Hier, le chat de ma soeur a eu 3 bébés.
Du rateau à la pelle
Le 15/11/2007 - 00:18

“L’écriture, c’est comme le sexe. En général, plus tu pratiques, plus t’es bon”.

En ce moment, je n’écris plus beaucoup et partant, plus rien ne sort.
(Je parle de l’écriture) (de ce côté-là tout va bien je n’ai rien à vous dire) (n’insistez pas).

Loués soient les grévistes, les Tachycardil de notre vie endiablée, pour me fournir le temps et la motivation pour le rêve et la plume.

Je profitais du temps d’attente sur le quai de métro ce matin pour lorgner les décolletés des nanas alentour, laissant divaguer mon esprit à de torrides mais que-la-morale-réprouve enchevêtrements de chair molle et de dentelle fine. Mais, me raisonnais-je patiemment, pour que la présumée fougueuse te confie ses lolos, desquels il s’agissait dans la rhétorique précédente, n’est-il pas utile d’envisager un plan d’attaque, une approche déguisée, une ruse sournoise, toi le félin de la ville, toi le prédateur de gazelles aux croupes callypiges, toi l’homme aux sept tours dans sa langue ?

Ah tous ces films que je m’invente sur le périphérique pour passer le temps. Evidemment que le précédent paragraphe est pure fiction, ma femme lit ce blog je ne lorgne pas les décolletés je ne prends pas le métro.

Pourtant, telle une belle paire de madeleine de Proust, le “plan d’attaque” m’a ramené une quinzaine d’années en arrière : je me revois encore svelte, l’oeil pétillant et intrépide, le bon mot et la bave au coin de la lèvre, les cheveux dans le vent en face d’une ravissante jeune fille de mon école, Josette.

Evidemment qu’elle ne s’appelait pas Josette malheureux, c’est un nom d’emprunt pour éviter tout souci juridique avec la CNIL. Et puis faut pas déconner : Josette et Huguette, les deux prénoms féminins avec des morceaux de bromure dedans…

Contrairement aux contes de fées, Josette n’était pas très jolie. Mais elle était gentille, bourrée d’humour et possédait ce don merveilleux de captiver le regard des garçons grâce à l’arme fatale trois : une poitrine opulente sous des tee-shirts moulants.

Et bizarrement, moi, les armes fatales, ça m’a toujours attiré. Comme tout désir morbide de suicide adolescent finalement.

Du coup, il fallait la convaincre de sortir avec moi. Pas longtemps, juste le temps d’une relation adolescente. Une soirée suffirait d’ailleurs, je ne la dérangerais pas plus. Et puis, elle était si peu courtisée qu’elle avait une côte à dix contre un sur le BetAndClick underground du lycée. La drague et la loi de la jungle sont impitoyables : on est toujours la proie de quelqu’un, surtout lorsqu’il a 17 ans et qu’il a les hormones en feu. Enfin, pour la jungle je n’en suis pas sûr en fait.

Mon plan était impeccable : l’accompagner sur le chemin du retour de l’école, lui raconter les bobards habituels pour lui donner confiance en elle, comme quoi elle doit rendre les mecs fous, comme quoi son mec a bien de la chance (”ah, t’as pas de mec ?”), comme quoi les autres filles ont raison de l’admirer, pas un mot graveleux sur ses proéminences sous peine de tout faire foirer, puis deux ou trois pressions de mon humour légendaire, une piqûre de jalousie et je m’imaginais déjà dans son hall à flirter comme un acnéique dégingandé et gauche.

La carte n’est peut-être pas le territoire, n’empêche que ma stratégie fonctionnait à merveille. Le chemin du retour, les boniments classiques, aucune référence aux obus, l’humour débordant, l’inoculation de la rivalité féminine, le hall d’entrée.

Une fois la petite vieille du troisième évaporée, je tentais ma chance, légèrement hésitant mais l’haleine rafraîchie au Tic-Tac Menthe Javel. Et qu’est-ce qu’elle me répond la garce, en me repoussant subtilement ?

- Je suis désolé, tu n’es pas mon genre. Je cherche un vrai mec, moi, un type qui a vécu. Toi tu es trop gentil, trop naïf. La preuve, tu n’as même pas regardé mes seins de tout le trajet. Laisse tomber, t’es un gamin, vaut mieux qu’on soit amis.

Eh ben je t’assure que depuis le traumatisme Josette, je n’ose plus regarder les filles dans les yeux.

Souffrir, c’est mourir un peu
Le 14/11/2006 - 13:13

C’est follement tendance en ce moment de souffrir.

