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Tu mérites de mourir
Le 12/03/2008 - 21:25

“Tu mérites de mourir”.

J’ai été bercé par ce refrain, depuis que j’ai l’âge de cinq ans, depuis que je suis en âge de comprendre la mort et le mérite.

“Tu mérites de mourir. Chaque jour, l’homme est voué à mourir mais sait-on par quel miracle, on se réveille confiant de revoir ceux qu’on aime, confiant de faire ce que l’on avait prévu la veille ou de longue date, confiant de s’endormir et de se réveiller encore et encore.

Mais tout ça peut s’arrêter du jour au lendemain mon fils. Alors n’oublie jamais : tu mérites de mourir, profites-en pour en faire le maximum dans la journée qui vient, peut-être que demain sera trop tard.”

Mon père m’a sermonné chaque matin, entre les tartines et le bol de lait, sous l’oeil approbateur (mais triste ?) de ma mère.

Et regardez maintenant : je suis à la tête d’une des plus grosses entreprises de mon pays, je suis un homme respecté, les hommes d’affaire et les hommes politiques sont tous rassemblés autour de moi ce soir, dans cette immense demeure que je me suis fait construire sur mes terres. A moi, encore à moi : j’ai tout acheté, tout vendu, des hommes que je commande au doigt et à l’oeil sont à mes pieds, je possède tout ce que j’ai toujours voulu, peut-être plus encore.

“Bonsoir M. le Gouverneur, c’est gentil de votre part de vous être déplacés.”

Regardez-les ce soir, il y a même des journalistes, des types du show biz, et au buffet ce n’est pas cette actrice en vogue ? Ca, papa, je te le dois. Un credo qui m’a aiguillonné jusqu’aux cimes de la gloire, jusqu’à ce soir.

J’ai tenté d’appliquer ta recette papa. De transmettre le goût de l’effort à ta petite fille unique. “Tu mérites de mourir”, je le lui ai répété tous les jours entre les céréales et le jus d’orange depuis qu’elle est en âge de savoir.

J’ai tenté d’appliquer ta recette papa, malheureusement je n’avais pas les bons ingrédients.

Ce soir, c’est la veillée funèbre de ma petite princesse. 17 ans c’est un âge auquel on mérite tout sauf de mettre fin à ses jours.

Ce soir papa, je mérite de mourir.



Pas écrit depuis longtemps (le boulot).
Nous sommes allés une semaine au ski sans ma fille, trop petite. Elle me manque, ça doit être ça.
Cet article aurait pu s’intituler “Jamais sans ma fille”.

The little pushed
Le 29/01/2008 - 17:14

- Pose ton cul sur cette chaise et ferme-la !

L’inspecteur Pecks, yeux clairs et frange brune, accent slave et mocassins italiens, le projette sur le tabouret rouillé, essuie ses lèvres d’un revers énergique et assène un coup brutal sur la table d’interrogatoire.

- Maintenant tu vas tout nous expliquer avant que mon collègue et moi, on se fâche pour de bon. Tu m’as compris, salopard ?

Et pour mieux se faire entendre, il lui rugit son insulte au visage, son flingue dégainé

C’est au tour de l’inspecteur Joanozi. D’habitude, il excelle dans la pratique du bon flic. Mais on ne joue pas avec les enfants, oh non, pas les gosses bordel. Il claque la porte massive, repousse d’un coup violent de la hanche le mobilier pour arborer son insigne à quelques centimètres du visage de Rodrigo.

- Tu sais qui on est, enfoiré ? Hein (il hurle maintenant) ? On est le putain de FBI ! Et ici, on a tous les droits tu m’entends ? Tu m’entends ? Ici, c’est nous qui faisons la loi ! Ici, on peut te péter les genoux et personne ne viendra porter plainte, t’as compris ? (il rapproche son insigne métallique de son visage) T’as compris, F-B-I ! Alors tu vas tout nous balancer sans te foutre de notre gueule, c’est vraiment pas le jour, ok ?

Et, sans crier gare, lui décoche son poing gauche en plein thorax. Six ans de boxe amateur, ça aide. Et ça défoule.

Rodrigo crache du sang foncé sur ses haillons délavés, suffoque, essaie de parler. Mais c’est Pecks qui renchérit :

- Parle ! Où t’as mis les gamins ? Hein ? (il le saisit au col de son sweat shirt) Putain de bordel de merde, cinq gamins, qu’est-ce que t’en as foutu ?

