mimant avec les mains et le visage mon interrogation subite. Je me surprends à penser à la lourdeur et à la platitude de mes réponses, je passe de pivoine à poireau. Moi qui, d’ordinaire aurait renchéri par un sulfureux “bien sûr poulette c’est moi” ou encore un paternaliste “appelle moi byby ma ptite“, je me retrouvais à jouer à Marcel Marceau devant un public hontophage et une jeune fan inconnue.

- Ben, je vous lis régulièrement… Et d’ailleurs félicitations, vous allez être papa…

Elle a un sourire magnifique, blanc, lumineux. Je passe en alerte rouge, c’est-à-dire que je repasse du poireau au pourpre clignotant.

Franklin-Roosevelt rappelle la voix digitale, probablement par indulgence pour mon inconfort.

- Oui, merci beaucoup… Je suis désolé je dois descendre ici mais… laissez un message si vous voulez… Merci encore… A bientôt. Merci hein, merci…

Et la double porte de se refermer derrière moi et mes courbettes, laissant filer cette jeune fille radieuse sous mon regard ébahi, transi.

J’ai vécu la consécration ultime du bloggeur. Je peux maintenant me faire écraser par une rame de métro, j’ai trans-existé le temps d’une station et demi.

Merci à toi jeune et belle inconnue !

(Al) Y’a de la joie
Le 20/02/2007 - 19:14

Les moments de joie véritable sont rares et précieux dans la vie d’un homme ou d’une femme. Le bonheur en comète de Haley…

Si vous deviez répondre à la question “quels sont les dix moments de joie les plus forts de votre vie ?”, vous seriez bien embarassé(e) ami(e) lecteur(e), car vous percevriez immédiatement le cynisme sous l’anodin : il existe une échelle dans les joies, et bien peu d’élues gravitent au sommet.

Dans la tradition juive, lors de la cérémonie de mariage à la synagogue, le marié brise un verre sur le sol. Ce geste, hautement symbolique, s’accompagne des paroles suivantes, issues des Psaumes de David et récitées en hébreu :

Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite m’oublie. Que ma langue se colle à mon palais […] si je ne te place pas au-dessus de ma joie.

L’explication avancée par les Sages est celle-ci : lors de tout moment de joie intense, et particulièrement lors du mariage, l’homme et la femme ne doivent taire la douleur de la destruction du Temple de Jerusalem il y a quelque deux mille ans. Et pour que cette sensation ne soit pas “feinte”, l’on casse un verre pour signaler une perte, une fissure, un vide.

Je me suis marié il y a plus de deux ans déjà, et j’ai brisé le verre.

Aujourd’hui je reviens de Jérusalem, que j’ai placée au sommet de ma joie.

Alors inutile de casser un verre dans ce moment de joie : je vais être papa.

Message personnel
Le 06/02/2007 - 00:38

MA femme, mes parents, mes beaux-parents, ceci est un message pour vous.


Les autres, vous pouvez continuer ici.

Petit week-end ski organisé par ma boîte. Top moumoute nickel : ski, soleil, spa, piscine, sauna, alcool, jeux de cartes, femmes nues etc.

Tribune pestilentielle
Le 27/11/2006 - 18:31

[Cet article est long mais grave. Prenez votre temps. Je n’écrirai pas pendant quelques jours de toutes façons.]

Je vais vous la jouer comme Beckham classique : j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, je commence par laquelle ?

87 % des sondés préfèrent commencer par la bonne, estimant que l’endorphine sécrétée par icelle atténuera la tristesse de l’annonce de la mauvaise. Nous allons tenter l’expérience.

La bonne nouvelle

J’étais au fameux match PSG - Hapoel Tel Aviv du jeudi 23/11 dernier. Dans la tribune collée à celle d’Auteuil. Alors pour les néophytes du football (dont je faisais partie il y a encore quelques jours), on distingue au Parc des Princes deux types de gros cons tarés écervelés : le kop de Boulogne, crâne rasé, bras droit tendu, ce sont les nazillons dont la presse a abondamment parlé. La tribune d’Auteuil, à l’autre extrémité du stade, ce sont les gentils supporters, concons mais gentils. Ils sautillent en chantant gaiment des chansons, ils insultent l’équipe extérieure mais après tout, on est au foot.