Je vous épargne les souffrances des populations du monde, liées à la guerre, la famine, le terrorisme, la sécheresse, l’indigence culturelle (certains ne connaissent même pas Woody Allen !) et la dictature.

Je vous cause de la souffrance tangible, proche de nous, réelle. Des gens simples comme vous et moi, surtout vous. Vous croyez que ça ne me crève pas le coeur (et parfois les oreilles) de lire et d’entendre Abs, Yael, Matthieu et bientôt huguette (si si) geindre, gémir sur leur micro en plastique, le casque sur les oreilles tels des Aznavour de pacotille interprétant “Pour toi, Arménie”, dans la misère et l’abnégation la plus totale ?

Je souffre de vous découvrir apathiques, irrésolus, comme des zombis errants dans les pires séries B de la chaîne M6. Je souffre, dans mon coeur et dans mon âme. Mais pas dans mon corps nan, faut pas déconner.

J’ai souffert dans mon corps beaucoup plus jeune. A une époque où, sur mon visage, les boutons l’y disputaient aux poils de duvet. A une époque où, sur les bancs de classe, les intégrales différentielles avaient plus de sens pour moi que le comportement des filles. A une époque où je ne commettais pas cette erreur puisqu’on dit “à une époque durant laquelle”. Ah c’était le bon temps, Yves (à bicycleeeeetcheuuu) !

J’ai souffert parce qu’avec trois autres indigents du bulbe, nous jouions au bourreau. Le jeu le moins cher de l’humanité et pourtant le plus cruel immédiatement après “action ou vérité”, quand il s’agit d’embrasser la grosse Georgette sur les boutons d’acné purulents. Même en fermant les yeux, c’était comme machouiller un chewing-gum au vomis.

Le bourreau

Ingrédients (Manou style) :

- 4 adolescents heureux de vivre (remplacer par des adultes attardés si indisponibles)
- Une feuille A4
- Un stylo
- Tous les objets de torture du quotidien d’écolier que vous trouverez à portée de main : feutres, règles, cutter, compas, colle UHU, Typpex…

Pliez la feuille A4 en 49. Si vous n’y parvenez pas, déchirez quatre morceaux de la taille d’un pouce et inscrivez respectivement sur chacun d’eux :

- Evadé
- Police
- Juge
- Bourreau

Pliez les petits papiers soigneusement pour qu’il n’y ait pas de triche. Jetez-les en l’air après les avoir mélangés entre vos mains rassemblées. Chacun se précipite et lit discrètement son rôle.

La police se déclare à voix haute. Elle scrute les autres comparses de ce jeu débile et doit deviner qui est l’évadé. Si elle désigne la bonne personne, le juge établit une sentence que le bourreau appliquera sur l’évadé. Si elle se trompe, que le Ciel la préserve, le juge tranche pour une peine que le bourreau se réjouira d’accomplir sur le policier désoeuvré. Ils n’ont rien inventé à Prison Break !

Quand je vous ai dit que c’était un jeu con mais cruel, vous ne me croyiez pas hein ? Ben voilà, tout réside en réalité dans l’imagination fertile des juges. Et, comme moi, vous êtes convaincus de l’inspiration féconde d’adolescents bourrés d’hormones et d’idéaux révolutionnaires. Certes, vous êtes convaincus mais cela n’a rien à voir ici. Je faisais surtout référence à l’inépuisable réserve de sadisme et de férocité enfouie en chacun de nous.

Pour l’exemple, et pour la postérité (ne faites pas lire ceci à vos enfants), un florilège des peines les plus tordues :

  • graver le nom de l’ado sur sa main à l’aide d’un compas (s’il n’y a pas de sang, ça ne compte pas)
  • le sceau du BIC : frotter très rapidement la pointe d’un stylo Bic sur une table, et apposer sur la main d’un évadé récalcitrant ou d’un policier véreux. Les chevaux et les vaches se sentent enfin compris.
  • racler les deux joues avec un double-décimètre ébréché
  • colorer les ongles avec du Typpex (pour les filles essentiellement)
  • écrire des insanités au marqueur sur le front (de mémoire on peut citer “une pièce pour manger SVP”, “je hais l’école” et “ce marqueur ne marche pas”)
  • faire avaler un mélange mystérieux (Paic citron + colle UHU = mort aux rats mais pas aux ados visiblement)
  • embrasser la grosse Georgette sur les boutons avec la langue

L’intérêt pour ce jeu ne se tarit jamais. Il peut même être exalté lorsque le bourreau est pratiqué en plein cours d’histoire, avec Barbarian comme professeur.