- Je.. Je.. Je vous… balbutie-t-il

- Parle plus fort ! hurle Joanozi, à présent presque aussi rouge que sa cravate en soie Hermes.

- Je… Je vous ai déjà tout dit, arrêtez s’il vous plaît (il renifle) je ne sais pas où ils sont, je ne sais pas (il termine sa phrase en levant des yeux suppliants)

Comme l’éclair, le gauche de six ans d’âge. Rodrigo hurle et s’effondre.

- Te fous pas de notre gueule bordel, te fous pas de notre gueule !!! Tes propres gamins ! Espèce d’enfoiré !

Alors qu’il va appuyer ses dires par un poing gros comme une toaster, la porte en bronze s’ouvre violemment.

- Inspecteur ! Venez voir c’est urgent.

Pecks fixe l’interrogé qui a brusquement levé le visage, un mélange de crainte et d’espoir dans le regard. Joanozi sort en maintenant la porte d’une main, semble acquiescer, puis passe la tête par l’embrasure :

- Pecks, on les a retrouvés ! On y va !
- Bon sang, où ça ?
- Devant chez eux. D’après le plus petit, leur père les a volontairement traînés en pyjama et pieds nus en pleine forêt dans l’Oregon sur plusieurs kilomètres pour les abandonner. Mais le gosse a eu l’idée de semer des cailloux derrière lui. Un vrai petit génie ! Allez, viens, on y va.

Pecks se retourne, brandit un index menaçant en direction du père en le fixant droit dans les yeux :

- Toi espèce de salopard, tu perds rien pour attendre. Ouais mon pote, tu vas en prendre pour quinze piges. Quinze piges !

Il maintient son regard pendant quelques secondes qui paraissent une éternité, récupère sa veste en cuir usé d’un mouvement leste et sort précipitamment.

Maintenant, Rodrigo s’affaisse sur le dossier, les yeux dans le vague, les bras sur les genoux.

“Petit con de petit Poucet. La prochaine fois, je le cramerai au chalumeau.”

(cette histoire vous a été contée du Texas à 5h30 du matin, merci le jetlag I mean le décalage howaiwe sowwy…)

La routine
Le 06/09/2007 - 14:02

Elle l’entend s’approcher dans la pénombre, froissant les draps de soie avec ses godillots sales. Et elle déteste ça.

Elle le voit la mater d’un oeil torve, malsain, animal. Et elle déteste ça.

Elle sent sa sueur sale, son haleine tabagique, son odeur répugnante se déposer sur les meubles, sur sa peau, sur son âme. Et elle déteste ça.

Il effleure sa moustache mal taillée, se frotte les mains dans un élan rapide puis les essuie sur son pantalon tâché et poussiéreux. Et elle déteste ça.

Il renifle bruyamment et enfourche son genou sur le plumard, à demi-nu, un matelas velu dépassant de son caleçon. Et elle déteste ça.

Comme un vulgaire objet, il la pousse, la monte, la brutalise, et attend qu’elle parle, qu’elle crie, qu’elle hurle. Et elle déteste ça.

Il ronfle sur son épaule, son énorme pate sur sa poitrine découverte, un filet de bave au coin de la lèvre. Et elle déteste ça.

Alors elle enfonce la lame dans sa jugulaire d’un geste sûr et précis et le regarde mourir ce porc obscène, les yeux révulsés et le sexe turgescent.
Elle rejette le drap d’un geste rapide, enfile ses vêtements mécaniquement, franchit la porte sans se retourner au râle agonisant de son contrat du jour.

Et elle se dit qu’elle adore ça.

Sage femme
Le 03/01/2007 - 22:11

Une dernière vérification. Mécanique.

Elle a toujours été tatillonne. Il le lui a reproché, déjà. Et elle avait fait son sourire-arrête-t’es-bête. Le sourire lisse, qui masque. Ce n’est pas parce qu’on est tatillonne qu’on n’est pas une bonne épouse. Qu’elle lui rétorquait. Et qu’il écoutait d’une oreille distraite. Ah ça, il est vraiment distrait. Elle y repense à présent, avec un sourire triste. Qui masque aussi.