La bonne nouvelle est donc maigre, mais elle m’a terriblement ravi : Hapoel Tel-Aviv bat le PSG par quatre buts à deux, quatre buts magnifiques devant une équipe du PSG fébrile voire inexistante. Hapoel Tel-Aviv, à poil PSG !

La mauvaise nouvelle

La mauvaise nouvelle, c’est que ce que vous a raconté la presse est ignoblement faux. FAUX. Et je pèse mes mots volontairement.

La presse a voulu nous et vous faire croire que le “dérapage” mortel de jeudi dernier était dû à la violence nauséabonde (car brutale mais surtout raciste) d’un groupe de hooligans du kop de Boulogne. Certains titres sur le net fleurissent sous la bride “hooliganisme”.

Ceci, amis lecteurs, est FAUX. Je le redis encore une fois, ceci est archi-faux et quelqu’un se devait de le dire. Je pense que nombre de spectateurs dans le stade le feront également sur les médias idoines, mais je profite du support de mon blog pour l’affirmer encore une fois : le match de jeudi dernier ne s’est pas conclu par un affrontement entre des hooligans cinglés et furieux et un pauvre juif, aidé courageusement par un policier martiniquais providentiel.

Ce match était le plus grand déferlement de haine anti-juive qu’il m’ait été donné de voir en direct live. Je le redis parce que vous devez écarquiller vos yeux en ce moment : ce match était le plus grand déferlement de haine anti-juive qu’il m’ait été donné de voir en direct live.

Tout d’abord une précaution. Ceux qui me lisent régulièrement interpréteront ce qui va suivre, j’en suis sûr, positivement. Que les lecteurs ponctuels ou instables me permettent de préciser qu’il a toujours été prôné et vanté ici le respect entre les peuples, et principalement le respect entre les hommes (ou femmes) quels qu’ils soient. Enfin, que cet article n’est ni un acte de propagande ni une histoire pour faire peur aux enfants lorsqu’ils sont trop bruyants. Juste un témoignage vrai et douloureux.

Peut-être que tout ceci n’aurait pas eu lieu si le PSG avait gagné. Pour ma part, que cette équipe gagne ou perde, je m’en bats les roubignolles comme dit mon beau-frère, 22 ans, fan du PSG et présent le soir du match. Peut-être, admettons. Pourtant…

Nous étions un groupe de dix, deux filles, deux séniors, une rimbambelle de jeunes échelonnée de 35 à 18 ans. L’un d’entre nous avait apporté un drapeau israélien, que nous avons agité timidement lors des deux derniers buts.

Juste derrière nous, la tribune Auteuil. En haut des gradins, des jeunes avec des drapeaux palestiniens et libanais exhibés avec fierté. Qu’est-ce qu’ils font là ? Qui comptent-ils narguer ?

Mais restons factuels. Pendant le match, je vois les insultes fuser entre le balcon haut et le balcon bas. Des doigts d’honneur à tout bout de champ. Les supporters juifs français sont désignés, j’entends vociférer des trucs incroyables, tellement incroyables que la sécurité du stade est intervenue de manière préventive pour empêcher des types de franchir des barrières pour jouer des coudes et des poings.

Le match se termine dans une minute. En sortant à la dérobée, vous avez bien lu, nous avons dû sortir avant la fin du match, nous nous scindons en deux petits groupes pour ne pas attirer l’attention. Les supporters “modérés” partent également. Nous accélérons la cadence. Nous sommes dehors, tribune G, à deux cents mètres du métro. La foule commence à grossir, le match est terminé. Des commentateurs de fortune pestent contre l’équipe pourrie et l’entraîneur qui devrait démissionner. La place est peu éclairée, en retrait des routes principales. Nous baissons la tête et nous nous écartons des endroits sombres.