Ce jeu se joue-t-il avec des filles ? Evidemment, elles adorent ça ! Enfin euh… je crois. Comment savoir merde ? On m’a toujours appris qu’une fille qui hurle et se débat est “super contente” ?

Le temps a passé, ces premiers moments de ma vie adolescente sont derrière moi et j’y repense avec un sourire niais de vieux papi satisfait.

Du coup, je souffre moins. C’est toujours ça de pris.

Dis camion !
Le 06/11/2006 - 09:41

Toutes les minettes qui ont passé l’âge commun de la 6ème, c’est-à-dire dont les protubérances mammaires pointent à présent négligemment sous un tee-shirt de coton, connaissent ou ont connu cette merveilleuse époque du “dis camion !”.

De mon temps (vos gueules les vieux), “Dis camion !” constituait la boîte à outils de drague niaise de tout adolescent qui se respecte, l’oxymoron n’échappera pas au lecteur qui a passé le BEPC. Mais les lois de la vie sont immuables : l’eau bout à cent degrés et les adolescents devraient être parqués pendant dix ans dans des cages au fond de la mer (et sûrement pas dans le métro où ils nous servent leur voix rauque muante, leurs jeux débiles et leur gel plastifié).

Quand je regarde toutefois par devers moi, j’aperçois mon salon de 176 m² je souris encore à toutes les bêtises d’ado (jusqu’à l’année dernière donc) que j’ai pu commettre. Je ne parle pas des lourdeurs que tout ado qui se lave (oxymoron, rappelez-vous hein) a enchaînés pendant l’âge bête/ingrat/con/chiant. Jeter des oeufs sur des passants, téléphoner avec une voix fluette chez des anonymes en se faisant passer pour Jean-Claude Bourret…

Et puis d’abord, moi je me marrais trop vite quand je téléphonais : “Allô madame Boutboul ? Bonjour, je suis ppffprprrpfprglpp ahahahahahahhh clic !“. Alors que mon cousin, impertubable : “oui madame, nous allons vous livrer 700 dalles Gerflor pour votre cuisine cet après-midi… Ah ben c’est sûrement votre mari qui a passé la commande hein…”

En mûrissant, “dis camion !” avait pris d’autres tournures. Il y a eu le fameux pendant pour les hommes “dis joystick !” que seuls des amis proches ont pu me faire tester, dans un moment d’égarement (c’est pas vrai maman, repose le cyanure). Puis nous avions introduit des raffinements sémantiques, selon “l’obusité” des poitrails de nos cibles.

Il y a eu “dis tricycle !” pour cette jolie rousse aux yeux de chat et au corps si plat qu’il fait l’humilité.
Il y a eu “dis cargo !” pour cette sympathique brunette aux pis tellement avantageux qu’elle évoquait, sans chanter, “Bonnet M”

Et on avait 18/19 ans hein. Oui j’ai un peu honte. Mais moins que ce qui va suivre…

Autres exemples de gamineries pré-pubères dont je me souviens à présent (le catalyseur de cette madeleine de Proust -loukoum de Mme Abitbol en arabe- a été le mariage d’un de mes copains de classe hier. Quinze ans plus tard, les mêmes attardés mentaux réunis, c’est pas rassurant pour nos enfants).

En cours j’étais bon élève. Mais pas bon élève modeste, l’oeil vif mais discret, confiant mais pas arrogant, sachant mais pas pédant vous voyez ? Non le bon élève fayot chiant con qui mérite les coups qu’on va lui mettre à la récré (coups que je n’ai jamais reçus car en plus d’être bon élève j’étais consensuel et diplomate).

En cours, j’étais toujours assis près de psychopathes (renvoyé pour avoir cassé la jambe de son camarade en classe) ou de dégénérés (”ça te dérange pas si je charcute ta trousse avec mon cutter ?”). A l’école ma vie c’était Prison Break.

Et cette fois-ci, j’étais assis près d’un type que nous appellerons Arié car c’était son vrai prénom (et j’adore ce prénom, en hébreu ça signifie Lion. C’est sûr qu’un gamin qui s’appelle lion en français ça fait cloche mais la question n’est pas là). Et, conscient de la confiance naturelle et indéfectible que m’accordaient mes professeurs, je jouais à ce jeu spirituel :

Je mimais comme si je venais de recevoir un coup violent sur l’épaule, du côté duquel était assis Arié. Et je m’écriais assez puissamment pour que l’instructeur puisse entendre : “Aïe-euh ! Monsieur, Arié il m’embête ! Aïe…”, tout en me massant l’épaule et en simulant la douleur.