Sa vie a été un masque elle le sait bien. Sa mère, pour qui elle était “la moins jolie de la famille”, a oeuvré toute sa vie pour lui confectionner ce masque de fer, la transformer en épouvantail, lui couper toute émotion trop saillante.

“C’est bon, ça tiendra” répète-t-elle, comme à l’accoutumée. Elle n’est pas femme de marin pour rien. Après chaque tempête, c’est ce qu’elle s’obstine à confier à sa meilleure amie. Ca tiendra, parce qu’elle fera tout pour que ça tienne. La veinarde.

Dans la pénombre, elle déplace la chaise en osier vieilli en la soulevant légèrement. Elle râcle le sol d’un bruit sourd, qui la sort de sa torpeur. Elle repense à sa mère, qu’elle a dignement accompagnée jusqu’à la mort dans sa vieille bicoque, malgré les effluves immondes qui empestaient sa chambre noire et oppressante. Elle repense au docteur, trop aimable, qui tranchait son coeur en deux et d’un mot fatidique : “stérile”. Elle repense à ce coup de téléphone, à la voix mielleuse d’une femme qui cherche à le joindre mais ce n’est pas grave, qu’elle rappellera.

Elle repense à l’année de ses 14 ans, durant laquelle elle a failli y passer. Constipation qu’ils ont dit les professeurs à la campagne. Elle se surprend à sourire du rapprochement inconscient, constatant amèrement qu’un simple breuvage avait eu raison de tant de souffrances. A l’époque déjà.

La larme qui coule sur sa joue sera la dernière, elle le promet. Elle sera forte une fois dans sa vie.

Elle repousse la chaise d’un geste vif. La corde a tenu, sa nuque s’est brisé d’un coup.

Urgences tranquilles - pilote saison 1
Le 07/12/2006 - 14:20

Urgences tranquilles, la nouvelle série qui va tuer sur TF1, dont je relate ici quelques bribes du scénario pour l’épisode pilote.

Casting prévisionnel

James Desmond - Woody Harrelson
Carrie Desmond - Jennifer Anniston
Dr Steven Bleinburg - George Clooney

Générique

Leonard Bernstein (on va le déterrer, m’en fous !)

Scénario

1. Fondu enchaîné sur la face externe de l’hôpital, de jour.
Voix off James : “Excusez-moi docteur…”

2. Le couloir du deuxième étage. En arrière-plan, une chambre de malade entrouverte. Plan américain sur le docteur qui se retourne face à James et Carrie.
- Dr Bleinburg (pressé) : ah, Monsieur Desmond !
- James : bonjour Docteur. Vous connaissez ma femme, Carrie (il la désigne négligemment)

Le docteur la courtise du regard.

- Dr Bleinburg : non, mais je suis enchanté madame (sourire à la Clooney à faire défaillir dans les chaumières)
- Carrie (sourire angélique, battage de paupières) : moi également docteur (regard qui dit arrache-moi-mes-vêtements-dans-la-salle-de-garde)
- James : docteur je reviens vous voir parce que j’ai un souci avec…
- Dr Bleinburg (il l’interrompt. Pendant toute la conversation, il le regardera avec condescendance en jetant régulièrement un oeil vers le décolleté de sa femme) : Je sais pourquoi vous revenez M. Desmond. Comme chaque semaine, vous revenez sans cesse parce que vous avez peur, que vous avez encore mal, que depuis votre opération vous souffrez, que vous hésitez toujours à…
- James : parfaitement docteur, mais là…
- Dr Bleinburg : … prendre des risques parce qu’on ne sait jamais si la plaie peut se réouvrir, que si…
- James : oui c’est vrai mais je…
- Dr Bleinburg : … vous ne mangez plus beaucoup c’est sûrement à cause de l’opération qui a mal tourné etc etc. La seule…
- James : je sais docteur je sais mais…
- Dr Bleinburg : … différence c’est qu’aujourd’hui vous amenez votre charmante femme en renfort (clin d’oeil appuyé + sourire clooneysque + bref aperçu des formes potelées sous la chemise de madame + léger sentiment de gonflage au niveau du zizi).
- James : docteur je sais bien ce que vous voulez dire mais là…

Gros plan sur Carrie

- Carrie : James, laisse parler le docteur enfin, ne l’interromps pas à tout bout d’champ ! (regard admiratif vers le docteur=mâle viril + bave qui coule + touchage discret de tétés + bougeage de cheveux sensuel genre pub pour les dentifrices)

Retour au plan américain, plus serré sur James et Carrie

- James (monte un tout petit peu le ton) : ok mais j’ai quand même besoin de dire que j’ai un souci, vous voyez ?
- Dr Bleinburg : nous savons, James, que vous avez un souci mais n’est-ce pas toujours le même, finalement, chaque semaine ? (bave aux commissures + regard et sourire clooneysque à dévaliser des petites vieilles + mains dans le pantalon + mimiques du corps très évocatrices)
- James : non docteur je vous assure cette fois c’est plus grave, c’est au sujet de ma femme.