Et puis, ça a dégénéré.

On entend crier “Palestine“, “Ils sont où vos drapeaux maintenant ?” ou “Allez les juifs, vous faites moins les malins maintenant !“. Les types sont derrière moi. Une écharpe du PSG autour du visage ou du cou, ils cherchent l’altercation. Les embrouilles, la castagne comme on dit. Sauf que la castagne, ça peut être pour ma gueule vu qu’ils sont juste sur mes talons.

Vous êtes où les juifs hein ?” continuent-ils à brailler. C’est un groupe de jeunes arabes qui s’approchent d’une fille, probablement juive, qui téléphone et qui lui balancent une claque dans la figure. “Ils sont où vos drapeaux hein ?“, je les entends dans mon oreille, je rentre la tête dans mon blouson, je m’écarte sans courir et me dirige vers le métro. Sur toute la route, pas un policier. PAS UN.

L’autre moitié de notre groupe avait avancé séparément. Un père avec ses deux enfants (18 et 20 ans), et ses deux gendres. A quelques mètres de la police, à la porte de Saint-Cloud, Anthony (20 ans) se fait happer par un groupe de 4 jeunes. Ce ne sont pas des fachos, des skin heads, des lepénistes, non. Ce sont des fans moyens du PSG, arabes, haineux et déchaînés. Anthony se prend des coups au visage et dans le ventre. La famille le récupère tant bien que mal et se précipite vers la police, immobile, inactive. Ils sont attérés.

Je rentre chez moi par le bus, je me cache. Je le redis encore une fois : en 2006, en France, dans un bus public, je me cache d’être juif de peur de me faire prendre à parti (terme politiquement correct pour bastonner). Vous allez me dire : mais ce n’est pas écrit sur ta figure que tu es juif ! Erreur, lourde erreur. D’abord j’ai un gros nez. Ensuite, j’apprends par un collègue qui était au match, non-juif mais supporter inconditionnel du PSG, que certaines personnes qui portaient le maillot PSG mais “d’allure juive” ont également été frappées.

La bête est revenue, chantait l’ami Pierre Perret. En pensant étroitement aux fachos et leur tête pensante à l’oeil de verre. Mais l’hydre a plusieurs têtes, et ce soir-là, c’était un visage horrible que j’ai reconnu, celui de la haine sans concession d’acteurs du paysage français que nous cotoyons quotidiennement. Ceux que les médias appellent les jeunes ou les racailles, qui entretiennent et vouent une haine inconditionnelle à ceux que les médias pointent délicatement sous le terme “d’Israélites”.

Vous ne le savez peut-être pas, ami(e) lecteur(e), mais depuis quatre jours, je n’ai pas entendu un seul juif, PAS UN SEUL, qui n’ait pas parlé de ce match, qu’il y ait été présent ou non. C’est une vraie déchirure, un vrai traumatisme que toute la communauté a ressenti depuis la semaine dernière et si les informations de 20h ou votre journal favori n’en parlent pas, il est grand temps que la vérité éclate. A travers de nombreux témoignages comme le mien que vous trouverez probablement sur le net ou en vous adressant au juif le plus proche de chez vous.

Que faire alors ? Fuir, se barrer en Israel, au Canada, aux Etats-Unis ? Résister et se battre avec des gars du Bétar ? Vivre la tête baissée dans sa capuche, honteux ? Vous me croyez si je vous dis que j’ai une boule dans l’estomac et un noeud dans le coeur depuis quatre jours ?

Et le pompon sur le gâteau : à la sortie du match, j’entends un supporter éclairé déclamer “quels sales juifs, ils nous ont mis 4 buts”. Quelle ironie, ce ne sont pas des Juifs qui ont joué mais des Israéliens. Et les buts ont été inscrits par deux joueurs Arabes, ne serait-ce que pour prouver que cette vie harmonieuse est possible, et de surcroît dans le sport.

Ben finalement j’aurais peut-être dû commencer par la mauvaise nouvelle tiens. Ca nous aurait laissé un peu d’espoir sur la fin.