Bien sûr, l’inculpé d’office se faisait sortir cinq minutes dehors. Ce qui était vraiment drôle en réalité, c’était qu’il tentait de justifier l’injustifiable à un professeur acquis à ma cause, qui plus est en pouffant (car Arié était un pouffeur oui). Et c’est le genre d’histoire qui nous font encore rire, sans complaisance.

Encore un dernier exemple de gaminerie post-pubère (je le fais encore, méfiez-vous) : au lieu de piquer le téléphone portable de votre ami en modifiant subrepticement la langue d’affichage (essayez de vous demerder avec un téléphone arabe tiens…), action vile et méprisable (et facilement contournable, avec les logos sur les nouveaux téléphones surtout), essayez ceci :

En douce, dérobez le téléphone de votre ami(e).
Composez un texto (activez le T9, ça vous aidera à optimiser) en écrivant des énormités en terminant par une question. Exemple qui m’a rendu célèbre : “en ce moment, j’ai la diarrhée. Et toi ?”
Envoyez au maximum de personnes que vous pouvez.

Rires et réponses grâtinées garanties. Et pour quelques euros, vous venez de vous fâcher avec un ami susceptible…

Mais ça les vaut, quand on est ado.

Ramon
Le 25/08/2006 - 20:09

En regardant derrière moi, par-delà le marbre de mes murs et les innombrables tableaux de maître suspendus, je me remémore des époques révolues durant lesquelles j’ai été un fieffé coquin.

Ultime acolyte de mes conneries, depuis plus de quinze ans maintenant, mon copain Ramon. Nous nous sommes rencontrés en classe de première, à la manière d’un film américain : moi bon élève fayot au premier rang, lui cancre grande gueule derrière. Pourtant, nous nous sommes rapprochés en classe de terminale puisque nous étions assis à côté, rentrions ensemble tous les soirs par le même RER qui nous ramenait dans notre banlieue grise, à faire rire les mornes voyageurs à moitié endormis.

Si Ramon a une répartie du tonnerre, il n’en reste parfois pas moins naïf et, je dois l’avouer, j’ai souvent pris (et je prends encore) plaisir à le taquiner en le faisant passer pour le dindon de la farce.

Tenez, par exemple. Lorsque je l’appelle en journée et qu’il est en réunion. Je l’entends chuchoter :

- Attends je ne peux pas trop te parler je suis en réunion…
- Ok, d’accord, mais c’est bon pour le déj de ce midi ?
- Oui, ok
- Et Ramon, au fait ?
- Vite, tout le monde m’entend là…

Et là, je hurle de toutes mes forces dans le téléphone à m’en décoller la plèvre, pour être sûr que tous ses chefs en réunion l’entendent à travers l’écouteur :

- RAMON TU VAS TOUS LES NIQUER !

Et j’adore alors écouter le silence qui suit. Et imaginer la tête qu’il tire, vous voyez ?

Autre exemple du même genre : il y a longtemps, je lui envoie un mail avec une pièce jointe. Manque de bol, elle contenait un virus, le mail n’arrivera jamais. Alors j’insiste, je lui renvoie le mail. Idem, le mail n’arrive pas. Je recommence trois ou quatre fois, parce que je ne comprends pas (réflexe d’informaticien).

L’administratrice système (celle qui surveille un peu le bazar informatique dans l’entreprise), excédée devant mon acharnement, envoie un mail à Ramon lui précisant que je lui envoyais des virus et qu’il devait m’informer d’arrêter d’envoyer ce mail.

Il m’appelle et me dit :

- Patricia, mon administratrice, m’a dit que tu m’envoies un mail avec un virus, il ne passe pas
- Ah, mince, bon tant pis. Mais, attends un peu… Elle voit le mail que je t’envoie s’il y a un virus ?
- Ben oui, elle a accès à tous les mails en principe. Mais non NON NON, ne fais pas ç… !

Trop tard, j’avais raccroché et je composais déjà mon mail, avec le virus en fichier attaché :

“Chère Patricia, Ramon est amoureux de vous et s’il ne vous pas encore proposé la botte, c’est uniquement par pudeur post-adolescente. Soyez sure, pourtant, que ses hormones le pressent de vous faire la cour afin que, mutuellement, vous puissiez enfin mêler vie personnelle et professionnelle en toute symbiose”.