Gros plan sur Carrie

- Carrie (étonnée à fond) : Moiiiiiii ? (yeux brillants, désillusion du mari qui comprend rien et passion fugace pour docteur=gorille-mais-qui-me-comprend-en-tant-que-femme + regards en yeux de biche + rehaussage ambigu du soutien-gorge + imploration des sourcils)

Gros plan sur James

- James (un peu tendu du slip) : OUI TOI ! Il était temps qu’on en parle à notre docteur non ? Tu dois te faire soigner, il est grand temps !

Gros plan sur Beinburg

- Dr Bleinburg : mais de quoi souffre-t-elle exactement ? (yeux revolver + regard qui tue + tirer la première + georges clooney qui dit “what else ?”)

Retour au plan américain initial

- Carrie : oui hein ? de quoi ? (elle remonte ses bas langoureusement + regard de braise vers le docteur=la pub nescafé)

Long gros plan sur James. Silence de 3 secondes

- James (calme) : ben, tes hémorroïdes chérie !

Gros plan sur Beinburg, les yeux en soucoupe (et le pantalon dégonflé)

Cut.


Finalement, les séries télévisées comme ça, c’est que des amours et du sexe déguisés sous des faux-semblants de dialogue médico-légaux à la noix. Va pas me faire croire que tu vas à l’hôpital pour te faire enlever un grain de beauté et que t’aperçois George Clooney, t’as pas envie de l’embrasser goulûment pour vérifier s’il boit vraiment du Nespresso (what else ?).

Genèse de génocide
Le 10/11/2006 - 12:43

- Espèce de salaud ! hurla-t-il.

Et il le gifla. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Il était rouge de colère et la haine le galvanisait tant que ses larmes étaient retenues prisonnières. Il serrait les poings désormais, dévisageant son jeune fils d’un regard torve.

- Espèce de salaud, répéta-t-il pour lui-même. Tu ne te rends pas compte de l’atrocité que tu as commise, probablement parce que tu es trop puéril ou trop gâté. Je te déteste, comprends-tu ? Je te déteste pour toujours, et je ne te le pardonnerai jamais. Le monde entier ne pourra te pardonner, éternellement. Comment pourrait-il en être autrement désormais ?

Il renifla nerveusement, décochant brièvement un regard en biais. Son fils, les yeux embués de larmes et toujours rivés au sol, respirait péniblement. Son visage oblong, maladroitement affublé d’un fin duvet, était blême.

- Imagines-tu la désolation et la détresse de ta mère ? Imagines-tu la déchirure et la souffrance que tu as semées en nous, tes parents ? Imagines-tu cette rage et cette fureur que tu as déclenchées en moi et qui ne s’éteindront probablement jamais ? JAMAIS ?

L’enfant, que les maigres guiboles ne retenaient pratiquement plus, se laissa choir sur la terre, les yeux dans le vide. Il suffoquait à présent. Le regard frénétique mais déchirant de son père l’avait anéanti. Pitié, voulait-il crier. Pitié ! Ne continue pas, tais-toi père je t’en supplie !

- Tu sais ce que signifie fratricide ? Tu sais ce que signifie génocide ?

Il avait craché ces mots savants comme de la bile.

- Non tu ne le sais pas, tu es bien trop arrogant, trop centré sur ta petite personne. Fratricide : cela signifie que tu as tué ton propre frère ! Mon propre fils ! Génocide : cela signifie que tu as détruit un peuple entier ! Un peuple entier !

Il criait à présent. Sa véhémence le rapprocha de son fils, assis par terre, les mains levées comme pour se protéger.