Parce que là, l’espoir…

S’il vous plaît !
Le 20/10/2006 - 17:17

Certains ne veulent pas me croire, mais je vous promets que je bosse beaucoup trop en ce moment. “Prisonnier du boulot” qu’il disait l’autre.


En haute qualité, disponible ici (11 Mo).

En flag !
Le 13/10/2006 - 14:31

Vous la connaissez cette sensation désagréable d’être pris en flagrant délit ?

- Rendez-vous dans dix minutes à la voiture, d’accord ?
- Ok je termine un mail et j’arrive.
- Chérie, on est déjà en retard, ne me fais pas le coup de…
- OUI OUI ne t’inquiète pas, rendez-vous à la voiture.
- Ok, à tout de suite chérie, je t’aime à la folie tu sais, pourquoi ne t’ai-je pas rencontrée plus tôt et …
- Ouais, ok ta gueule. Dans dix minutes. Clic !

(Soupir et las sentiment de solitude et d’isolement belle-île en meeeerr)

A ce stade de la lecture, si vous aviez parié une folle somme d’argent, vous seriez immensément riches. Evidemment qu’elle est arrivée en retard.

Par amour ou par peur des représailles, j’avais décidé de lui laisser “un peu de mou”, assis dans la voiture, mon livre sur les genoux. “Un peu de mou” signifie j’évite de l’appeler toutes les 2 minutes pour remonter son niveau déjà anormalement élevé de stress. Les thermonucléaires féminines, ce n’est pas très bon pour la santé. Surtout dans une voiture hermétique.

Et là, miracle du Ciel ou tentation du diable : un paquet de Haribo Dragibus grand format près de la boîte à gants. A demi-videpleinvidepleinvideplein !

Faust était un risible. Le supplice de Tantale une douce promenade d’après-midi au crépuscule d’une soirée d’été. Saint-Antoine (de Flaubert) un vrai saint.

Mais pas moi, au diable les varices ! J’ai attrappé ce sachet diabolique, l’ai retourné d’un geste souple et habile pour accueillir les gourmandises colorées démoniaques dans ma main afin de les projeter à des vitesses subsoniques dans mon gosier en émoi.

Après le prix Nobel de la paix décerné ce matin à un illustre inconnu, le prix de l’homme le plus maladroit de la terre m’a été remis pour “capacité à éparpiller tous les bonbons Dragibus dans la voiture en un temps record”.

C’est la panique. Je sens que ça monte. L’adrénaline dans mes veines, le désespoir et l’angoisse dans mon cerveau, et une pointe de plaisir masochiste dans… Bref, je sens que ça monte.

Taiaut ! L’heure est grave. Et elle tourne. Tel un hippoglouton vorace, je picore les dragées chimiques infernales à tatons et je les enfourne par poignées dans ma bouche. Le suc coule lentement dans ma gorge. Si Annie aime les sucettes, elle ne connaissait pas les Dragibus cette conne. C’est l’extase des papilles. Je ferme les yeux, je savoure lentement, tel un accroc à la mescaline en manque.

Clang !

- Excuse-moi chéri, j’ai un peu tardé. Ca va ?
- Hmm hmm…
- Qu’est-ce que tu as dans la bouche ?
- Hmm ??? ‘ien !
- Quoi ?
- ‘ien she t’ashure !

Je viens de faire 800 km de vélo à la vitesse d’une Porsche : mon coeur bat à tout rompre, mon visage est empli de sueur, j’ai les paupières qui papillonnent, mon cerveau qui tourbillonne et j’ai la chanson “Aline” dans la tête. Ce dernier point n’a pas de rapport avec le vélo, c’est juste pour expliquer mon état de stress considérable.

- Ah, t’as mangé mes Haribo ?

Roulement de tambour. Merde non, c’est mon coeur. Je sens que ça monte. Et quand ça monte chez ma femme, c’est pas bon signe. J’en oublie même peureusement son retard de cinq minutes.

- T’as bien fait chéri, je te les avais gardés pour toi parce que je t’aime.

