La vieille dame noire remonte son fichu ocre et se balance encore un peu dans le rocking-chair, à l’air frais du crépuscule. Les enfants autour d’elle ont les yeux écarquillés et attendent, comme chaque soir à cette heure, le conte fabuleux de Mamma Sam.
Elle les regarde, sourit avec la fausse lassitude typique des femmes âgées courageuses, et commence son récit à voix basse.
“Dans notre village, on raconte cette drôle et ancienne histoire. Deux jeunes hyènes s’étaient écartées de leur meute après un festin nocturne et s’étaient égarées près de notre oasis. Parce qu’elles étaient encore insouciantes, elles décidèrent de s’y baigner goulûment.
Non loin de là, derrière un talus, surgirent deux jeunes fées délicates comme le cristal et pétillantes comme une source d’eau vive. Ces jeunes fées, originaires du village voisin, ne possédaient pas de pouvoir magique comme toutes les fées. Car elles avaient été bannies du logis(*) par leur père, le roi des fées, parce qu’elles avaient échoué à leur examen final.
La plus jeune des deux, espiègle, aperçut en premier les deux hyènes qui batifolaient dans la mare. “Viens, suis-moi, on va s’amuser” cria-t-elle à son acolyte en volant déjà vers le bassin d’eau.
- On fait un water-polo, les hyènes ? demanda-t-elle en arrivant. Nous deux contre vous deux. Le premier arrivé à 10.
Les hyènes se regardèrent interloquées, puis avec un rire connivent (de hyène quoi), acceptèrent la proposition.
Le début du match fut amusant, chacun tentant des figures pour marquer des buts dans les cages de fortune (deux palmiers) de l’adversaire. Lorsque le score fut plus serré (7-8 pour les fées), le niveau du jeu changea brusquement et l’ambiance fut plus tendue.
Terminées les révérences et les sourires, les deux équipes employaient tous les moyens pour déstabiliser l’adversaire et remporter le match. A 9-8 pour les fées, les deux équipes étaient dans un état second, de hargne et de haine. Les fées coulaient les hyènes, les hyènes plongeaient les fées sous l’eau, manquant de les étouffer à chaque prise.
Lorsque la jeune fée marqua le dernier but, en profitant de l’occasion pour enfoncer le cou de son ennemi dans la vase, elle hurla de plaisir.
Car ce dernier geste avait deux conséquences : certes, le match était gagné, mais une des hyènes avait probablement péri.
- Et alors, Mamma ? demanda le petit enfant captivé.”
Et alors, c’est la moralité : c’est les deux hyènes et fées qui se coulent !
(*) : Bah oui, les fées du logis !

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