“Un quart de la population mondiale, poursuivit-il les yeux levés au ciel, à présent mouillés mais vides d’expression. Un quart du monde a disparu par ton seul acte. C’est un génocide. Mon fils est mort assassiné par son frère. C’est un fratricide. Je n’arrive pas à croire que je prononce ces mots devant toi, mon fils. Je n’arrive pas à accepter cette fatalité, je voudrais mourir mille fois mais ne pas subir cette souffrance. De ne pas affronter le regard éteint de ta mère.

Et puis non, je voudrais te tuer, là, maintenant, tellement je souffre. Passer ma hargne contre toi comme tu l’as fait toi-même, tel un animal. Et s’il ne restait plus que toi, Caïn, pour construire l’humanité, je l’aurais déjà fait. Je l’aurais déjà fait.”

Pourquoi l’humanité a-t-elle été créée à partir d’un seul homme et d’une seule femme ? Pour t’apprendre ceci : celui qui sauve une vie sauve un monde entier“. Talmud de Babylone, traité Sanhedrin.



Question étonnante : et si Adam et Eve avaient été stériles hein ?

Retape
Le 06/10/2006 - 13:22

J’ai des millions et des millions de choses à écrire sur ce blog. Même pas pour vous sustenter d’une maigre récompense littéraire, ami(e) lecteur(e). Juste pour moi. Coucher sur clavier les 7 654 idées par jour (moyenne constatée par Maître Théophile Barney, huissier à Cabourg) qui circulent dans mon cerveau embrumé, malade, frénétique.

Mais contrairement aux 12,7% de chômeurs qui me lisent régulièrement (moyenne constatée par Maître Ounp Amètre, huissier à Dakar), j’ai un travail de malade mental, digne des plus grands hôpitaux psychiatriques d’Europe.

Alors, allais-je laisser ce blog à l’abandon pendant encore trois jours, sans donner de nouvelles, sans tenir compte de toutes vos remarques d’insultes ou d’encouragement pour le développement de ce blog afin d’assurer à la postérité sérénité, joie de vivre et rentabilité ? Allais-je ? Non je n’allais-je pas, évidemment. Mais j’ai décidé d’enfreindre ma première règle d’or : sortir un article déjà écrit il y a longtemps.

Mais c’est mon blog je fais ce que je veux. Ca c’est sûr. Et surtout, les règles sont évidemment instaurées pour nous inciter à les dépasser. Exemple : la ligne blanche et le permis à points. Poétiquement racontée quelque part sur ce modeste site.

Voici donc ce billet de l’époque, intitulé “Grand-père la pomme”. Mon premier plumitif. Une petite larmiche nostalgique parcout ma joue rondelette.


Je m’appelle Jérémy Tedzon et j’ai six ans. J’habite 37, rue du colonel Pettac à Paris. Ma mère est une grande chercheuse biologiste, elle guérit les gens mais elle est très souvent en vadrouille comme elle dit. C’est mon grand-père la pomme qui m’a pratiquement élevé. On l’appelle grand-père la pomme parce qu’il adore peler les pommes au dessert et les distribuer à tout le monde. Moi j’adore les pommes. Et j’adore mon grand-père la pomme. Il rit tout le temps et fait tout le temps des blagues. Il n’a pas beaucoup de cheveux sauf sur les côtés, ils sont tout blancs parce qu’il est vieux. Mais il a toutes ses dents, pas comme le voisin du dessus, il me fait peur lui.

Dimanche, alors que maman était en vadrouille comme elle dit, mon grand-père la pomme m’a dit : “mets ton manteau fiston, on part !”. J’adore quand il m’appelle fiston même si je suis pas vraiment son fiston. Il m’a dit qu’on allait voir une surprise. J’aime bien sa voix à mon grand-père, on sent qu’il m’aime beaucoup, même s’il est vieux.

Cette surprise c’était le jardin des plantes et des animaux. Il y avait des oiseaux sauvages, des tigres, des lions, j’ai même donné une cacaouète à une girafe parce que c’est pas dangereux les girafes elles sont herbivores ça veut dire qu’elles ne mangent que de l’herbe et des cacaouètes. Moi j’avais une glace au chocolat, on l’a acheté chez un monsieur qui a une machine qui fait des glaces en spirale.