Couic.

- Voilà docteur, et c’est à ce moment-là qu’il a eu son infarctus.

Appel à l’aide
Le 27/09/2006 - 11:13

[Ceux qui ont lu le précédent billet savent que je ne m’émeus jamais. Et surtout pas lorsque j’assiste à un concert de violons. Amis parisiens et d’Ile de France, je vous conseille très grandement d’assister au spectacle Corps à cordes qui se joue actuellement au Théâtre de Paris. Ils sont drôles, ils sont talentueux, ils sont émouvants, ils sont exceptionnels. Et si je peux choisir ma prochaine réincarnation, je choisis la contrebasse.]

Ceux qui ont également lu d’anciens billets savent que je ne suis pas du genre à demander de l’aide aux autres. J’suis un mec moi, un vrai. Un peu désespéré aujourd’hui c’est vrai, mais je m’en sortirai tout seul.

– soupir –

D’accord je l’avoue j’ai besoin de vous, ami(e) lecteur(e). Mais toute passivité de votre part sera plaidable devant un tribunal pour “non-assistance à personne en danger”. Et vous aurez probablement mon suicide sur la conscience. Et la peste bubonique, les hémorroïdes purulents et la rétrodiarrhée(*) s’étendront sur vous et votre famille pendant des générations (oui, j’ai relu la Bible récemment).

Croyez-vous en la Providence ?

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de ma femme. Elle a 25 ans. Elle est toujours aussi belle, drôle, intelligente, douce et accroc des fringues que quand je l’ai connue. Evidemment, un quart de siècle, ça se fête. Enfin, je ne vois pas pourquoi dans ce cas, 24 ans (un cinquième de siècle) ne serait pas fêté avec la même exubérance et la même hystérie mais partons de cet axiome plébéien : “25 ans, ça se fête”.

Pourtant ce matin, à cinq heures précisément, ma femme m’a quitté. Elle est partie en claquant la porte. En me laissant seul, agonisant dans mon lit.

Je fais bien le tragique hein ?

Elle est partie bosser pour trois jours à Lyon. Et moi j’ai un mal de gorge d’enfer. Faut pas dramatiser hein. Et les filles faut pas en profiter pour vous pointer chez moi, ma belle-mère a installé des webcams dans des angles impossibles.

C’est là qu’intervient la Providence, et toi très cher(e) lecteur(e). Trois jours de distance, mon coeur est brisé certes, mais c’est également un délai supplémentaire pour trouver un cadeau d’anniversaire.

Il existe trois passages difficiles dans la vie d’un homme : la circoncision, la bague au doigt, le cadeau d’anniversaire à sa femme. Pour citer à nouveau la Bible : “Et l’Eternel maudit l’Homme parce qu’il avait mangé le fruit défendu : tu gagneras ta vie à la sueur de ton front et ta femme te prendra les trois quarts. Et si tu continues avec tes conneries, je la rendrai susceptible sur son cadeau d’anniversaire. Si J’étais à ta place, Je déconnerais pas.”

On est d’accord les mecs, il a déconné ?

Voilà, j’en suis réduit à mendier votre aide : je vous en supplie, je suis à genoux, je vous conjure de m’aider. Une idée de cadeau d’anniversaire pour ses 25 ans. Il me reste 48 heures de stress et d’angoisse à passer avant qu’elle rentre (elle n’a pas accès à Internet, je peux donc me confier à vous fidèle lecteur(e)).

Proposez-moi des idées, s’il vous plaît. S’il vous plaît. Pas des irréalistes, ni des stupides, ni des trop excentriques. Pour le budget, j’aviserai ensuite (on n’est pas à 5 000 € près). Mais lâchez-vous. C’est une question de vie de couple ou de mort en célibataire.

Celui ou celle qui me fournira la meilleure idée gagnera un cadeau ! Si c’est une fille qui gagne, je referai appel à vous gentil(le)s lecteur(e)s pour m’assister dans le choix du cadeau évidemment. Illustration parfaite de la mise en abîme.