Je déconne évidemment. Je n’ai jamais écrit cette prose, plutôt quelque chose du genre “Ramon veut te niquer ma grosse“. C’est seulement qu’avec le temps, j’enjolive…

L’histoire ne dit pas ce que Patricia a répondu à Ramon. Et quelle importance, après tout ?

Dernière anecdote, sur la mère de Ramon. Sa mère, qu’elle soit bénie pour sa gentillesse et sa bonne humeur permanentes, est la seule femme au monde ou du moins, de la Seine Saint-Denis, à te couper la parole quand tu appelles pour parler à son fils. Elle le faisait tout le temps et nous d’en rire encore. Nous avons même immortalisé ces instants de notre adolescence à l’aide de mon copain Manu.


En témoigne également cette photo, prise dans le Sud d’Israel (nous mimons un téléphone).

Ah Ramon, mon pote ! Tu restes toujours mon fwewe, mon fwewe de wace après toutes ces années où je me suis moqué de toi…

Et c’est pas fini mon grand, c’est pas fini !

Very superstitious
Le 04/08/2006 - 19:29

J’inaugure une nouvelle rubrique, encore, cette semaine : “souvenirs, souvenirs”.

L’été, les tubes des années 80 qui font peur


Mes parents habitaient dans la banlieue de Paris, dans un petit pavillon de 2000 m² tout propret, tout mignon. Avec petit jardin tout autour, un très méchant petit chien (il portait bien son nom : Samson !) qui est mort depuis, écrasé par une bagnole libératrice de tous les maux de notre avenue (on peut raisonnablement comparer l’évasion de mon chien à celle d’un lion affamé, blessé et testostéroné), et de jolies fleurs au balcon, et pâques aux tisons.

Cette splendide villa trônait parmi les autres maisonnettes, vétustes et sales de mon quartier, pile poil à l’arrêt des bus 168, 150a, 150b et 350. Coïncidence ou cadeau du ciel, ces mêmes bus passaient par la gare centrale de ma ville, où faisaient une halte, dans un cri strident à réveiller Beethoven de sa tombe, les RER D provenant de Paris tous les quarts d’heure.

Le modeste manoir de mes parents étant situé à huit minutes à pied de la gare, je descendais la rue chaque matin à 7h20 pétantes pour attrapper le train de 7h31. Je me laissai trois minutes de marge pour les cas de réveils difficiles, lavages de dents de dernière minute, et possibilité de croiser la voisine à la poitrine opulente, de 3 ans mon aînée.

Le soir toutefois, lorsque je rentrais de l’Université ou d’un des nombreux cours que je donnais à des imbéciles enfants en difficulté, riches de surcroît (ils habitaient tous des hôtels particuliers dans le seizième arrondissement de Paname), j’étais fourbu, cassé, usé. Les tempes battantes, le coeur à plat, le moral à zéro. Et Zinedine Zidane n’était pas encore connu.

Je décidais donc, parfois, d’attendre patiemment l’un des bus qui me conduirait calmement à la maison, afin de reposer mes jambes, mon esprit et ma conscience (d’avoir piqué 200 balles à des richards pour un cours de CM1, véridique).

A mon grand dam, le plus souvent.

En effet, vers les huit heures du soir, ne circulaient plus beaucoup de bus dans ma petite ville. Et faire le pari d’attendre pouvait me coûter bien plus cher que les 10 minutes de remontée pédestre. Et puis une fois qu’on a attendu dix minutes bêtement, on veut rentabiliser son investissement : hors de question de repartir à pied !

Lorsque parfois, excédé, je décidais de remonter la rue brinquebalant, mon enclume-sac à dos sur l’épaule, neuf fois sur dix je voyais immédiatement filer à toute allure un bus, MON bus ! Evidemment, je vociférais des imprécations maléfiques contre, pêle-mêle, le sort, le conducteur et la RATP mais rien n’y faisait : le bus n’allait pas se planter dans un platane comme je l’avais souhaité.

J’avais alors élaboré une technique pour décider si, oui ou non, j’allais attendre le bus. Je comptais jusqu’à un certain nombre, qui possédait impérativement la propriété d’être premier (un nombre premier Abs, c’est un nombre qui n’est divisible que par un et par lui-même, hein. Par exemple, 3, 17 ou 29…). Selon l’heure, je décidais arbitrairement d’augmenter ce nombre, pour me laisser une chance, quand même.

Je scandais les numéros à voix haute, un par seconde. Comme une prière, une incantation, un enchantement. Je fermais les yeux, pour attirer sur moi la puissance du hasard.

Et ben, croyez-moi si vous le voulez, mais ça n’a jamais marché.