Mon grand-père la pomme il vit chez moi parce qu’il est vieux et aussi parce que ma mère, elle n’est pas tout le temps là. Alors je m’occupe de lui et je fais attention à lui comme elle dit maman. Il est gentil mon grand-père la pomme parce qu’il me raconte aussi beaucoup d’histoires sur comment c’était avant, sur ma grand-mère Ninette que je n’ai pas connue parce que je suis trop petit je n’ai que six ans, sur la guerre mondiale où les gens n’avaient pas assez à manger pour toute la famille.

Alors moi aussi je lui raconte des histoires sur l’école avec ma maîtresse Hélène qui est un peu méchante, sur ma copine Léa mais c’est pas vraiment ma copine elle est bête et en plus c’est une fille, et sur mes devoirs. Mon grand-père la pomme il adore m’aider à faire mes devoirs et moi aussi.

Mais en ce moment, il ne m’aide plus mon grand-père la pomme parce qu’il est très fatigué. Il dort sur le canapé du salon depuis deux jours sans s’arrêter alors je ne veux pas le déranger. Je me fais à manger tout seul comme un grand comme ça il peut se reposer.

Mais j’espère que maman va rentrer bientôt parce que je m’ennuie maintenant moi, tout seul, ici.

Le cowboy du train
Le 20/07/2006 - 21:25

Dans le train qui me ramène à ma ville natale, un petit bourg dans l’Aveyron, magnifique ville classée au patrimoine historique français, tellement protégée qu’on ne peut y accéder qu’en calèche, j’ai posé ma tête contre la vitre en plexiglas renforcé et j’ai fermé les yeux.

Pendant que je somnolais, mon esprit fouillait dans mon cerveau à peine conscient des bribes du passé à disséquer pendant ce morne trajet estival. Ne jamais appuyer sa tête contre les vitres du train, c’est sale. Ca, c’est ma mère. Elle est morte quand j’avais treize ans d’une piqûre d’abeille qui s’est infectée. Le médecin a dit à mon père qu’elle était gravement allergique et qu’elle aurait dû être transportée à l’hôpital d’urgence. Mon père a haussé les épaules. Je n’ai jamais su si c’était par fatalisme poussé à l’extrême, ou parce qu’il était sérieusement dérangé du ciboulot. Je ne l’ai pas revu depuis neuf ans. Depuis le jour où il m’a couru derrière, armé d’un rateau.

Piiiiinnnnn-hoooonnn !

La vitre a tremblé, ma tête a cogné. Un train à grande vitesse vient de nous dépasser dans l’autre sens, le curieux effet Doppler a transformé un klaxon amical en une effrayante sirène à deux voix. Je me suis éveillé de ma torpeur.

La fille sur le siège d’à côté feuillette un magazine. Sa robe en lin est légèrement décolletée, assez pour que je puisse parfois lorgner à l’intérieur sans qu’elle s’en aperçoive.

Les souvenirs remontent encore progressivement. Mon père m’a toujours traité de bon à rien. De fainéant. D’idiot, de feignasse, de crétin, d’ignorant, d’imbécile, de moins que rien et j’en passe. Mon père a toujours dit que je n’arriverai à rien, que je ne plairai à personne, qu’aucune fille ne voudrait “d’un bon à rien chétif avec un duvet d’adolescent attardé”.

Je regarde désormais ma voisine. Sourire de courtoisie. Le sourire numéro 3, celui qui plaît tant. Elle répond à mon sourire avec un petit rire gêné et se cache furtivement les yeux.

Je ne suis peut-être qu’un attardé espèce de salop mais si on m’appelle le cowboy du train c’est qu’il y a une raison. Si je suis passé dans plusieurs émissions de télévision, c’est qu’il y a une raison. Tu m’entends espèce de salop de dégénéré, je viens assister à ton enterrement aujourd’hui parce que malgré toutes les enclumes que tu as balancées sur mon âme pendant autant d’années, tu as tenu à m’inclure dans ton testament pour me léguer l’intégralité de tes biens - tu parles ! une baraque délabrée, tes petites économies sur un livret, et deux ou trois chevaux dont la valeur marchande se résume à l’acier des fers aux sabots.

Je suis célèbre et toi tu n’es rien. C’est toi le bon à rien, l’ignare, l’inconnu, l’inexistant. Je viens à ton enterrement pour écouter le prêtre radoter ses sottises sur ta vie ô combien respectable, tes soi-disant amis de comptoir pleurer le départ de l’homme généreux qui offrait des tournées pendant les matchs de foot et du maire pour qui tu étais bien plus qu’un voisin : un ami, un frère.