En vous remerciant, comme disent les jeunes (de 25 ans).



(*) : cad, une diarrhée régurgitée

Licence to kill !
Le 17/09/2006 - 22:09

Je vous parle d’un temps que seul le moteur de recherche de ce site peut connaître : Paris, en ce temps là..

Vous avez tout intérêt à lire ce billet (drôle et bien écrit, déjà) pour comprendre celui d’aujourd’hui. Pour résumer pour les fainéants et les connexions bas-débit, deux policiers zêlés m’ont infligé un retrait de 7 points sur mon permis de conduire, menaçant par-là ma fébrile stabilité routière (j’ai péché dans ma jeunesse, et ce procès-verbal risquait furieusement de m’imposer le statut dégradant de piéton).

Ca a payé. Pour le Ministère de l’Intérieur, s’entend.

Depuis un mois, c’est le calvaire que je vis. Obligé de restituer mon permis à l’agent de la préfecture, comme si je rendais ma nationalité française. Obligé d’emprunter le transport en commun, avec la plèbe, le bruit, les odeurs, les sales gueules, le temps de trajet, les correspondances… Obligé de laisser ma femme faire les courses toute seule pour rapporter quelque trentaines de kilos lorsqu’elle embarque de la lessive dans son caddie cassé.

Bref, donc, je n’ai plus de permis. Depuis trente jours exactement et pour encore cinq long mois.

Les railleurs penseront “enfin un danger de la route” mis hors d’état de nuire. Pas de bol, j’ai encore un vélo. Et un fusil mitrailleur AK-47 sur le guidon.

Oh et puis, je me plains… Je profite des transports en commun comme personne. Je lis mes livres en un temps record, je me fais régulièrement interpeler par un grand Noir qui me rappelle que Jésus est mon sauveur, je respire les aisselles des ouvriers, je suis comprimé contre les poitrines opulentes des grands-mères (et jamais la grande blonde, jamais)… Et puis je n’ai pas encore vécu ma première grève à l’âge adulte.

J’avais aussi oublié qu’il était techniquement possible mais humainement désespérant de parcourir mille fois les mêmes publicités navrantes dans les couloirs de métro. La plupart pour du matériel informatique bradé, ou pour des pièces de théâtres toutes crevées de l’Académie Française.

Et si vous avez remarqué, vous le peuple, pour qui les progrès scientifiques représentent pourtant un dû, une évidence, une fin en soi, que les couloirs de métro hébergeaient en leur sein le déshonneur, la déchéance et probablement la plus grande menace pour la survie de l’humanité : l’escalator.

L’escalator est probablement l’invention la plus époustouflante que l’homme ait façonnée, soyons honnête : au lieu de déambuler les yeux hagards à huit heures du matin les 400 km (à cette heure, on le sait grâce à la théorie de la relativité restreinte, les distances apparaissent plus longues) des mornes couloirs, vous pouvez filer à 9 km/h si vous avez la chance de transiter par la station Montparnasse-Bienvenüe ! Bonjour le réveil, sans caféine !

Mais, et c’est le revers de la médaille, l’escalator mènera l’humanité - parisienne du moins - à sa perte quand on voit le nombre de grosses larves qui ne veulent pas BOUGER LEURS GROSSES FESSES CHARNUES ET MONTER LES QUELQUES ESCALIERS QU’IL RESTE A PARCOURIR, TOUT CA EN NE SERRANT PAS A DROITE !

L’escalator engloutira les pays industrialisés européens (sauf l’Angleterre, qui a su créer un fossé entre son subway et les autres métros européens : mind the gap ! Je pourrais me suicider après cette blague et partir au top de ma gloire, c’est vrai…) dans l’opprobre, l’anathème et l’infamie parce que le jour où vous partez en week-end, ce jour précis où, acculé à tirer cette foutue valise lourde comme deux enclumes dans ce métro torride parce que vous n’avez plus de permis la purée de leur mère, CE SALOPARD EST EN REPARATION VEUILLEZ NOUS EXCUSER POUR LA GENE OCCASIONNEE BIEN FAIT POUR TA GUEULE !