S’ils savaient ! S’ils savaient que tu n’étais qu’un monstre de fer dans un costume de tweed, qu’un séducteur de voisinage, qu’un pitre aux dents longues et acérées, et à la langue pendante.

Le cowboy du train qu’ils m’appellent à la télé. Parce que je séduis les femmes et que je les pends avec mon lasso dans les toilettes, après leur avoit fait l’amour. Elles ont eu confiance en moi, comme ma charmante voisine au décolleté plongeant qui se confie maintenant, avec un sourire enjôleur. Elles ont espéré assouvir un fantasme avec un inconnu chétif, ou simplement pousser leur curiosité jusqu’au bout. Et puis, trahies, elles souffrent d’une lente agonie, privées d’air, à demi-nues, avec un regard horrifié, que les photographes des magazines à sensation mitrailleront à l’arrivée en gare.

Merci papa, d’avoir fait éclore en moi le démon qui sommeillait, d’avoir ouvert les vannes de mon inconscient, d’avoir court-circuité les neurones auxquels s’accrochent les gens normaux.

Je me lève et j’accompagne la petite Valérie, 19 ans, dans la cabine exigüe au fond du wagon. Elle est carrément bien roulée. Je sens qu’on va bien s’amuser, elle et moi.

Merci papa. Je viens à ton enterrement pour te dire que je t’aime.

Formation 2/3
Le 06/07/2006 - 20:04

Toujours en formation à la Défense, c’est passionnant si vous saviez…

“Ben, c’est normal, vous avez 9,6 de tension !” assène-t-il d’un regard sévère en rangeant mécaniquement ses outils de travail dans sa trousse.
Il fixe son interlocuteur d’un air agacé. Ce dernier, dans un réflexe ancestral de soumission devant celui-qui-sait, baisse les yeux imperceptiblement et bafouille quelque parole inaudible.

La situation semble tendue, et le silence qui suit le diagnostic assassin de l’homme en blouse ne fait qu’électriser inutilement l’ambiance.

- Et c’est aussi grave que cela ? ose finalement le vieil homme, le regard presque suppliant, un léger trémolo dans la voix.
- Grave, grave… Non ce n’est pas grave ! répond-il en insistant sur le dernier mot. Ce n’est pas grave (il accentue encore le mot) mais si vous continuez ainsi, vous êtes sûr de revenir ici rapidement et pour des raisons bien plus sérieuses, croyez-moi.

Le vieil homme lui lance un regard furtif et déglutit difficilement. Il recule instinctivement, pour clore cette conversation pesante. Alors qu’il va se retourner en emmenant ses affaires, il renchérit une dernière fois :

- Vous ne croyez pas que vous prenez les choses bien trop à coeur ?

Une fraction de temps, il a haussé les sourcils de surprise. Puis, il aspire une longue bouffée d’air et conclut dans un souffle :

- Ecoutez. C’est vous qui voyez. Ou vous achetez un transformateur 12 volts pour votre mange-disques, ou je ne réponds plus de rien. Voilà, je vous aurai prévenu.

Le vieil homme, légèrement amusé malgré la gravité toute relative de la situation, sourit et rétorque nonchalamment, avant de repartir son sac en plastique blanc sous le bras :

- Ok, ben maintenant je serai au courant.

Belle des champs
Le 14/06/2006 - 22:45

Fable dédicacée aux paysans amoureux des bulles

Le coq et la veuve

Tout le monde à la ferme respecte l’animal
A la crête carmin et les ergots dressés
Dans la région l’on y voit un emblême national
Pour lui c’est sa volaille, trop fière et entêtée.

A la ville, la femme baisse la tête pour saluer
Eplorée mais digne, depuis la tragédie
Pour les gens de la ville, c’est une veuve effacée
Pour lui c’est la plus belle qu’il ait vu de sa vie.

Le regardait-elle vous vous doutez que non
Lui le pauvre fermier, sec, rustre, surtout pochtron
Raffolant de champagne et de ses animaux

Il ne tenait qu’à lui, pour conquérir la belle
D’abandonner ses vices de manière officielle
Et décider enfin : veuve ou coq Cliquot.

C’est sûr que si on comprend pas le jeu de mot, on comprend pas la finesse hein…