Enfin, l’escalator mènera le monde entier au chaos, à l’anarchie et à l’insubordination parce que, à l’heure de pointe, lorsque même les tourniquets d’entrée sont submergés de monde, il existe toujours un couple d’attardés trop pressés (notez l’effet de style, c’est pas tous les jours) POUR VOUS COINCER ENTRE DEUX MARCHES DE L’ESCALATOR, EN EQUILIBRE INSTABLE PENDANT PLUS DE VINGT SECONDES, manquant de renverser la pile des voyageurs d’en-dessous tels des dominos usés. QUAND TU TE COINCES PAS LE MOCASSIN TOUT NEUF SUR LA RAMBARDE FRAICHEMENT REPEINTE !

Parfois je rêve même d’escalators…

Cinq mois. Il me reste cinq mois. Courage.

Confessions
Le 10/09/2006 - 20:20

Ce soir je n’avais pas envie d’écrire, j’avoue. Mal de crâne, fatigue, j’ai écouté Jack Lang à la télé, bref pas l’ambiance d’un article savamment dosé entre humour et psychologie.

Je me dois toutefois de faire une confession sur ce blog. Elle est toute personnelle, puisqu’elle ne vise que ma femme. Mais les voyeurs, vous pouvez rester.

Ce soir, chérie (ma femme donc), tu étais exténuée de ton séminaire et tu t’es endormie délicatement sur notre petit pouf du salon. Tu étais superbe vraiment, et tu le sais que tu es la plus merveilleuse des femmes.

J’ai l’air de prendre des gants ou quoi ?

Avant de t’assoupir, tu m’as demandé de réchauffer des borekas au fromage, pour manger “quelque chose de bon”. Les borekas - prononcez borékasse - (je n’en ai mangé qu’en Israel alors j’imagine que c’est leur pays d’origine - si vous pensez que non, exprimez-vous) sont de délicieux petits canapés (en fait c’est de la pâte feuilletée) fourrés au fromage, aux pommes de terre, aux champignons, aux lardons, au choix. Au petit-déjeuner touristique mais équilibré que je m’enfourne lors de mes séjours au pays du Mur, c’est-à-dire lait au chocolat local, pain toasté local + cottage local + fromage jaune en tranches local + melon sucré local, j’ajoute invariablement deux ou trois borekas. Locaux donc.

Ce soir, j’ai sorti douze petits borekas au fromage (les meilleurs à mon goût) du congélateur, je les ai passés au four et dix minutes plus tard, un parfum suave et irrésistible avait envahi mon salon, ma chambre, la chambre d’amis et probablement les dix autres pièces de notre 250 m².

Je crie, derrière la cloison légère de la cuisine : “chérie, c’est prêt !”. Pas de réponse. J’insiste, car le son circule chez moi à la vitesse d’un cheval au galop : “chérie, les borekas sont prêts !”. Tiens, aucune réaction. J’enjambe les affaires sales en attente d’un bon coup de lessive, je me glisse jusqu’au salon et là, chérie, tu dormais paisiblement.

Pour ne pas te déranger, je me suis chargé d’étendre le linge prêt à sécher en fermant la double-porte du couloir, tout en engouffrant régulièrement un des six borekas qui me revenait de droit.

Puis, je suis venu te caresser les cheveux pour te demander doucement si tu préférais manger ou que je te laisse dormir. Je t’ai même précisé que les borekas étaient prêts. Je les ai délicatement approchés de ton visage pour qu’ils exhalent leur senteur sucrée pour que tu puisses les apprécier en émergeant doucement de ton sommeil las. Mais tu étais trop fatiguée, visiblement. Tu as refermé les yeux, dans un souffle.

Mais contrairement à ce que je t’ai fait croire quand tu t’es réveillée une heure plus tard, tu ne m’as jamais soupiré, les yeux mi-clos : “non, c’est bon, mange-les toi, je n’ai pas faim”.